
Publiée début 2026 et officialisée par le décret du 12 février, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) constitue la nouvelle feuille de route de la politique énergétique française pour la période 2026-2035. Entre relance du nucléaire, développement encadré des énergies renouvelables et accélération de l’électrification des usages, ce document stratégique fixe les objectifs de production, de consommation et de mix énergétique dans une logique de décarbonation, de sécurité d’approvisionnement et d’indépendance nationale. Présentée comme un levier central de l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050, la PPE 3 soulève toutefois des interrogations sur sa mise en œuvre concrète, ses impacts économiques et son adaptation aux réalités territoriales, notamment dans les régions ultramarines.
Sur le plan des objectifs chiffrés, la PPE 3 fixe une trajectoire ambitieuse : porter la production d’électricité décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre environ 458 TWh en 2023, tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles à environ 40 % de la consommation finale d’ici 2030. La stratégie repose sur une électrification massive des usages — industrie, bâtiment, transport et numérique — pour substituer progressivement l’électricité aux sources fossiles importées, qui représentent encore une large part de la consommation énergétique actuelle.
La PPE 3 repose sur un mix énergétique équilibré associant relance du nucléaire et développement renouvelable. Sur le nucléaire, elle confirme la construction de six réacteurs EPR2 avec des mises en service prévues à partir de 2038, la consolidation des réacteurs existants et une possible option pour huit unités supplémentaires. Concernant les renouvelables, la trajectoire retient une progression raisonnée du photovoltaïque (48 GW installés en 2030) et une poursuite du développement de l’éolien en mer, tout en donnant priorité à la rénovation des parcs d’éolien terrestre.
L’un des éléments nouveaux est la mise en place d’un plan national d’électrification dès 2026 pour accompagner cette transition et un mécanisme de révision simplifiée de la programmation en 2027, afin d’adapter les objectifs à l’évolution du contexte économique, technologique et géopolitique. Le décret prévoit également que les capacités d’énergie renouvelable après 2028 pourront être ajustées au regard de la consommation, du développement des moyens de production décarbonée et des flexibilités nécessaires au système électrique.
Cette feuille de route fait l’objet de débats et de critiques politiques et sectorielles. Certains acteurs saluent la clarté d’une stratégie à long terme pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et structurer l’appareil industriel français. D’autres estiment que certains objectifs, notamment en matière de renouvelables, sont moins ambitieux que dans les projets antérieurs ou que la relance du nucléaire suscite des interrogations quant à sa faisabilité et à son coût. Des voix ont également critiqué les modalités de publication par décret sans débat parlementaire approfondi.
Reste désormais à savoir comment ces orientations se traduiront concrètement sur le terrain. Les moyens financiers et humains mobilisés seront-ils suffisants pour atteindre les objectifs fixés ? Les territoires, notamment ultramarins, disposeront-ils des marges de manœuvre nécessaires pour adapter cette feuille de route à leurs spécificités ? Le rythme de développement des énergies renouvelables et du nucléaire sera-t-il compatible avec les contraintes industrielles, environnementales et sociales ? Comment seront maîtrisés les impacts sur les factures des ménages et la compétitivité des entreprises ? Enfin, la clause de révision prévue permettra-t-elle d’ajuster efficacement la trajectoire face aux évolutions économiques, climatiques et géopolitiques à venir ?
Philippe Pied




