Santé Environnementale

SANTÉ. PNA 4 et PNNS 5 : la France réaffirme son ambition pour une alimentation saine et durable

One Health Summit 2026 

À l’occasion du One Health Summit organisé à Lyon du 5 au 7 avril 2026, le gouvernement français a dévoilé le quatrième Programme national pour l’alimentation (PNA 4) et le cinquième Programme national nutrition santé (PNNS 5). Ces deux programmes, qui couvrent la période 2026-2030, constituent la déclinaison opérationnelle d’une politique publique ambitieuse articulant alimentation, santé humaine et environnement. Ils visent à mieux prévenir les maladies chroniques, à réduire les inégalités sociales et territoriales en matière de nutrition, et à accélérer la transition vers un système alimentaire plus durable et souverain.

Dans un contexte mondial marqué par l’intensification des risques sanitaires et la fragilisation des systèmes alimentaires, la France a choisi le One Health Summit pour donner corps à une approche globale de la santé humaine, animale et environnementale. C’est dans ce cadre que le gouvernement a simultanément lancé deux programmes complémentaires, le PNA 4 et le PNNS 5, sous l’impulsion conjointe de la ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire Annie Genevard, et de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist. Ces deux programmes ne sont pas de simples révisions de leurs prédécesseurs : ils incarnent une vision unifiée et transversale, fondée sur la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), qui place la souveraineté alimentaire au rang de priorité nationale. En articulant prévention des maladies chroniques, accès équitable à une alimentation de qualité et transformation durable du système alimentaire, ils dessinent les contours d’une politique publique profondément renouvelée.

Un socle commun pour transformer les habitudes alimentaires

Les deux programmes partagent un ensemble d’actions structurantes, pensées pour agir simultanément sur l’offre et la demande alimentaires. En matière d’offre, l’accent est mis sur l’amélioration de la qualité nutritionnelle des produits disponibles en restauration collective et en grande distribution, deux canaux qui conditionnent l’alimentation quotidienne d’une large majorité de la population. Du côté de la demande, les programmes entendent renforcer l’information des consommateurs, notamment à travers les recommandations nutritionnelles officielles et les systèmes d’étiquetage, afin de mieux orienter les choix alimentaires vers des options plus saines. Une attention particulière est portée aux enfants et aux adolescents, publics cibles du marketing alimentaire des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés, dont les effets sur les comportements alimentaires sont documentés de longue date. La réduction des inégalités sociales et territoriales en matière de nutrition constitue, enfin, un fil directeur commun aux deux programmes, dans la continuité d’un constat récurrent : l’alimentation saine reste trop souvent l’apanage de ceux qui en ont les moyens.

« Une alimentation saine, durable et accessible à tous, au service de la souveraineté alimentaire »

Le PNA 4 : restructurer le système alimentaire à l’échelle des territoires

Le quatrième Programme national pour l’alimentation agit en amont, sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Sa logique est systémique : il ne s’agit pas seulement de modifier les comportements des consommateurs, mais de transformer les structures mêmes de production, de distribution et de consommation. L’un de ses axes majeurs est le renforcement des approvisionnements durables et de qualité, qui passe notamment par une meilleure articulation entre production agricole locale et restauration collective. Le programme met également en avant les projets alimentaires territoriaux (PAT), démarches volontaires associant collectivités, acteurs économiques et société civile pour construire des systèmes alimentaires locaux cohérents. Ces PAT sont présentés comme des leviers essentiels de structuration locale et de territorialisation de la souveraineté alimentaire, notion qui renvoie à la capacité d’un territoire à maîtriser sa propre chaîne alimentaire. Enfin, la réduction du gaspillage alimentaire à toutes les étapes de la chaîne constitue un troisième pilier, en phase avec les engagements européens de la France en matière de transition écologique.

« Les projets alimentaires territoriaux constituent des leviers essentiels de structuration locale et de territorialisation de la souveraineté alimentaire »

Le PNNS 5 : prévention en santé publique et attention renforcée aux publics fragiles

Le cinquième Programme national nutrition santé approfondit quant à lui la dimension de santé publique, en articulation étroite avec la Stratégie nationale sport-santé 2025-2030. Sa spécificité tient dans l’attention portée à des publics jusqu’ici insuffisamment pris en compte dans les politiques nutritionnelles. L’alimentation de la femme enceinte et de la petite enfance fait l’objet d’un axe dédié, avec un volet explicite sur la promotion de l’allaitement maternel, dont les bénéfices pour la santé du nourrisson et de la mère sont reconnus scientifiquement. Le programme cible également la dénutrition, phénomène souvent sous-estimé mais particulièrement prévalent chez les personnes âgées et les publics fragiles, qui représente un enjeu sanitaire et économique de premier ordre. Par ailleurs, le PNNS 5 entend promouvoir le développement de l’activité physique et des mobilités actives à tous les âges de la vie, tout en s’attaquant à la sédentarité et au temps excessif passé devant les écrans, dont l’impact négatif sur la santé fait l’objet d’un consensus scientifique croissant.

Une gouvernance interministérielle au service de la cohérence

La mise en œuvre des deux programmes repose sur un pilotage interministériel, en articulation avec les autres stratégies nationales. Cette architecture de gouvernance répond à une logique évidente : les déterminants de l’alimentation et de la nutrition relèvent simultanément de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, du logement et de la cohésion sociale. Un comité de suivi associant l’ensemble des parties prenantes — administrations, professionnels de santé, acteurs de l’alimentation, associations de consommateurs, collectivités territoriales — assurera le suivi régulier de la mise en œuvre et de l’atteinte des objectifs fixés. Cette gouvernance partagée est pensée comme une garantie de cohérence et de lisibilité pour l’ensemble des acteurs concernés, dans un domaine où la fragmentation des politiques publiques a longtemps nui à l’efficacité de l’action collective.

« Ces programmes traduisent une approche globale et transversale de l’alimentation, de la santé humaine et de l’environnement »

Vers une politique alimentaire renouvelée

Avec le PNA 4 et le PNNS 5, la France se dote d’un cadre programmatique cohérent pour la période 2026-2030, ancré dans une vision One Health qui reconnaît l’interdépendance entre les santés humaine, animale et environnementale. Si l’ambition affichée est à la hauteur des défis — maladies chroniques, inégalités de santé, souveraineté alimentaire, transition écologique —, la réussite de ces programmes dépendra de leur traduction concrète dans les politiques territoriales, des moyens alloués à leur mise en œuvre et de la capacité des acteurs locaux à s’en emparer. Les projets alimentaires territoriaux et la stratégie nationale sport-santé offrent des relais opérationnels prometteurs. Reste à construire les conditions d’une appropriation effective, à tous les niveaux, d’une politique alimentaire qui engage, au fond, le rapport collectif à la santé et à l’environnement.

Philippe PIED

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