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Décarbonation industrielle, des actions concrètes

Dans un contexte où la transition énergétique s’impose comme une priorité stratégique, Martinique Développement a organisé ce mardi 27 janvier 2026, une conférence dédiée à la décarbonation industrielle pour outiller les entreprises martiniquaises. Animée par des experts de l’ADEME et du cabinet Kweevo, cette matinée d’échanges a mis en lumière les dispositifs d’accompagnement, les solutions de financement et les leviers opérationnels permettant aux industriels de passer de l’intention à l’action.

Organisée dans le cadre du programme Territoires d’Industrie qui accompagne les territoires labellisés CACEM et CAP Nord, cette rencontre s’inscrit dans une démarche structurante articulée autour de quatre axes : valorisation des compétences, foncier, transition écologique et énergétique, et innovation.

Un contexte énergétique martiniquais qui appelle à l’action

Vincent Chausserie-Laprée, ingénieur en décarbonation à l’ADEME Réunion et référent décarbonation outre-mer, a dressé un état des lieux sans concession du mix énergétique martiniquais.

« Près de 84 % de notre énergie primaire provient encore de sources fossiles, avec un facteur d’émission de 650 grammes de CO2 par kilowattheure produit »,

a-t-il souligné.

Le constat est clair : alors que le territoire consomme environ 3 000 gigawattheures d’énergie par an, les centrales thermiques représentent encore 70 % de la production électrique. Cette dépendance aux énergies fossiles importées pèse lourdement sur l’économie locale, d’autant que

« si on réduisait la consommation électrique de 1 kilowattheure en Martinique, on réduirait en réalité la consommation d’énergie primaire de 2,7 kilowattheures »,

en raison du faible rendement des installations de production.

Cette inefficacité énergétique, conjuguée à la péréquation tarifaire qui maintient artificiellement les prix de l’électricité au niveau métropolitain, crée une situation paradoxale : l’État a tout intérêt à soutenir massivement la décarbonation dans les territoires ultramarins pour alléger sa facture de compensation.

Des aides massives pour accompagner les industriels

Face à ces enjeux, l’ADEME a considérablement renforcé son soutien aux entreprises.

« En 2024, nous avons apporté près d’un milliard d’euros d’aides aux entreprises françaises, dont 36 % dédiés à l’efficacité énergétique et à la décarbonation industrielle »,

a précisé Vincent Chausserie-Laprée. Les dispositifs couvrent l’ensemble du parcours de décarbonation, depuis les diagnostics initiaux jusqu’aux investissements lourds.

Parmi les outils disponibles, le programme « Mon Parcours Économie Énergie » propose un accompagnement gratuit via des conseillers énergie présents notamment à Martinique Développement, à la MPI et à la CMA. Ces experts peuvent guider les entreprises sur la réglementation, les solutions techniques adaptées et la mobilisation des financements.

L’ADEME finance également des audits énergétiques (avec des taux de prise en charge pouvant atteindre 80 %), des études de faisabilité pour l’électrification des procédés, ainsi que des investissements structurants via le dispositif Decarbindustrie ou les appels à projets sectoriels. À cela s’ajoutent les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), portés par des acteurs privés comme EDF, qui peuvent financer jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros de travaux.

La décarbonation : un enjeu de performance opérationnelle

Audrey Limeri, du cabinet Kweevo, a apporté un éclairage complémentaire en démontrant que la décarbonation ne se limite pas à une question d’énergie directe.

« Environ 65 à 80 % de l’empreinte carbone d’une entreprise provient de sa chaîne d’approvisionnement : transports, matières premières, gestion des stocks, production de déchets »,

a-t-elle expliqué.

En s’appuyant sur les principes du Lean Management, Kweevo propose d’identifier et de réduire les « mudas » (gaspillages) : surproduction, transports inefficaces, stocks excessifs, temps d’attente, défauts qualité. À travers l’exemple fictif mais réaliste d’une PME agroalimentaire martiniquaise, « Tropic Confit », Audrey Limeri a montré comment un diagnostic data permet de chiffrer précisément ces inefficiences et de prioriser les actions les plus rentables.

Résultat : une perte de productivité de 15 %, des surcoûts annuels de 8 500 euros, mais surtout des leviers d’action clairs pour réduire simultanément les coûts opérationnels et les émissions de CO2. Certaines entreprises peuvent ainsi diminuer leurs coûts de 30 % tout en décarbonant drastiquement leurs processus ciblés.

Des retours d’expérience pour inspirer l’action

Julie Barthélémy, ingénieure entreprise à l’ADEME Martinique, a conclu la matinée en présentant des cas concrets d’entreprises martiniquaises ayant franchi le pas. Ces témoignages ont permis aux participants de constater qu’au-delà des aspects techniques et financiers, la décarbonation repose aussi sur une mobilisation des équipes et une vision stratégique claire.

Cette conférence aura permis de démontrer que la décarbonation industrielle n’est pas qu’une contrainte réglementaire ou environnementale : c’est un levier de compétitivité, d’innovation et de résilience. Comme l’a rappelé Alexandre Ventadour, président de Martinique Développement, l’objectif est bien de donner aux industriels martiniquais les clés pour passer de l’intention à l’action, et ainsi faire de la Martinique un modèle de performance durable dans la Caraïbe.

 

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