
Depuis plus d’une décennie, la Martinique vit sous la menace cyclique des sargasses. Mais l’intersaison 2025-2026 a rompu avec les habitudes : contrairement aux années précédentes, la période dite « creuse » a été marquée par des échouements précoces et réguliers, bien que de faible intensité, limitant la phase de répit habituellement observée. Ce phénomène désormais quasi-permanent pèse lourdement sur la santé des riverains du littoral atlantique et mobilise l’ensemble des institutions martiniquaises.
Un dispositif de surveillance unique en France
Face à cette réalité, l’ARS et Madininair ont déployé en collaboration un réseau de capteurs de mesure de l’hydrogène sulfuré (H2S) dans les principales zones impactées, visant à surveiller en continu les concentrations de ce gaz issu de la putréfaction des algues. Mis en place dès 2015, ce réseau opérationnel de 20 appareils autonomes est le premier du genre en France, rendu possible grâce au soutien financier de l’ADEME, de la CTM, de l’ARS, de l’Espace Sud et de Cap Nord.
En parallèle, Madininair et Gwad’Air se sont engagés aux côtés de l’IMT Nord Europe dans le projet Sarg’Ex, visant à trouver des solutions pratiques pour limiter l’exposition aux émanations nocives dans les bâtiments à ventilation naturelle. Ce projet pluriannuel couvre enquêtes de terrain, tests expérimentaux et campagnes de sensibilisation auprès des habitants.
La crise scolaire du Robert, révélateur d’une urgence
L’année 2025 a mis en lumière la gravité de la situation. En avril 2025, la CTM et l’ARS ont constitué un Comité Indépendant d’Experts, coordonné par le Professeur Dabor Resiere, toxicologue et réanimateur au CHU de Martinique, pour évaluer les impacts sanitaires des échouements récurrents, notamment dans la commune du Robert où le collège Robert 3 a subi plusieurs fermetures.
Face à la mobilisation des riverains, les élus de l’Assemblée de Martinique ont voté, en séance plénière le 29 janvier 2026, en faveur d’un dispositif d’accompagnement sanitaire pour les populations vulnérables, incluant un accueil temporaire pour les femmes enceintes et les personnes âgées dans des sites non exposés aux émanations. Une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe sanitaire a également été portée auprès des parlementaires.
Vers une réponse structurelle
L’intersaison 2025-2026 confirme que les sargasses ne sont plus un phénomène saisonnier mais une réalité environnementale permanente. Des échouements ont été observés aux Antilles dès mi-novembre 2025, avec une fréquence et une persistance inhabituelles pour cette période. Les prévisions de Météo-France Martinique indiquent un risque d’échouages persistant sur l’ensemble du littoral atlantique dans les semaines à venir.
Le GIP Sargasses, opérateur unique créé en 2023 par l’État, la CTM et les trois EPCI du territoire, coordonne désormais les opérations de collecte à terre et en mer. Des crédits complémentaires de 900 000 euros ont été obtenus en 2025 pour renforcer les interventions. La DEAL Martinique a par ailleurs lancé un appel à projets associatifs 2026 intégrant spécifiquement la lutte contre la prolifération des sargasses parmi ses axes prioritaires.
En bref :
Les sargasses ne sont plus un phénomène saisonnier mais une réalité environnementale permanente en Martinique. Le dispositif institutionnel se renforce — surveillance de l’air, expertise scientifique, plan d’action CTM — mais les populations du Nord-Atlantique attendent des réponses structurelles durables, bien au-delà des mesures d’urgence.



