Biodiversité / Tourisme

Régénérer les sols : pour une oasis de diversité

L’humain & la nature. Au carrefour entre agriculture durable et engagement social, les Jardins de Macabou participent à faire vivre le territoire martiniquais et la biodiversité locale. Après une phase de régénération de la terre, c’est un bel acte de résilience de la nature. Rencontre avec Céline, à la tête de cet îlot de résistance de la nature face au lessivage.

Régénérer les sols

Les jardins de Macabou ont pris place, il y a de nombreuses années, sur une terre lessivée par des années d’élevage. « Ce projet a pris place sur des terres non-polluées mais dégradée après des décennies d’élevage, la couche d’hummus était quasiment inexistante à notre arrivée. Heureusement, le caractère argileux de cette terre lui a permis de résister et d’éviter la désertification. Après un travail de régénération, le sol se retrouve plus fongique et moins bactérien », explique Céline, des Jardins de Macabou. « Beaucoup de plantes spontanées, bien plus diversifiées, ont pu prendre racine sur le terrain. »

En plus, « on a aussi constitué un certain nombre de mares, ce qui permet de générer un effet bordure, terme utilisé en permaculture pour désigner une zone de contact entre deux écosystèmes. Dans notre cas, il s’agit d’une zone permettant d’augmenter la biodiversité », témoigne-t-elle.

Reconstruire le vivant

A partir de la régénération des sols, il s’agit de favoriser le retour du vivant, de la faune et de la flore notamment. Laisser certaines parcelles de terrain en friche a ensuite permis « une transformation du terrain de « prairie » à « forêt » de manière naturelle, afin de valoriser la flore spontanée locale et des espaces suffisamment amples pour un retour de la faune ».

En parallèle de ces friches, des méthodes de régénération des sols ont été appliquées à d’autres parcelles, permettant d’aller plus vite. « Les pratiques de régénérations des sols sur les parcelles que nous avons choisi de planter, ont pour conséquence que ces parcelles connaissent un processus écologique plus rapide que les parcelles en friche », explique-t-elle. « Ce retour de la nature s’est traduit par l’implantation de 5000 arbres fruitiers, dont environ 50 essences différentes. » Ces différentes essences d’arbres avaient pour vocation d’attirer les oiseaux, avec des arbres à bais, et des abeilles, avec des arbres mellifères. « Ces arbres conviennent aux abeilles et à beaucoup d’autres pollinisateurs, ce qui nous permet d’avoir une assez grande diversité d’insectes. Nous plantons aussi beaucoup de lianes, ce qui favorise les papillons. » Cette régénération a permis de mettre en place une activité d’apiculture, parmi de nombreuses autres activités sur le terrain.

Un long processus, au service de la biodiversité

Faire émerger un écosystème riche en biodiversité représente un long travail et nécessite de l’engagement à long terme.

« L’objectif de ces parcelles plantées en forêt fruitière (ou forêt comestible) consiste à passer d’un sol de prairie (bactérien) et d’une végétation pionnière (ici particulièrement épineuse – acacias-) à un sol fongique (de forêt) et une végétation d’arbres fruitiers associée (en étage) à un certain nombre d’autres plantes (arbres de canopée, arbustes, plantes aromatiques et médicinales, couvre-sol, tubercules) »,

explique Céline, avec précision.

« Chaque plante ayant plusieurs utilisations (souvent mellifères, souvent ressources pour la faune), procure une protection contre le vent, le soleil et permet de produire de la matière organique par chute des feuillages mais aussi par élagage (sources de bois, plantes ressources pour la consommation ou l’utilisation médicinale, …). »

Sur un sol pauvre en biodiversité, a donc émergé progressivement un nouvel écosystème riche en espèces et en diversité.

« En plus de toutes ces plantes plantées, nous favorisons, là où cela nous semble judicieux, la croissance et la prolifération de plantes spontanées que nous avons identifiées comme ressource pour de multiples raisons, à l’instar du campêche, pour son caractère très mellifère et son bois, ou encore le jujubier pour les mêmes raisons »,

partage la jeune femme.

Depuis 2012, les jardins de Macabou offrent donc un bel exemple de résilience de la nature face aux activités productives. Sur ce terreau fertile et forte de cette première victoire, Céline met un point d’honneur à ouvrir cet espace de verdure à l’humain car l’un ne pas sans l’autre.

Simon Douaglin

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