Patrimoine

VISITE. Saint-Pierre : 2000 ans d’histoire révélés au cœur du quartier du Mouillage

Et si une simple rue permettait de remonter le temps sur près de deux millénaires ? Depuis décembre 2025, une fouille archéologique menée à Saint-Pierre, rue Dupuy, révèle une stratification exceptionnelle de l’histoire de la ville : des traces d’occupations amérindiennes anciennes jusqu’aux vestiges du quartier du Mouillage, tel qu’il s’est structuré et transformé entre le XVIIᵉ siècle et la catastrophe de 1902. Sur environ 300 m², ce chantier met en lumière l’évolution d’un secteur emblématique situé aux abords immédiats de la cathédrale, là où se sont mêlés vie religieuse, développement urbain, habitat et activités liées au port.

Au-delà de l’intérêt scientifique, cette opération offre aussi au grand public une occasion rare : visiter un chantier de fouille en cours, rencontrer les archéologues et comprendre “en vrai” comment se reconstitue le passé, couche après couche.


Une visite ouverte à tous, entrée libre

Le chantier de fouille archéologique situé 5 rue Dupuy à Saint-Pierre sera accessible au public lors d’une journée spéciale :

Samedi 7 février 2026
🕘 9h – 12h et 🕑 14h – 17h
(dernières visites à 11h et 16h)
Tout public – entrée libre
📌 Prévoir des chaussures adaptées

Une invitation simple, gratuite, et précieuse : venir voir comment l’histoire ressurgit sous les fondations d’un quartier qui a connu l’âge d’or de Saint-Pierre… puis son effondrement brutal.


Un quartier né avec les Dominicains, façonné par le port

Les vestiges mis au jour racontent d’abord l’histoire du quartier du Mouillage, dont l’implantation débute dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, avec l’arrivée de l’ordre des Dominicains. Cette installation s’accompagne de la création d’une église paroissiale et de son cimetière, structurant progressivement l’organisation de ce secteur.

Au XVIIIᵉ siècle, le quartier se développe fortement et se densifie, porté par l’essor de l’activité portuaire et des échanges commerciaux. Puis, au XIXᵉ siècle, les aménagements urbains se poursuivent, jusqu’à la destruction de la ville en 1902.

Sur la parcelle fouillée, les archéologues ont mis au jour de nombreux éléments témoignant de ces étapes : murs, sols, bassins, mais aussi un système de gestion de l’eau avec des canalisations d’adduction et d’évacuation. Ces traces révèlent notamment un habitat bourgeois du XIXᵉ siècle, organisé, aménagé, et relié à des infrastructures qui en disent long sur le confort et la vie quotidienne de l’époque.

Des reconstructions successives, peut-être liées aux catastrophes naturelles

Autre information marquante : sous ces vestiges, les fouilles montrent une succession de réaménagements et de reconstructions. Certains pourraient être liés à des événements naturels majeurs : séismes, cyclones ou autres perturbations ayant pu entraîner des réparations, des adaptations, ou des transformations du bâti.

Ce type de lecture archéologique permet de mieux comprendre la manière dont une ville vivait, résistait, se reconstruisait… avant d’être définitivement anéantie en 1902.

Une présence amérindienne bien plus ancienne sous la ville historique

Mais l’une des découvertes les plus remarquables du chantier se situe encore plus profond : une occupation amérindienne sous les niveaux historiques.

Les archéologues y ont identifié un niveau contenant un mobilier abondant : céramiques, éléments en pierre, et autres traces matérielles, installé entre deux dépôts liés à des éruptions de la Montagne Pelée datées de 60 avant J.-C. et de 1 300 après J.-C..

Ces données viennent enrichir la connaissance du passé précolombien de Saint-Pierre et rappellent une réalité fondamentale : avant la ville coloniale, avant le quartier du Mouillage, avant les murs et les rues… ce territoire était déjà habité, vécu, structuré.

Une opération conduite par l’Inrap, sous prescription de l’État

Cette fouille archéologique est réalisée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), sur prescription de l’État (Dac de Martinique), en amont d’un aménagement privé. L’opération se déroule entre décembre 2025 et mars 2026, avec un encadrement scientifique et une mission claire : documenter, analyser et transmettre.

L’Inrap, établissement public placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de la Recherche, intervient en amont de nombreux chantiers d’aménagement, afin de détecter et étudier le patrimoine archéologique. Ses équipes réalisent chaque année des milliers d’opérations en France et en outre-mer, avec une vocation de recherche… mais aussi de diffusion de la connaissance auprès du public.

Le responsable scientifique de cette fouille est Dominique Le Bars (Inrap).

Voir l’archéologie à l’œuvre, au cœur même de Saint-Pierre

Ce rendez-vous du samedi 7 février 2026 n’est pas seulement une visite : c’est une manière de redécouvrir Saint-Pierre autrement, par ses fondations, ses traces, ses ruptures et sa continuité. Une occasion rare de comprendre que l’histoire de la ville ne commence pas au XVIIᵉ siècle, et ne s’arrête pas en 1902, mais s’inscrit dans une profondeur bien plus vaste.

Et surtout, c’est une invitation simple : venir sur place, en entrée libre, et regarder l’histoire remonter à la surface.

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