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Sargasses : « ce n’est pas avec des petits pansements qu’on arrête le saignement »

Mardi 8 septembre, le Conseil consultatif pour les régions ultrapériphériques (CCRUP) a tenu son assemblée générale à l’hôtel Simon, à Fort-de-France. Une vingtaine de délégués, venus des îles européennes de l’Atlantique et de l’océan Indien, ont quitté les bureaux de Bruxelles pour voir la pêche martiniquaise de près. Son président du Comité exécutif, l’Açorien Ruben Farias, en repart avec un diagnostic sans détour et un conseil : arrêter les rustines.

64 organisations, un porte-voix auprès de Bruxelles

Le CCRUP est l’un des conseils consultatifs de l’Union européenne sur la pêche. Son périmètre : les régions ultrapériphériques françaises, portugaises et espagnoles. Il réunit 64 organisations de professionnels et d’acteurs de la mer.

Son fonctionnement tient en une phrase de Ruben Farias : « Quand l’Europe veut mettre en place quelque chose, elle nous consulte ; quand nous voulons dire quelque chose à l’Europe, nous passons par le conseil. »

L’assemblée générale change d’île chaque année. Si elle s’est tenue en Martinique, c’est en grande partie grâce à Jean-Michel Cotrebil, président du comité des pêches de Martinique, qui alerte ses homologues depuis des années. « Nous pourrions faire ces réunions en ligne, mais ce n’est pas la même chose. Jean-Michel nous a emmenés voir ce qui se passe, et c’est très différent de l’entendre à distance. »

« Nous n’avons pas le pouvoir de tout faire, mais nous avons le pouvoir de conseiller et de faire pression. »

Depuis 2011, une filière qui encaisse

Ce que la délégation a vu, les pêcheurs martiniquais le vivent depuis quinze ans : des sargasses qui échouent chaque année depuis 2011, des sorties en mer empêchées, des moteurs abîmés, des revenus qui fondent. À quoi s’ajoutent une crise économique structurelle et un métier qui attire de moins en moins.

Ruben Farias en tire deux constats. Le premier : « La Martinique a besoin de beaucoup d’aide de l’Europe pour faire face aux sargasses, c’est un problème énorme. » L’Union soutient déjà la lutte contre les échouages, notamment via le FEDER et des programmes de coopération comme Interreg.

Le second dépasse les chiffres : « Que ce soit très important ou non pour l’économie, la pêche est toujours importante. C’est beaucoup d’histoires, de culture. » Un patrimoine vivant, pas seulement une ligne de PIB.

Ce que les Açores ont appris d’une autre algue

Les Açores, où Ruben Farias représente la Fédération des pêches, affrontent depuis quelques années une algue asiatique invasive, Rugulopteryx okamurae. « Rien de comparable avec ce que vous avez. Au début, nous ne pouvions rien en faire. Mais depuis deux ans, nous avons commencé à travailler dessus, et il y a maintenant des pistes. »

Sa lecture du problème martiniquais tient en une image : « Tout ce qui a une valeur commerciale ne pose pas de problème, parce que ça se vend. Vous, vous avez un problème parce que vous ne pouvez presque rien faire avec. »

D’où son conseil : investir maintenant dans la valorisation, plutôt que de ramasser et de ramasser encore une algue qui « revient sans cesse ». Et sa mise en garde, la phrase la plus forte de l’entretien :

« C’est un problème énorme, et ce n’est pas en mettant des petits pansements par-ci par-là que vous allez pouvoir arrêter le saignement. On ne peut pas faire de miracle. »

« Ils pourraient être en train de pêcher »

Sur le ramassage des sargasses, auquel des pêcheurs martiniquais participent, le président du Comité exécutif est nuancé : « C’est bien pour l’économie, ils gagnent un peu d’argent. Mais ça pourrait être mieux : ils pourraient être en train de pêcher. »

Autrement dit : un pêcheur payé pour ramasser des algues est un pêcheur qui ne pêche pas. La question qu’il pose à la filière n’est pas « combien pour le ramassage ? », mais « comment remettre les bateaux en mer ? ».

600 bateaux, 12 contrôleurs : le miroir açorien

Interrogé sur ses propres difficultés, Ruben Farias ne parle ni d’algue ni de climat, mais de stocks. Les Açores, ce sont neuf îles, 600 bateaux, 4 000 personnes qui vivent de la pêche, 12 criées et des ventes aux enchères en ligne. « Nous sommes à un autre stade de notre évolution », dit-il, sans triomphalisme.

Car le problème numéro un est humain : « Nous pêchons plus que nous ne devrions. Quand la pêche rapporte, ils pêchent, pêchent, pêchent. C’est une question de mentalité. Je pense que toutes les pêcheries du monde ont ce problème. » Douze agents seulement contrôlent 4 000 personnes, « il en faudrait 30 ou 40 ». Les stocks « ne sont pas bons, mais ils ne sont pas sur la ligne rouge ».

Et un point que la Martinique ne connaît pas encore au même degré : « Les gens ne veulent plus travailler dans la pêche. »

Et maintenant ?

Une AG ne règle rien, le président le dit lui-même. Mais elle produit une chose : des délégués de 64 organisations qui ont vu les sargasses, entendu les pêcheurs et repartent vers Bruxelles avec la Martinique en tête. Reste à transformer cette visibilité en moyens — et, du côté martiniquais, à décider ce que l’on fait de l’algue, plutôt que seulement contre elle.

Chiffres clés

  • 64 organisations membres du CCRUP, régions ultrapériphériques françaises, portugaises et espagnoles
  • Une vingtaine de délégués réunis à Fort-de-France le 8 septembre 2026
  • 2011 : premiers échouages massifs de sargasses en Martinique
  • 600 bateaux et 4 000 personnes dans la pêche açorienne, contrôlés par 12 agents
  • 2 ans : le temps qu’il a fallu aux Açores pour trouver des pistes de valorisation de leur algue invasive

À retenir

  • L’Europe consulte le CCRUP avant d’agir sur la pêche des îles ; le conseil « fait pression », il ne décide pas.
  • Message aux Martiniquais : plus d’aide européenne, oui, mais surtout investir dans la valorisation des sargasses plutôt que dans le seul ramassage.
  • Un pêcheur qui ramasse des algues est un pêcheur qui ne pêche pas.
  • Le miroir açorien : des moyens modernes, mais des stocks fragiles, un contrôle insuffisant et une relève qui manque.

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