
Tailles minimales, périodes de fermeture, espèces interdites ou encore caractéristiques des engins : la pêche maritime professionnelle en Martinique est soumise à un ensemble de règles destinées à encadrer les captures. Un guide publié en février 2026 rassemble les principaux repères à connaître pour préserver les ressources tout en maintenant l’activité des professionnels de la mer.
Réalisé par l’Office français de la biodiversité et le Parc naturel marin de Martinique, ce document synthétise notamment les dispositions de l’arrêté du 25 avril 2019 portant réglementation de la pêche maritime professionnelle sur le territoire.
Laisser aux espèces le temps de se reproduire
La réglementation repose d’abord sur un principe simple : éviter que les poissons soient capturés avant d’avoir atteint une taille suffisante pour se reproduire.
Le guide indique ainsi que les espèces communes pêchées doivent généralement mesurer au moins 15 centimètres. Des exceptions sont prévues pour le koulirou, le tchatcha, le makriyo, le titiri, le poisson-lion et le pisièt. Les espèces faisant l’objet d’une interdiction totale restent, quant à elles, protégées quelle que soit leur taille.
Pour certaines familles, les seuils sont plus élevés. Les poissons-perroquets dont la capture reste autorisée ainsi que les poissons-chirurgiens doivent mesurer au moins 22 centimètres. La taille minimale est fixée à 56 centimètres pour la dorade coryphène. Pour le thon rouge, le guide mentionne un seuil de 115 centimètres et 30 kilogrammes.
Ces limites ne constituent donc pas de simples formalités. Elles visent à permettre aux populations marines de se renouveler avant que les individus n’entrent dans les circuits de capture et de commercialisation.
Lambi, langouste et crabe : des règles propres à chaque espèce
Les crustacés et les mollusques particulièrement recherchés dans les eaux martiniquaises sont également soumis à des seuils précis.
La langouste royale doit mesurer au moins 8 centimètres, contre 6 centimètres pour la langouste brésilienne. Toutes les langoustes grainées, c’est-à-dire portant des œufs, sont interdites à la pêche.
Le crabe de terre doit atteindre une taille minimale de 7 centimètres. Sa capture est interdite du 16 juin au 14 février inclus, afin de protéger l’espèce pendant une grande partie de l’année.
L’oursin blanc doit mesurer au moins 9 centimètres hors piquants. Sa pêche n’est pas ouverte de manière permanente : elle reste soumise à une autorisation spéciale et à une ouverture ponctuelle ou partielle décidée par arrêté préfectoral.
Pour le lambi, le guide retient deux critères possibles : un poids d’au moins 250 grammes ou une épaisseur du pavillon supérieure à 7 millimètres. Sa pêche est interdite du 1er janvier au 30 juin inclus. Il doit par ailleurs être débarqué entier, avec sa coquille.
Le burgo doit mesurer au moins 6 centimètres, les palourdes 4 centimètres, tandis que le poulpe doit atteindre un poids minimal de 750 grammes.
Des espèces totalement protégées
Certaines espèces ou familles ne peuvent faire l’objet d’aucune capture.
Le guide mentionne notamment :
- toutes les tortues marines ;
- tous les mammifères marins ;
- les hippocampes et les syngnathes ;
- les poissons-anges ;
- les poissons d’ornement ;
- les coraux ;
- les gorgones ;
- les éponges ;
- les algues et autres végétaux marins ;
- les étoiles de mer, concombres de mer, ophiures et autres échinodermes.
Tous les mérous sont également interdits à la pêche, à l’exception du mérou couronné, du couronné chat et de l’outalibi. L’oursin blanc bénéficie lui aussi d’un régime d’exception lorsqu’une ouverture est expressément autorisée.
Trois poissons-perroquets sont spécifiquement protégés : le perroquet bleu, le zawag bleu et le zawag flamand.
Cette protection ne concerne pas uniquement les espèces directement recherchées pour leur chair. Elle s’étend à des organismes qui participent au fonctionnement des habitats marins et dont le prélèvement peut fragiliser l’équilibre des écosystèmes.
Une protection particulière pour les requins et les raies
La réglementation interdit aussi la capture de nombreuses espèces de requins et de raies.
La liste comprend notamment les raies manta et mobula, la raie léopard ou raie aigle, les poissons-scies, les requins-marteaux, le requin-baleine, le requin pèlerin, le grand requin blanc, le requin soyeux, le requin océanique, le requin mako et les requins-renards.
Pour les espèces de requins et de raies dont la capture reste autorisée, le plafond est fixé à 10 individus par sortie. La mutilation des requins, vivants ou morts, est interdite, tout comme l’achat, la vente ou l’offre à la vente de leurs nageoires.
Filets et nasses également encadrés
La préservation de la ressource ne dépend pas uniquement des espèces capturées. Elle passe aussi par les engins utilisés.
Les filets maillants doivent présenter une maille minimale de 40 millimètres de côté et ne pas dépasser 4 mètres de hauteur.
Pour les filets de surface ou dérivants, la maille minimale est fixée à :
- 16 millimètres pour le balaou ;
- 19 millimètres pour le poisson volant.
Les sennes doivent respecter une maille minimale de 19 millimètres.
Les nasses doivent avoir une maille d’au moins 34 millimètres de côté et disposer d’une trappe de 30 sur 30 centimètres. Elles doivent aussi être fermées avec une ficelle biodégradable. En cas de perte de la nasse, celle-ci doit se dégrader et permettre l’ouverture de l’engin, afin d’éviter qu’il continue à capturer des animaux sans être relevé : c’est le phénomène de pêche fantôme.
Le filet trémail et le chalutage sont interdits. Il est également interdit d’utiliser des explosifs, des substances toxiques ou soporifiques, ainsi que de pêcher à la senne les juvéniles démersaux.
Identifier les engins et déclarer les captures
Tous les engins laissés en mer doivent être marqués et signalés à l’aide du numéro d’immatriculation du navire. Cette obligation facilite leur identification et limite les risques liés aux matériels perdus ou abandonnés.
Les professionnels doivent également déclarer leurs captures. Les navires mesurant jusqu’à 10 mètres utilisent une fiche de pêche. Pour ceux mesurant entre 10 et 12 mètres, la déclaration passe par un journal de pêche.
Le guide mentionne aussi la possibilité de télédéclarer les captures au moyen de l’application VisioCapture.
Les DCP soumis à autorisation
La mise à l’eau d’un dispositif de concentration de poissons, ou DCP, ne peut pas être réalisée librement.
Elle nécessite une autorisation d’occupation temporaire. Le dispositif doit porter son numéro d’autorisation et être équipé d’un signalement lumineux.
Le guide renvoie par ailleurs vers des informations complémentaires concernant les zones de pêche réglementées. Les règles peuvent donc varier selon les secteurs, les espèces et les périodes concernées.
Une réglementation au service de la durée
En encadrant les tailles, les saisons, les engins et les espèces pouvant être capturées, la réglementation cherche à éviter une exploitation trop précoce ou trop intensive des ressources marines.
Son efficacité dépend toutefois de son appropriation par les professionnels, de la déclaration des captures, du respect des périodes de fermeture et de la capacité à contrôler les pratiques en mer.
Pour la pêche martiniquaise, l’enjeu dépasse la seule conformité administrative : il s’agit de préserver les espèces et les habitats dont dépend l’avenir même de l’activité.



