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TRI. « Le geste de tri devient simple, quel que soit le territoire ». Philippe Moccand (Citeo)

Réduire l’impact environnemental des emballages, alléger nos décharges, préserver nos paysages et nos littoraux, créer de la valeur localement à partir de ce que nous jetons : telle est la mission de Citeo, éco-organisme agréé par l’État, dont l’action en Martinique se traduit aujourd’hui par des résultats concrets. Modernisation du centre de tri de Ducos, simplification des consignes depuis le 1er janvier 2026, soutien financier à des projets martiniquais de réemploi comme Nou Ka Viré. Tour d’horizon avec Philippe Moccand, directeur Schéma industriel et Outre-mer de Citeo, d’une démarche entièrement au service de notre île et de ses habitants.

Pouvez-vous présenter Citeo et le périmètre de votre action en Outre-mer ?

Citeo est une entreprise à mission créée il y a plus de trente ans. Nous travaillons auprès des industriels et des distributeurs de la grande consommation pour limiter l’impact environnemental des emballages et des papiers qu’ils mettent sur le marché. En Outre-mer, nous menons une montée en puissance assez poussée, avec des actions adaptées à chaque territoire, parce que les Antilles ne ressemblent ni à Mayotte ni à La Réunion. Concrètement, en Martinique, nous accompagnons les collectivités compétentes – l’Espace Sud, Cap Nord, la CACEM – et le SMTVD, pour que la majorité des Martiniquais disposent demain de moyens efficaces de tri, de collecte et de recyclage, idéalement local.

Quelle est la stratégie d’ensemble de Citeo ?

Notre stratégie repose sur trois piliers, dans cet ordre.

  • D’abord, la réduction : le meilleur emballage est celui que l’on ne produit pas. Nous travaillons donc avec les entreprises pour réduire les emballages mis en marché.
  • Ensuite, le réemploi ou la réutilisation, lorsque c’est possible.
  • Et enfin, pour les emballages qui sont produits, faire en sorte qu’ils soient recyclables et effectivement recyclés.

C’est cette logique des 3R – réduction, réemploi, recyclage – que nous appliquons partout, de manière renforcée sur les territoires antillais et particulièrement en Martinique.

Depuis le 1er janvier 2026, la Martinique applique l’extension des consignes de tri. Qu’est-ce que cela change pour les habitants ?

L’objectif premier, c’est de détourner davantage d’emballages de l’enfouissement et de l’incinération. Aujourd’hui, le bac d’ordures ménagères contient encore beaucoup d’emballages, et on en retrouve aussi sur l’espace public. En simplifiant la consigne – tous les emballages dans le bac jaune, hors verre qui reste aux bornes dédiées – nous misons sur la simplicité du geste. On entendait souvent : « trier, c’est bien, mais c’est compliqué ». Désormais, à partir du moment où c’est un emballage, hors bouteille en verre, il va dans le bac jaune. C’est aussi simple que cela. Nous pensons que cette simplicité va inciter les gens à trier plus facilement, quel que soit le territoire.

Le centre de tri de Ducos a été modernisé. Était-ce le maillon manquant ?

Ce n’est pas une révolution : nous n’avons pas construit un nouveau centre. Mais à partir du moment où, depuis le 1er janvier, tous les emballages partent dans le bac jaune, il fallait que le centre soit en capacité de les trier dans des conditions humaines, sanitaires et sociales acceptables. Nous avons donc investi dans une nouvelle presse, qui permet d’optimiser les coûts de transport et donc l’impact carbone, et dans des équipements qui permettent de trier de nouveaux types d’emballages. Les films plastiques, par exemple, n’étaient ni triés ni recyclés. Aujourd’hui, le site est capable de les capter. Tout cela a été mené avec Martinique Recyclage, exploitant du centre.

L’aide de Citeo à Martinique Recyclage

Aurélie Nella, Lilian Fanget et Philippe Moccand @ Antilla

Citeo finance à 100 % la modernisation du centre de tri de Ducos, exploité par Martinique Recyclage (Groupe Seen), pour un montant supérieur à 2 millions d’euros.

Travaux engagés : installation de bouches d’aspiration dédiées aux films plastiques souples, nouvelle presse adaptée aux consignes élargies, agrandissement de la zone de réception des déchets, renforcement du dispositif de protection incendie (finalisé d’ici fin 2026).

Capacité de traitement : 12 000 tonnes par an, dont 4 000 tonnes supplémentaires d’emballages et papiers (hors verre). Volume estimé d’ici fin 2026 : 6 000 à 9 000 tonnes traitées.

Cadre national : six centres de tri ultramarins sont accompagnés par Citeo pour capter tous les emballages plastiques au 1er janvier 2026. Investissement total dans les Outre-mer : 25 millions d’euros.

Public concerné : 360 000 habitants de la Martinique peuvent désormais déposer pots de yaourt, barquettes en polystyrène, films plastiques souples et briques alimentaires dans le bac ou la borne jaune. (Voir article sur : https://martinique2050.com/martinique-recyclage-inaugure-son-centre-de-tri-modernise-a-ducos/)

La Martinique reste en retard par rapport à l’Hexagone en matière de tri. Comment l’expliquez-vous ?

Je n’ai pas la solution toute faite, et c’est pour cela que nous travaillons avec l’ensemble des acteurs locaux. La consommation d’emballages par habitant est à peu près la même en Martinique que dans le reste du territoire français. Ce sont les performances de tri qui sont inférieures, parfois deux à trois fois. Pendant longtemps, on a voulu calquer un modèle hexagonal sur les territoires ultramarins. Or, au regard de la configuration des territoires, des us et coutumes, on ne peut pas fonctionner de la même manière. Notre travail, aujourd’hui, c’est de comprendre pourquoi et de construire avec les collectivités, les industriels, les associations, l’État et l’ADEME les solutions adaptées.

« Passer de deux à neuf bouteilles plastiques recyclées sur dix, c’est le saut de performance que la Martinique doit réussir. »

Quel est le geste qui ferait la différence ?

Le geste régulier. Même dans l’Hexagone, lorsque les gens trient, on perd un emballage sur deux par rapport à un tri systématique. C’est à peu près la même chose en Martinique. Mon enjeu, c’est que ce geste devienne automatique : à la maison, au travail, le week-end à la plage avec sa famille. Pour cela, il faut un service régulier et des équipements accessibles. Nous avons déployé des bornes d’apport volontaire – environ deux mille trois cents installées en 2024 et 2025 -, certaines équipées de sondes de remplissage qui alertent la collectivité et le collecteur. Tout n’est pas parfait, mais nous y travaillons.

L’aide de Citeo à Nou Ka Viré


De gauche à droite : Jean-François Mauro, Directeur de l’ADEME Martinique, Philippe Moccand, Directeur Schéma Industriel et Outre-Mer CITEO, Julien Raymond Fondateur Nou Ka Rivé, Alexandre Ventadour, Conseiller Territorial de la CTM, président de la commission attractivité, développement économique, numérique, tourisme et Transitions Ecologique, Energie, Mutations Climatiques, pollutions

La CTM, Citeo et l’ADEME ont sélectionné le projet porté par Nou Ka Viré, entreprise martiniquaise spécialisée dans le réemploi des emballages en verre, à l’issue d’un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) lancé début 2025.

Objet du projet : mise en place d’une solution mutualisée de collecte, lavage et tri des emballages en verre, fédérant les metteurs en marché, distributeurs, opérateurs du réemploi, consommateurs et collectivités locales.

Financement Citeo : 80 % des dépenses éligibles, dans la limite de 150 000 euros.

Volet professionnels : huit ateliers d’intelligence collective (cinq de sensibilisation, deux de co-construction de solutions opérationnelles, un d’analyse des retours d’expérience).

Volet grand public : dix demi-journées d’animation pour sensibiliser les Martiniquais au réemploi des emballages.

Calendrier : validation des hypothèses techniques et définition du process de mise en œuvre de la boucle de réemploi du verre en Martinique d’ici fin 2025.

Une démarche complémentaire : Citeo accompagne également la SOGES, lauréate d’un autre appel à projet, pour le déploiement de barquettes réemployables en restauration collective au Lamentin. Voir article sur : https://antilla-martinique.com/nou-ka-vire-ou-la-renaissance-du-reemploi-du-verre-en-martinique-une-boucle-circulaire-locale-et-ambitieuse

Comment Citeo touche-t-elle la population martiniquaise ?

Nous faisons preuve d’humilité : nous n’avons pas la vérité absolue. Nous testons des dispositifs : campagnes médias – télé, radio, réseaux sociaux – et présence sur des événements proches du public martiniquais. Le Tour des Yoles…. À La Réunion, nous sommes présents sur le Grand Raid ; en Guadeloupe, sur le Tour cycliste. Nous cherchons les moments qui rassemblent toute une population. Nous menons aussi des actions de sensibilisation auprès de différents publics, dont la jeunesse, en lien avec les intercommunalités – CACEM, Espace Sud, Cap Nord – via des kits de communication mis à leur disposition.

« La Martinique entre dans un nouveau cycle : avec l’extension des consignes de tri et la modernisation du centre de Ducos, nous donnons aux Martiniquais les moyens concrets de faire de leur île un territoire exemplaire en matière d’économie circulaire. »

Concrètement, que devient un emballage déposé dans le bac jaune ?

À l’échelle du territoire français, environ 78 % des emballages mis sur le marché sont recyclés. Mais il existe de fortes disparités territoriales. Sur les bouteilles plastiques, par exemple, en Martinique et en Guadeloupe, nous sommes plutôt à deux ou trois bouteilles collectées et recyclées sur dix. L’objectif fixé au niveau européen, c’est neuf sur dix. Toute la question est de savoir comment, avec les collectivités et les acteurs locaux, on passe de deux-trois à neuf bouteilles sur dix. Quels moyens à la collecte, quels dispositifs incitatifs ? L’enjeu est là : faire le saut de performance attendu sur le territoire.

Quel rôle Citeo entend-elle jouer auprès des collectivités martiniquaises dans les prochaines années, alors que le SMTVD s’apprête à changer de gouvernance ?

Le champ des compétences est défini par le droit : trois intercommunalités ont la compétence collecte, le SMTVD la compétence traitement. Notre rôle est de travailler avec tout le monde. D’ici la mi-juin, il y aura une nouvelle présidence du SMTVD ; nous travaillerons avec elle, quelle qu’elle soit, pour améliorer les performances. Le tri sélectif, l’environnement, ce n’est pas une question de politique. C’est une question de faire travailler tout le monde, et de le faire correctement.

Un message à retenir pour 2026 ?

Depuis le 1er janvier 2026, la Martinique entre dans un nouveau cycle de tri. Au-delà des investissements financiers, ce qui compte, c’est que Citeo et l’ensemble des acteurs se mobilisent collectivement pour faire baisser l’impact des emballages sur le territoire. Je vous donne rendez-vous dans un an pour dresser un bilan : ce qui aura fonctionné, ce qu’il faudra corriger. Notre objectif est clair : faire en sorte qu’un maximum d’emballages soient recyclés et triés en Martinique.

Propos recueillis en mai 2026 par Philippe PIED

 

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