
La bonne nouvelle vient du côté de la Société Holdex Environnement au François, connue sous la marque « L’idée Verte »…Et cette société de production d’amendements organiques, créée en 2007 par Mike Bernus, ne manque pas d’idée puisqu’elle a trouvé une solution pour composter la sargasse fraîche !
Une initiative 100% Développement Durable, 100% Circuit Court et 100% Martiniquaise. Holdex est en effet, spécialisée dans la production de composts à base essentiellement de déchets verts et organiques locaux : bagasse de cannes à sucre, fientes de poules pondeuses, coquilles d’œufs et d’autres éléments naturels issus des sous-produits avicoles et de la canne à sucre, ainsi que récemment à base d’algue sargasse !
Martinique 2030 : Depuis quand travaillez -vous sur le sujet ?

M 2030 : Cette algue amalgame les métaux lourds, l’arsenic peut-être même la chlordécone ? Peut-elle être considérée comme dépolluante ? Est-ce qu’on pourrait s’en servir pour dépolluer les sols ? Et comment dans votre cas, aboutir à un produit fini non contaminé ?
MB : Toute la côte atlantique est concernée aujourd’hui par la problématique des algues. Nous, on nous a demandé à travers notre projet de revalorisation, de récupérer les algues qui s’échouent au François, au Vauclin, jusqu’à Sainte Anne et au Diamant. Nous nous sommes donc concentrés à travers nos analyses, qui ont été faites par des laboratoires assermentés, sur la problématique de l’arsenic et des métaux lourds, également de la chlordécone. Il s’est avéré que les résultats d’analyse sur cette partie géographique ne révèlent aucune présence de chlordécone. Personne ne s’est trop attardé sur la problématique chlordécone et est-ce que cette algue peut la concentrer, mais ça va venir. Nous avons dû communiquer tous nos résultats d’analyse aux autorités compétentes parce que nous sommes soumis à des règlementations très strictes pour avoir le droit d’exploiter.
Après au niveau des métaux lourds, il n’est pas question dans nos process d’utiliser de l’algue pure. Nous avons fait différentes expériences pour mettre en place ces process suivies d’analyses comparées aux normes auxquelles nous sommes assujettis : NFU 44051 et NFU 44551. Ces normes concernent notamment les seuils à ne pas dépasser au niveau des métaux lourds. Nos résultats montrent que nous sommes bien en deçà des seuils fixés en la matière. C’est un très bon point pour nous puisque notre politique et notre cœur de métier c’est du 100% naturel, nous produisons pour l’agriculture biologique, nous n’avons pas d’additifs chimiques. Nous élaborons des produits uniquement avec des procédés mécaniques et le mélange de certaines matières premières identifiées au préalable par rapport aux besoins que nous avions, et aux résultats que nous souhaitions obtenir. Ces matières jouent un rôle spécifique dans les recettes que nous avons mises au point pour l’agriculture et les particuliers. Ensuite, nous avons fait des comparaisons avec des produits concurrents dans le commerce et ce que nous produisons avec les algues contient des taux de métaux lourds bien inférieurs aux produits concurrents.
Il faut bien comprendre que ce n’est pas de l’algue pure que nous utilisons. Nous avons trop de contraintes règlementaires pour nous permettre de faire n’importe quoi et puis il en va de la qualité de nos produits et de la réputation de la marque que nous avons déposé. Nos produits sont également destinés à l’exportation. Notre challenge avec notre équipe est de faire le meilleur produit qui soit et le plus naturellement possible en respectant toutes les conformités.
M 2030 : Vous avez réglé le problème de la salinité, du sable, des métaux lourds, qu’en est-il du problème de l’arsenic ?
MB : Là aussi nous avons retrouvé des taux en deçà des normes, on nous a demandé de refaire des analyses pour pouvoir contrôler ça. Les analyses ont été faites par un laboratoire accrédité et remises aux autorités compétentes et tout le monde a été surpris de voir que les taux étaient bien inférieurs aux normes admises. Pour nous l’algue sargasse est surtout une source importante d’oligo-éléments et de micro-organismes dans nos produits. Sans tout dévoiler, ça va accélérer la vie microbienne de nos produits et ça va servir de carburants aux micro-organismes présents qui interagissent entre le sol et la plante.
M 2030 : Et concernant l’H2S ?
MB : Il est présent lorsqu’il y a décomposition de l’algue, or, nous les acceptons lorsqu’elles ont un à trois jours d’échouage, elles sont fraîches. Et aussitôt reçues, aussitôt traitées, nous ne les stockons pas, nous les revalorisons de suite.
M 2030 : Quel est le process ?
MB : Je ne peux pas le dire, c’est secret, il y a un brevet. Nous avons travaillé cinq ans pour mettre ça au point. Tout ce que je peux vous dire c’est que l’algue est mélangée tout de suite pour éviter la fermentation. Il y a une absorption de l’H2S par les matières que nous utilisons.

MB : Avec l’extension prévue pour traiter la sargasse, nous passons sous un nouveau régime puisqu’aujourd’hui nous valorisons 25 000 tonnes de matières premières et avec les algues sargasses nous allons passer à 60 000 tonnes, donc le régime d’exploitation change. Nous avons fait les choses convenablement pour revaloriser au mieux et nous nous sommes positionnés sur 30 000 tonnes d’algues par an. Ce sera déjà une bonne chose pour pouvoir retirer une grosse partie de ce qui est sur le littoral et soulager la population martiniquaise. Nous avons commencé à les récupérer. Nous avons reçu la semaine dernière 900 m2 de l’Anse Michel.
M2030 : Concernant les ramassages, est-ce qu’ils sont organisés de manière efficace ?
MB : La problématique du ramassage est compliquée parce que le relief martiniquais ne permet pas une récupération aisée, et puis il faut essayer de préserver les milieux dans lesquels elles sont, ne pas les abîmer avec les pelles mécaniques…C’est vrai que par rapport aux dégâts ce n’est pas assez rapide mais c’est un phénomène récent dont on n’a pas l’habitude, les choses se mettent en place petit à petit. C’est aussi un phénomène ponctuel, parfois il y en a, parfois non, il s’avère que nous en aurons de plus en plus mais personne n’a de visibilité là-dessus. On peut toujours faire mieux mais je pense que les choses avancent.
M 2030 : Est-ce que la sargasse est une ressource ?
MB : Pour nous c’est un potentiel considérable, après il faut savoir quel potentiel on recherche à travers l’utilisation de ces algues. Le point fort de notre activité est qu’elle n’est pas fondée sur la valorisation des sargasses. Si on n’a pas d’algues on fonctionne très bien et si on en a, on sait quoi en faire. Nous n’allons pas investir dans une unité dédiée aux algues qui va coûter excessivement cher comme la transformation pour remplacer le plastique parce que le jour où il n’y en a pas, on est coincé. Il ne faut pas oublier notre dimension insulaire. Il faut qu’on fasse avec nos possibilités. Nous l’avons intégré à notre activité, c’est pour cela que ça a pris du temps. Nous nous sommes intéressés à cette algue dès les premiers arrivages. Ça reste une ressource intéressante tout dépend de comment on la traite.
M 2030 : Quand seront disponibles les premiers composts à base de sargasse ?
MB : Dans un an et demi ! Nous avons un an de travaux devant nous parce que le process à mettre en œuvre pour la revalorisation des algues est assez pointu. Les produits qui vont sortir concernent les amendements organiques qui sont des fertilisants sans additifs chimiques, puis les autres supports de culture, terreau universel, paillage organique…Le but est de se substituer aux produits d’importation. On est fiers de ce que l’on fait parce que ça se passe chez nous en Martinique, on a des produits qui qualitativement sont bien supérieurs à ce que l’on trouve sur le marché. On est en plein sur le développement durable. Actuellement tous les terreaux importés que nous connaissons sont fabriqués à partir de tourbières, c’est une ressource qui diminue et elle n’est pas locale. On a pu se substituer à cette matière là avec nos matières endémiques comme les déchets verts, la bagasse de canne, ce sont des produits propres. Nous faisons du circuit court distribué sur place aux professionnels et aux particuliers. La seule chose que l’on importe ce sont nos sacs.
Propos recueillis par Nathalie Laulé







