Economie Circulaire et Sociale

Réemploi : les leviers d’une filière à développer en Martinique

Donner une seconde vie à un meuble, un appareil électroménager, un vêtement ou un matériau de construction n’est plus seulement un geste individuel. En France, le réemploi s’impose progressivement comme un pilier des politiques publiques de l’économie circulaire. Soutiens financiers, nouvelles obligations pour les filières de responsabilité élargie du producteur (REP), développement des zones de réemploi en déchetterie ou encore évolution de la commande publique : les leviers se multiplient pour favoriser une utilisation plus durable des produits.

Le deuxième bilan annuel de l’Observatoire du réemploi et de la réutilisation, publié par l’ADEME à partir des données de 2024, témoigne de cette montée en puissance. Pour la Martinique, le document apporte également un premier éclairage sur la place occupée par le territoire dans cette dynamique nationale, tout en rappelant les marges de progression qui demeurent.


Une politique publique qui prend progressivement de l’ampleur

Longtemps porté principalement par les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS), le réemploi bénéficie aujourd’hui d’un cadre réglementaire de plus en plus structuré. Depuis la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (AGEC), plusieurs mesures visent à développer à la fois l’offre et la demande de produits réemployés.

En 2024, dix filières REP sont désormais concernées par des objectifs de réemploi ou de réutilisation. Les obligations ne se limitent plus à la gestion des déchets.

Elles portent également sur le financement des opérateurs, la création de dispositifs de collecte, la mise en place de zones dédiées dans les déchetteries, le développement d’études de suivi ou encore l’intégration du réemploi dans les achats publics.

Cette évolution traduit un changement de logique : prolonger la durée de vie des produits devient progressivement un levier à part entière de la transition vers une économie plus circulaire.

Des indicateurs en nette progression

Les premiers résultats témoignent d’une structuration progressive du secteur.

Environ 2 100 structures de réemploi et de réutilisation, en lien avec les éco-organismes, ont été recensées en 2024.

Leur nombre progresse de 70 % par rapport à l’année précédente, une évolution qui reflète à la fois l’élargissement des partenariats entre éco-organismes et opérateurs ainsi qu’une amélioration du suivi statistique. Plus de 60 % de ces structures relèvent de l’économie sociale et solidaire.

Les volumes suivis progressent également. Près de 100 000 tonnes de produits ont été effectivement réemployées ou réutilisées en 2024 dans les principales filières de consommation, notamment les équipements électriques et électroniques, les meubles, les textiles, les jouets ou encore les articles de sport et de bricolage.

En parallèle, près de 120 000 tonnes supplémentaires ont été préparées en vue d’une réutilisation.

Pour accompagner cette dynamique, les éco-organismes ont versé 43 millions d’euros de soutiens financiers aux acteurs du réemploi en 2024, dont 35,5 millions d’euros issus des fonds dédiés au réemploi. En complément, l’ADEME a engagé 6,5 millions d’euros via son Fonds Économie circulaire afin de financer 55 projets.

Ces chiffres traduisent un investissement croissant des pouvoirs publics dans le développement de cette filière.

Une Martinique encore modestement représentée

Au-delà des données nationales, le rapport apporte un premier aperçu de la situation dans les Outre-mer.

La cartographie réalisée pour les principales filières de consommation recense cinq structures en Martinique ayant déclaré des opérations de réemploi auprès des éco-organismes.

À titre de comparaison, la Guadeloupe en compte deux, la Guyane trois et La Réunion neuf. Certains territoires ultramarins, comme Mayotte, Saint-Barthélemy, Saint-Martin ou Saint-Pierre-et-Miquelon, n’en comptent aucune dans le périmètre étudié.

Ces données doivent toutefois être interprétées avec prudence.

Le rapport ne recense pas l’ensemble des acteurs de la seconde main présents sur les territoires. Il couvre uniquement les structures conventionnées avec les éco-organismes et ayant déclaré leurs opérations dans les six filières concernées.

Les brocanteurs, les plateformes de vente entre particuliers, certains dépôts-ventes ou encore les dons informels ne sont donc pas intégrés à ces statistiques.

Le nombre de structures recensées ne reflète donc pas l’intégralité de l’activité de réemploi en Martinique, mais constitue un indicateur de la structuration actuelle de la filière dans le cadre des politiques publiques nationales.

Plusieurs leviers restent à développer

Le bilan met également en évidence plusieurs outils susceptibles d’accélérer le développement du réemploi sur les territoires.

Le premier concerne les déchetteries. En 2023, 74 % des collectivités interrogées avaient déjà installé au moins une zone de réemploi permettant de récupérer des objets encore utilisables avant qu’ils ne deviennent des déchets. Ces espaces facilitent ensuite leur prise en charge par des structures spécialisées.

Autre levier : la commande publique.

Depuis la loi AGEC, l’État, les collectivités territoriales et leurs groupements doivent intégrer une part de produits issus du réemploi, de la réutilisation ou contenant des matières recyclées dans leurs achats, selon des taux qui varient de 20 % à 100 % en fonction des catégories de biens concernées. Les obligations ont été précisées par un nouveau décret publié en 2024.

Les financements constituent également un moteur important. Les fonds dédiés au réemploi permettent de soutenir principalement les structures de l’économie sociale et solidaire, qui concentrent plus de 95 % des aides attribuées dans les filières concernées.

Enfin, plusieurs secteurs apparaissent particulièrement stratégiques : les équipements électriques et électroniques, les textiles, le mobilier ou encore les matériaux de construction, pour lesquels les volumes de réemploi progressent progressivement, même si plusieurs filières restent encore loin des objectifs fixés.

Une dynamique encore en construction

L’ADEME souligne toutefois que ces résultats constituent avant tout un premier état des lieux. Les dispositifs sont encore récents et plusieurs filières demeurent insuffisamment structurées pour atteindre les objectifs fixés.

Le rapport rappelle également que les données disponibles ne couvrent qu’une partie des activités réelles de réemploi en France, les flux suivis par les éco-organismes ne représentant qu’une fraction des échanges effectivement réalisés.

Pour un territoire insulaire comme la Martinique, où la gestion des déchets, les coûts d’importation et la préservation des ressources constituent des enjeux majeurs, le développement du réemploi dépasse la seule question environnementale.

Il peut également contribuer à renforcer l’économie locale, soutenir les structures de l’économie sociale et solidaire et prolonger la durée de vie des biens déjà présents sur le territoire.

Le bilan national montre que les outils commencent à se mettre en place. Reste désormais à savoir comment ces dispositifs pourront être pleinement mobilisés pour accompagner le développement d’une véritable filière du réemploi à l’échelle martiniquaise.


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