
Huit mois après son lancement, la plateforme Signal’Air de Madininair a recueilli 336 signalements d’odeurs dans 25 communes. Une base inédite pour objectiver des nuisances longtemps vécues au cas par cas, et identifier les principales sources : activités agricoles, brûlage à l’air libre, sargasses et sites industriels.
Les odeurs du quotidien font rarement l’objet de données concrètes. En Martinique, les premiers signalements citoyens recueillis par Madininair commencent à dresser une cartographie précise de ces nuisances invisibles mais bien réelles. Lancée en septembre 2025 dans le cadre de l’Observatoire des odeurs, la plateforme Signal’Air a franchi le cap des 336 signalements en sept mois d’activité, couvrant 25 des 34 communes de l’île.
Le dispositif repose sur une logique de contribution citoyenne : chaque habitant peut, en quelques clics, décrire une odeur gênante, préciser le lieu, le moment et l’intensité perçue. Ces remontées alimentent une base commune qui permet aux équipes de Madininair de croiser les signaux et d’identifier les sources récurrentes. Là où les plaintes isolées se perdaient souvent dans le silence administratif, la plateforme offre désormais un outil de mesure partagé entre habitants, scientifiques et partenaires institutionnels.
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Les données révèlent une géographie contrastée des nuisances olfactives. Quatre communes concentrent une part significative des signalements : Saint-Esprit, Fort-de-France, Le Robert et Schœlcher. Cette répartition recoupe partiellement les zones de forte densité de population, mais pas seulement : elle traduit aussi la proximité entre habitats, activités agricoles et sites industriels, caractéristique du tissu territorial martiniquais. Les écarts entre communes interrogent et appellent à une analyse fine, commune par commune, pour comprendre ce qui relève de l’exposition réelle et ce qui tient à la mobilisation citoyenne locale.

Côté origines, les activités agricoles arrivent en tête avec 22,6 % des signalements, suivies de près par le brûlage à l’air libre (21,7 %). Les deux phénomènes, souvent liés en milieu rural martiniquais, représentent à eux seuls près de 44 % des nuisances déclarées. Viennent ensuite les sargasses (12,2 %), dont les échouages sur les côtes Atlantique continuent de dégrader la qualité de vie de communes entières, puis les activités industrielles (9,2 %). Le reste des signalements se répartit entre sources diverses : assainissement, déchets, circulation, activités portuaires.
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Signal’Air s’inscrit dans une démarche plus large baptisée Observatoire des odeurs, qui associe habitants, « nez » formés et partenaires du territoire. L’approche combine la remontée massive et spontanée via la plateforme avec des campagnes de caractérisation plus techniques menées par les experts de Madininair. L’objectif : disposer à terme d’un diagnostic robuste, capable de nourrir le dialogue avec les acteurs concernés – agriculteurs, industriels, collectivités – et de peser dans les décisions d’aménagement ou de réglementation locale.
Le poids du brûlage à l’air libre dans les signalements n’étonnera pas les observateurs. Cette pratique, pourtant encadrée par la réglementation, reste largement répandue pour éliminer déchets verts, résidus agricoles ou encombrants. Outre la gêne olfactive, elle génère des émissions de particules fines et de composés toxiques qui dégradent la qualité de l’air. Les chiffres de Signal’Air confirment qu’il s’agit d’un sujet prioritaire, déjà identifié par les services de l’État et les collectivités, mais dont la résolution exige un effort de long terme sur les alternatives (compostage, collecte renforcée, sensibilisation).
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Pour Madininair, ces premiers résultats confirment l’intérêt d’un dispositif qui démocratise la remontée d’information environnementale. « Signal’Air permet à chacun de signaler simplement une odeur et de contribuer à une meilleure prise en compte de ces nuisances », souligne l’association, qui invite les habitants à poursuivre leur mobilisation. Plus les signalements seront nombreux et géographiquement diversifiés, plus l’analyse gagnera en précision et en pouvoir d’alerte.
Les prochains mois seront déterminants. Madininair devrait affiner sa lecture des données en croisant les signalements avec les mesures de qualité de l’air, les périodes d’échouage de sargasses et les cycles d’activité agricole. Des restitutions territoriales, commune par commune, pourraient également voir le jour pour alimenter le débat local. Dans un territoire où la question environnementale occupe une place croissante dans l’agenda public, Signal’Air s’impose peu à peu comme un outil de vigilance citoyenne dont les autorités ne pourront plus faire l’économie.
Chiffres clés
| Indicateur | Donnée |
| Signalements enregistrés | 336 |
| Communes concernées | 25 |
| Activités agricoles | 22,6 % |
| Brûlage à l’air libre | 21,7 % |
| Sargasses | 12,2 % |
| Activités industrielles | 9,2 % |
| Lancement de Signal’Air | Septembre 2025 |
À retenir• Signal’Air, plateforme de signalement citoyen des odeurs gênantes déployée par Madininair, a enregistré 336 signalements dans 25 communes depuis septembre 2025. • Saint-Esprit, Fort-de-France, Le Robert et Schœlcher concentrent la plus forte proportion de signalements. • Les activités agricoles (22,6 %) et le brûlage à l’air libre (21,7 %) constituent les deux premières sources identifiées. • Les sargasses (12,2 %) et les activités industrielles (9,2 %) complètent le quatuor de tête des nuisances déclarées. • Le dispositif s’inscrit dans l’Observatoire des odeurs, démarche collaborative entre habitants, « nez » formés et partenaires institutionnels. |
Source : Communiqué de presse Madininair, 21 avril 2026. Plateforme : www.signalair.eu



