Biodiversité / Tourisme

Les herbiers marins, ces « prairies bleues » en voie de disparition

« Les herbiers marins sont parmi les écosystèmes les plus précieux dont nous disposons face aux crises climatique et écologique. Sensibiliser, protéger et restaurer les herbiers marins n’est plus une option : c’est une urgence »,

souligne Anaïs Massé, responsable scientifique de la Fondation de la Mer.

À l’occasion de la Journée mondiale des herbiers marins, célébrée le 1er mars, la Fondation de la Mer tire la sonnette d’alarme : ces écosystèmes sous-marins d’une importance capitale disparaissent à une vitesse alarmante. Près d’un tiers des herbiers marins a déjà été perdu depuis la fin du XIXe siècle, et aujourd’hui, l’équivalent d’un terrain de football s’efface toutes les 30 minutes. Une urgence écologique qui concerne directement les territoires ultramarins français, dont la Martinique.

Discrets, souvent méconnus du grand public, les herbiers marins sont pourtant l’un des maillons essentiels de la vie océanique. Ces prairies sous-marines, constituées de plantes à fleurs adaptées au milieu marin, rendent des services écosystémiques considérables : puits de carbone, nurseries pour les poissons et invertébrés, remparts naturels contre l’érosion côtière et les phénomènes climatiques extrêmes. Un seul mètre carré d’herbier de posidonie en Méditerranée peut produire jusqu’à 10 litres d’oxygène par jour, et un hectare peut abriter jusqu’à 98 000 poissons et 123 millions d’invertébrés.

Malgré leur rôle vital, 7 % des herbiers marins disparaissent chaque année dans le monde. Sur les 72 espèces recensées, 22 sont désormais menacées d’extinction, et 21 % sont classées « quasi menacées », « vulnérables » ou « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La France ultramarine en première ligne

La France, forte du plus vaste espace maritime au monde, porte une responsabilité particulière dans la préservation de ces écosystèmes. Dans les Caraïbes, l’océan Indien et le Pacifique, les herbiers marins français s’étendent sur près de 1 250 km². Des territoires comme la Martinique sont donc directement concernés par cette régression, leurs côtes et leur biodiversité marine étant intimement liées à la santé de ces prairies bleues.

Face à l’urgence, la Fondation de la Mer multiplie les initiatives. Depuis 2022, elle pilote un vaste programme de restauration des herbiers dégradés en Europe et dans les outre-mer, à travers des campagnes de collecte et de transplantation de fragments. Elle est également à l’origine de l’Alliance For European Seas, en partenariat avec des fondations finlandaises et italiennes, qui a déjà permis la plantation de plus de 68 000 pieds à travers le continent. En parallèle, la plateforme de financement participatif SOS Corail, développée avec l’IFRECOR, permet de soutenir des projets de préservation des récifs coralliens, mangroves et herbiers dans les territoires ultramarins.

Sans mobilisation collective et financements suffisants, ces écosystèmes vitaux continueront de s’effacer silencieusement, emportant avec eux une part irremplaçable de la vie marine et de notre capacité à faire face aux dérèglements climatiques.

Martinique2050

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
1 / ?