
La Martinique veut accélérer sa transition écologique. La Collectivité Territoriale de Martinique et l’État ont officiellement signé, en avril 2026, la feuille de route de la planification écologique du territoire. Derrière ce document de 90 pages se dessine une ambition : structurer une stratégie martiniquaise capable de répondre aux défis climatiques, énergétiques, environnementaux et sociaux des prochaines années.
Fruit d’un travail engagé depuis 2023 dans le cadre de la COP territoriale, cette feuille de route rassemble 229 actions et 74 priorités identifiées à horizon 2030. Elle repose sur une large concertation ayant mobilisé collectivités, services de l’État, entreprises, associations, universitaires et citoyens.
Mais au-delà du cadre institutionnel, le document dresse surtout un constat lucide des fragilités structurelles du territoire.
Une île confrontée à plusieurs vulnérabilités
Le diagnostic présenté dans la feuille de route met en évidence les fortes dépendances de la Martinique. L’île importe aujourd’hui plus de 90 % de ses ressources énergétiques et plus de 75 % de l’électricité consommée provient encore de sources fossiles importées.
Cette dépendance énergétique s’ajoute à d’autres tensions structurelles : fragilité de l’approvisionnement en eau, saturation progressive des infrastructures de traitement des déchets, pression foncière, vulnérabilité du littoral et forte exposition au changement climatique.
Le document rappelle également que la Martinique reste très dépendante de la voiture individuelle. En 2021, 75 % des déplacements étaient réalisés en voiture, contre seulement 9 % en transports en commun. L’objectif affiché est désormais de réduire cette part à 50 % d’ici 2030.
Sur la question de l’eau, les chiffres soulignent également l’ampleur des difficultés. Le rendement des réseaux d’eau potable n’était que de 53 % en 2021, alors que la cible fixée atteint 80 % à horizon 2027. Dans un contexte de sécheresses plus fréquentes et de hausse des températures, le sujet devient central pour la résilience du territoire.
Une biodiversité exceptionnelle sous pression
La feuille de route rappelle aussi le caractère unique du patrimoine naturel martiniquais. La Martinique figure parmi les “hotspots” mondiaux de biodiversité, avec plus de 1 500 espèces endémiques, près de la moitié du territoire couvert par la forêt et un espace marin de 45 000 km².
Mais cette richesse écologique fait face à plusieurs menaces : urbanisation diffuse, artificialisation des sols, destruction des habitats naturels, espèces exotiques envahissantes ou encore dysfonctionnements du système d’assainissement.
Le changement climatique accentue ces fragilités. Le document identifie notamment :
- l’élévation du niveau de la mer,
- l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes,
- l’érosion du littoral,
- les sécheresses,
- et les échouages massifs de sargasses.
La question de l’adaptation revient d’ailleurs comme l’un des grands fils rouges de la stratégie territoriale.
229 actions pour transformer plusieurs secteurs
Pour répondre à ces défis, la feuille de route s’organise autour de plusieurs grands axes : mieux produire, mieux préserver, mieux se déplacer, mieux se nourrir et adapter le territoire aux effets du changement climatique.
Certaines actions ciblent directement les enjeux du quotidien :
- développement du covoiturage,
- amélioration des transports collectifs,
- rénovation des réseaux d’eau,
- création de recycleries,
- développement des énergies renouvelables,
- lutte contre les espèces exotiques envahissantes,
- adaptation du littoral face au recul du trait de côte,
- ou encore aménagements destinés à limiter les impacts des sargasses.
Le document prévoit également des actions autour de la formation, de la sensibilisation et de l’accompagnement des acteurs économiques afin de faire évoluer les pratiques dans plusieurs secteurs.
Le coût global estimé des actions atteint environ 320 millions d’euros.
Une transition écologique pensée à l’échelle du territoire
La feuille de route insiste sur un autre enjeu : la nécessité de mieux coordonner les politiques publiques déjà existantes.
Plusieurs dispositifs sont déjà en place en Martinique, notamment autour de l’énergie, des déchets, de l’économie circulaire ou de l’eau. Le défi consiste désormais à articuler ces stratégies et à renforcer leur pilotage dans la durée.
Le document met également en avant la nécessité de développer davantage les données territoriales, de faciliter l’accès aux financements et de renforcer la coopération régionale dans la Caraïbe.
Autre point notable : la participation citoyenne occupe une place importante dans la démarche. Une consultation publique organisée entre août et octobre 2025 a réuni 940 participants. Les sujets ayant suscité le plus fort consensus concernent l’alimentation durable, le climat et la biodiversité.
Le défi désormais : transformer la stratégie en réalisations concrètes
La signature de cette feuille de route marque une nouvelle étape dans la territorialisation de la planification écologique en Martinique. Mais le document reconnaît lui-même que plusieurs actions nécessitent encore des financements, des porteurs de projets clairement identifiés ou des outils de suivi renforcés.
Le véritable enjeu se situera donc dans la capacité du territoire à transformer cette stratégie en réalisations concrètes dans les prochaines années.
Entre dépendances structurelles, vulnérabilité climatique et préservation des ressources, la Martinique cherche désormais à construire une trajectoire écologique adaptée à ses réalités insulaires.
Consultez ici la feuille de route



