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Iguanes verts : 1,8 million abattus aux Caïmans, et ils sont toujours là

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Depuis 2018, Grand Cayman traque l’iguane vert, espèce invasive venue d’Amérique. Près de 1,8 million d’animaux ont été abattus, la population a chuté de plus de 90 %. Mais l’éradication reste hors de portée. Un cas d’école pour toute la Caraïbe, Martinique comprise.

 

De 1,5 million à moins de 100 000

Le chiffre donne le vertige. Près de 1,8 million d’iguanes verts abattus à Grand Cayman en huit ans.

« Quand nous avons commencé en 2018, il y avait environ 1,4 ou 1,5 million d’iguanes à l’état sauvage. Nous en sommes maintenant probablement à moins de 100 000, du moins nous l’espérons », explique Tim Austin, directeur adjoint du ministère de l’Environnement des îles Caïmans, le 1er septembre sur Compass TV.

Depuis janvier, environ 48 000 animaux ont été éliminés. Les autorités visent 100 000 d’ici la fin de l’année. Un recensement annuel, lancé en août, doit affiner l’estimation de la population restante.

« Ce serait formidable de les éliminer totalement. Mais ils sont toujours là. » Tim Austin, ministère de l’Environnement des îles Caïmans

7 millions de dollars pour les deux premières années

L’essentiel du travail a été fait très vite. Entre fin 2018 et janvier 2021, plus de 1,2 million d’iguanes ont été tués, pour un peu plus de 7 millions de dollars. La population est passée d’environ 1,3 million en août 2018 à 103 020 un an plus tard. En 2020, une enquête estimait qu’il n’en restait plus que 16 000 à 36 000.

Pourquoi continuer, alors ? Parce que l’iguane vert se reproduit vite : 30 à 80 œufs par couvée. Et septembre marque justement le début de l’émergence des bébés.

Le programme, géré depuis 2018 par la société Cornwall Consulting, a été reconduit pour deux ans au 1er janvier 2026, pour 566 400 dollars. Objectif de l’appel d’offres : ramener la population de Grand Cayman à environ 50 000 individus.

Chiffres clés

  • ~1,8 million : iguanes abattus à Grand Cayman depuis 2018
  • 1,3 à 1,5 million : population estimée au lancement du programme
  • < 100 000 : population estimée aujourd’hui (à confirmer par le recensement)
  • 30 à 80 œufs par couvée
  • 10 $, 7 $, 5 $ : prime versée par animal selon sa taille
  • 566 400 $ : nouveau contrat de deux ans depuis janvier 2026

« Ils sont devenus très rusés »

Les derniers iguanes sont les plus difficiles à attraper. « Ils sont devenus très rusés et difficiles à suivre », constate Tim Austin. Beaucoup se sont réfugiés dans la brousse ou sur des propriétés privées, notamment dans les districts de l’est.

Les chasseurs, dont des bénévoles, sont payés à la pièce : 10 dollars pour un animal de plus de cinq livres (environ 2,3 kg), 7 dollars pour une taille intermédiaire, 5 dollars pour un nouveau-né.

L’animal, lui, ne passe pas inaperçu. Un mâle adulte mesure environ 2 mètres du museau au bout de la queue et pèse généralement 4 à 4,5 kg, jusqu’à près de 9 kg pour les plus gros, selon l’Institut de recherche tropicale Smithsonian.

Un « nuisible » qui finit à la décharge

L’iguane vert n’est pas originaire des Caïmans. Les premières observations à l’état sauvage remontent au début des années 1990. Plusieurs introductions sont suspectées, via le commerce d’animaux de compagnie et comme source de nourriture.

Car dans son aire d’origine, en Amérique centrale et du Sud, l’espèce se mange depuis longtemps : chair, œufs, et une peau transformée en cuir.

Les Caïmans ont tenté la valorisation. En 2018, une entreprise locale a commencé à transformer des iguanes capturés pour exporter leur viande vers les États-Unis. L’activité semble avoir cessé. Aujourd’hui, la plupart des animaux abattus finissent à la décharge.

Et la Martinique ?

L’article de Cayman Compass ne parle pas des Antilles françaises. Mais le sujet nous concerne directement.

L’iguane vert est aussi présent en Martinique, où il est considéré comme une espèce exotique envahissante. Il entre en concurrence avec l’iguane des Petites Antilles, espèce endémique de nos îles, classée en danger critique d’extinction, dont l’un des derniers bastions martiniquais est l’îlet Chancel. Concurrence pour l’habitat, mais aussi hybridation : les deux espèces se croisent, et l’espèce locale s’efface.

L’expérience des Caïmans pose des questions valables ici. À quel coût contrôler une espèce qui pond jusqu’à 80 œufs ? Faut-il payer à la pièce ? Et que faire des animaux capturés, quand la filière viande n’a pas tenu ?

À retenir

  • Huit ans de programme, 1,8 million d’iguanes abattus, population divisée par plus de dix
  • L’éradication totale reste jugée peu probable
  • La reproduction rapide (30 à 80 œufs) impose de continuer indéfiniment
  • La valorisation de la viande a été tentée, puis abandonnée
  • En Martinique, l’iguane vert menace l’iguane des Petites Antilles, espèce endémique

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