
L’eau fait partie des ressources les plus précieuses de la Martinique. Pourtant, malgré une pluviométrie globalement favorable et des ressources naturelles importantes, le territoire continue de faire face à des difficultés récurrentes d’approvisionnement. La feuille de route de la planification écologique adoptée en 2026 place d’ailleurs la question de l’eau parmi les priorités de la transition écologique martiniquaise.
Au cœur du problème figure un indicateur révélateur : en 2021, le rendement des réseaux d’eau potable n’atteignait que 53 %. Autrement dit, une part importante de l’eau produite n’arrivait jamais jusqu’aux usagers.
Une ressource présente, mais inégalement disponible
Contrairement à certaines régions confrontées à une pénurie chronique, la Martinique dispose d’une ressource en eau relativement abondante. Toutefois, cette ressource reste fortement dépendante des eaux de surface et demeure soumise aux variations saisonnières des précipitations.
La géographie du territoire complique également sa gestion. Les ressources ne sont pas réparties de manière uniforme et certaines zones sont plus vulnérables que d’autres lors des épisodes de sécheresse.
La feuille de route souligne ainsi que l’approvisionnement en eau reste fragile en raison de cette dépendance aux ressources superficielles, mais aussi à cause d’infrastructures dont les performances demeurent insuffisantes.
Des réseaux vieillissants qui laissent échapper une grande quantité d’eau
Le rendement des réseaux constitue l’un des principaux défis identifiés dans le document.
Avec un rendement de 53 % en 2021, près de la moitié de l’eau mise en distribution était perdue avant d’atteindre les consommateurs. Ces pertes peuvent résulter de fuites, de canalisations vieillissantes ou de dysfonctionnements sur les infrastructures.
Face à cette situation, la feuille de route fixe un objectif ambitieux : atteindre un rendement de 80 % d’ici 2027.
Pour y parvenir, plusieurs actions sont mises en avant, notamment le renouvellement et le renforcement des canalisations ainsi que l’amélioration globale des performances des réseaux.
Au-delà des enjeux techniques, cette modernisation représente également un levier essentiel pour réduire le gaspillage d’une ressource devenue stratégique.
L’assainissement reste un chantier majeur
La question de l’eau ne se limite pas à la distribution.
Le document rappelle que les insuffisances du système d’assainissement continuent d’exercer une pression importante sur les milieux naturels. Plus de la moitié de la population demeure concernée par des problématiques liées à l’assainissement, ce qui freine l’atteinte des objectifs réglementaires et pèse sur la qualité des écosystèmes aquatiques.
Les auteurs de la feuille de route identifient ainsi la mise en conformité des équipements d’assainissement comme l’un des axes prioritaires des prochaines années.
Les indicateurs présentés montrent d’ailleurs que seulement 28 % des stations de traitement des eaux usées de plus de 2 000 équivalents-habitants étaient conformes en 2023. L’objectif fixé atteint 80 %.
Le changement climatique renforce l’urgence d’agir
La sécurisation de l’eau potable est également abordée sous l’angle de l’adaptation au changement climatique.
Les projections évoquées dans la feuille de route mettent en évidence plusieurs risques susceptibles d’affecter durablement la ressource :
- la modification du régime des précipitations ;
- l’augmentation des températures ;
- l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes ;
- les épisodes de sécheresse plus fréquents.
Dans ce contexte, la simple réparation des réseaux ne suffira pas.
Le document insiste également sur la nécessité de diversifier les ressources disponibles, d’améliorer les capacités de stockage et de renforcer la résilience globale du système d’approvisionnement.
Un enjeu central pour la résilience du territoire
L’eau apparaît comme l’un des sujets les plus transversaux de la planification écologique martiniquaise. Elle touche à la fois la santé publique, l’agriculture, la biodiversité, l’aménagement du territoire et l’adaptation climatique.
La feuille de route fait donc de la sécurisation de la ressource et de la modernisation des infrastructures un axe stratégique à horizon 2030. Derrière les chiffres et les objectifs affichés, l’enjeu est simple : garantir un accès durable à une ressource essentielle dans un territoire particulièrement exposé aux effets du changement climatique.
Pour la Martinique, améliorer la gestion de l’eau ne relève plus seulement de la performance des réseaux. Il s’agit désormais d’un élément clé de sa résilience future.



