
Alors que les arrivages de sargasses devraient devenir plus ponctuels après le pic saisonnier, leur gestion reste loin d’être réglée en Martinique. Une fois les algues retirées du littoral, se pose encore la question de leur stockage, du traitement des jus issus de leur décomposition et de leur éventuelle valorisation. L’évaluation du Plan Sargasses II 2022-2025 souligne notamment qu’aucun des huit sites de stockage martiniquais ne réunit aujourd’hui l’ensemble des critères permettant une mise aux normes environnementales adaptée.
Huit sites, mais un stockage encore fragile
Aménagés au fil des années pour répondre aux échouages, les sites utilisés par les communes ont souvent été retenus dans un contexte d’urgence, selon leur proximité avec les secteurs touchés et les possibilités foncières disponibles.
Certains sont aujourd’hui saturés ou insuffisamment équipés, tandis que leur pérennisation peut aussi se heurter à des contraintes foncières.
Le sujet est d’autant plus important que le stockage reste, à l’échelle des Antilles françaises, le principal débouché des algues collectées : plus de 95 % des volumes ramassés y sont encore dirigés selon l’évaluation du Plan Sargasses II.
Une fois déposées, les sargasses continuent pourtant à évoluer. Leur décomposition produit notamment des lixiviats, des liquides chargés en sels et susceptibles de contenir de l’arsenic. Sans dispositifs adaptés de récupération et de traitement, ces écoulements peuvent présenter un risque pour les sols et les eaux environnantes.
L’ADEME souligne ainsi la nécessité de poursuivre les expérimentations afin de disposer de systèmes capables de collecter ces jus et de garantir des rejets conformes aux exigences environnementales.
Au Robert, un site pilote pour tester une autre approche
Une partie de la réponse pourrait venir du quartier Reynoird, au Robert, où un site pilote de stockage est en préparation.
Porté par le GIP Sargasses Martinique avec plusieurs partenaires, dont CAP Nord, le Cerema, la DEAL et l’ADEME, le projet doit notamment permettre de tester un stockage imperméabilisé ainsi que la collecte et le traitement des lixiviats.
L’objectif dépasse la seule création d’un nouveau lieu de dépôt. À terme, les sites de stockage pourraient évoluer vers de véritables plateformes de prétraitement intégrant notamment le dessablage, le séchage ou encore le compactage des algues.
Ces opérations sont également importantes pour une autre ambition ancienne : valoriser les sargasses plutôt que les laisser se décomposer sur des sites de stockage.
La valorisation reste au stade des projets
Compost, biofertilisants, biocarburants, biomatériaux ou encore bioplastiques : depuis une quinzaine d’années, les pistes ne manquent pas. Pourtant, aucune filière industrielle de valorisation n’est encore réellement opérationnelle en Martinique.
Au François, Holdex Environnement travaille depuis plusieurs années sur l’intégration des sargasses dans son procédé de traitement de matières organiques.
Selon l’entreprise, son installation pourrait en accueillir jusqu’à 25 000 tonnes par an. Mais le passage à une utilisation effective reste freiné par les exigences liées à la qualité de la matière et à la maîtrise des contaminants.
L’arsenic constitue l’un des principaux points de vigilance. À cela s’ajoutent la forte teneur en eau des algues, leur salinité, la présence possible de sable et de déchets lors de la collecte, ainsi que la variation importante des volumes disponibles d’une période à l’autre.
Ces contraintes expliquent en partie pourquoi de nombreux projets restent au stade expérimental. En période de forts échouages, l’ADEME peut recevoir jusqu’à un nouveau porteur de projet par semaine, selon son experte sargasses Charlotte Gully.
Peu parviennent cependant à franchir simultanément les étapes techniques, réglementaires et financières nécessaires à une industrialisation.
La gestion des sargasses ne se limite donc plus à leur retrait rapide des plages. Le prochain enjeu consiste à structurer toute la chaîne qui suit la collecte, du stockage sécurisé au prétraitement, puis à une valorisation capable de répondre aux exigences environnementales et sanitaires.
Source : DOSSIER sur les sargasses par RCI Web avec Solveig Le Gat, publié le 03 et 06 août



