
Avec un parc automobile parmi les plus denses de France rapporté à sa superficie, et une dépendance quasi totale à la voiture individuelle, la Martinique fait face à un défi de mobilité durable considérable. La transition vers le véhicule électrique y représente un double enjeu : réduire les émissions locales de gaz à effet de serre et alléger la facture énergétique d’un territoire dont 75 % de l’électricité est encore produite à partir d’énergies fossiles. Le chemin parcouru depuis cinq ans est réel, mais les obstacles demeurent structurels.
Un réseau de bornes en progression, mais insuffisant
En 2025, la Martinique compte environ 211 bornes de recharge publiques — un chiffre en progression notable, déployées par des opérateurs comme EZDrive, VoltDom et TotalEnergies. La CTM s’est engagée dans l’objectif ambitieux de 400 bornes d’ici 2030, dans le cadre du projet RESOR soutenu par le réseau des régions ultrapériphériques (RUP). Le programme national ADVENIR, piloté par l’Avere France et financé par EDF, offre une prime pouvant atteindre 2 160 euros par borne installée dans les Zones Non Interconnectées (ZNI), à condition d’un pilotage intelligent orienté vers les « heures solaires ». Le SMEM pilote par ailleurs le schéma directeur du déploiement des bornes sur l’ensemble du territoire.

Des freins spécifiques à lever
La part de marché des véhicules électriques reste modeste en Martinique, autour de 4,9 % en 2024, contre plus de 10 % à La Réunion. Plusieurs facteurs expliquent ce retard : un réseau routier énergivore, des dénivelés importants, une climatisation quasi permanente qui réduit l’autonomie réelle des batteries, et l’absence de filière locale de recyclage des batteries usagées, renvoyées vers les sites de production en l’état. La question de la cohérence entre recharge électrique et part encore majoritaire des énergies fossiles dans le mix est posée : tant que les EnR ne dominent pas la production, le bilan carbone du véhicule électrique martiniquais reste perfectible.
En bref :