Depuis 2016, l’Asso-Mer tisse sa toile en Martinique pour protéger le milieu marin. Grâce à ses bénévoles et ses salariés engagés pour le territoire, les missions de l’association sont multiples et ont pour objectif de préserver le milieu marin. Loin d’une approche « punitive », les forces vives de l’association mettent un point d’honneur à préserver la ressource naturelle, en concertation avec les usagers et autres habitants. Rencontre avec Jessica Chekroun, responsable de la communication de l’association.
Comment l’Asso-Mer participe-t-elle à la protection du milieu maritime ?
Nous avons un pôle sensibilisation qui agit, auprès des écoles, avec le dispositif Aires marines éducatives (AME), encadré par le parc naturel marin de Martinique. Nous sommes en charge de l’accompagnement d’une classe sur une année avec un projet décidé par la classe. Ce sont les enfants qui décident du projet, qui le mettent en place et qui décident du lieu du littoral sur lequel ils vont réaliser ce projet. On a quatre AME cette année. L’action de sensibilisation s’adresse aussi au grand public, dans toutes nos actions, il existe toujours une part de sensibilisation.
L’un des gros piliers de notre action est la science participative, qui va permettre de collecter plus de données car c’est un problème rencontré par les scientifiques : le manque de données. Nous formons et encadrons donc des bénévoles à récolter de la donnée, qui sont ensuite remontée sur de grosses bases de données internationales (AGGRA, Reef-Check). Ils sont aussi extrêmement sensibilisés et deviennent ambassadeurs de la cause pour laquelle ils ont été formés et pour laquelle ils ont récolté de la donnée.
Ensuite, l’association travaille à l’accompagnement de pratique. On va aller travailler avec les usagers pour voir comment on peut les aider à améliorer leurs problématiques et leurs pratiques pour que cela puisse répondre aux enjeux de protection du milieu marin. Par exemple nous avons fait une étude auprès des pêcheurs pour savoir s’il était possible de trouver d’autres matériaux pour leur matériel afin d’éviter les pollutions en cas de perte lors des sorties en mer. Cette année nous accompagnons une mairie à gérer les problèmes de déchets sauvages parce qu’ils finissent souvent dans la mer, en passant par les cours d’eau, surtout pour les communes littorales.
Notre quatrième et dernier pôle est celui de la conservation et restauration d’espèces ou d’habitat. Historiquement, Acropora, notre projet phare nous a permis de réimplanter des coraux. Tout fonctionnait magnifiquement bien jusqu’à la vague de chaleur marine de 2023-2024. Notre effort de restauration avec les coraux, s’appuie maintenant sur un effort d’acquisition de connaissances et de sensibilisation. Au Carbet, nous travaillons à la restauration d’habitats de ponte des tortues marines en y replantant des arbres et arbustes originaires de Martinique.

Comment ces actions s’intègrent-elles dans le paysage de la Martinique ? Comment mobiliser les bonnes volontés ?
Effectivement tous nos projets sont toujours réalisés en concertation avec les instances locales, avec les usagers car on essaye de co-construire. C’est même inscrit dans notre charte. Et nous consultons les acteurs, avant même de déposer des demandes de financements. Tous nos projets ont des comités de pilotages qui intègrent les parties prenantes qui vont valider les grandes orientations.
Ensuite, nous essayons de mobiliser les usagers et les habitants, comme pour le projet au Carbet : nous avons organisé des réunions de concertation avec les habitants, nous avons passé beaucoup de temps à échanger avec les pêcheurs. Le but n’est pas d’arriver et d’imposer notre façon de faire mais d’essayer que tout le monde se sente impliqué.
Un exemple de science participative ?
On a notamment le suivi des traces de ponte de tortues marines. Sur l’année 2026, on va coordonner ce suivi sur toute la Martinique, conformément au plan national d’action sur de protection des tortues marines. Pour cela on fait appel à nos bénévoles, mais aussi à d’autres associations qui ont chacune leur implantation très locale, à l’échelle d’une commune…
Il s’agit, tôt le matin, de se balader sur les plages suivies et de regarder si on voit des traces laissées par des tortues marines, remontées pondre pendant la nuit. Donc, on forme nos bénévoles à cette pratique. De cette manière, ils vont pouvoir déterminer l’espèce qui est montée et le nombre de remontées durant une nuit. On collecte donc de la donnée qui permet d’estimer le nombre de pontes et les scientifiques réalisent ensuite un travail d’analyse.
L’association semble pouvoir compter sur un fort engagement des bénévoles mais vous comptez aussi des salariés dans vos rangs ?
C’est vrai qu’en se professionnalisant, nous avons quand même gardé cet aspect bénévole, pas seulement dans les bénévoles dirigeants mais aussi dans nos bénévoles sur les actions. Il y a toujours des actions où on implique des bénévoles avec cet aspect montée en compétences de personnes engagées sur le territoire.
Comment faire pour ne pas créer un effet de refus de la part de la population ? Et comment renforcer leur implication au service du territoire ?
On ne veut surtout pas qu’il y ait de coupure entre la nature, la vie des habitants, les traditions et culture. C’est hyper important que tout soit lié.
Par exemple, sur les zones de replantation au Carbet, on a décidé de pas les fermer, de ne pas mettre de grillage autour afin que chacun puisse pouvoir y poser sa serviette et que les tortues puissent venir y pondre. Il ne faut non plus gêner les pêcheurs et leur travail, pour montrer que la nature, doit se faire avec nous au milieu et qu’on en fait partie.

Quels sont les projets de l’association pour l’année 2026 ?
Je voudrais parler d’une action que je mène moi-même et que j’ai bien envie de mettre en avant : j’accompagne des jeunes à l’action de plaidoyer. Ces jeunes sont en BTS mais manquent parfois de motivation dans leur formation donc je leur fais rencontrer des professionnels de milieux différents et le but est qu’ils trouvent un sujet sur lequel ils veulent travailler, puis l’idée est de produire une vidéo à montrer aux décideurs politiques. C’est une action qui est vraiment chouette parce qu’on touche un public un peu différent.
Cette année, nous allons organiser le 4e tour de l’île de la Martinique. C’est une sous-action de l’un de nos projets visant à récolter des données concernant la pollution plastique et notamment les micro-plastiques. Auparavant il n’existait pas de données sur ce sujet et ces tours de la Martinique nous permettent de faire émerger cette problématique au niveau local. Il existe une petite pollution aux microplastiques mais rien à voir avec une mer comme la Mer Méditerranée par exemple.
Martinique2050/S.D
Crédit photo : Jessica Chekroun




