
Le niveau de la mer monte plus vite, l’océan se réchauffe et les récifs coralliens subissent un stress thermique inédit. Mesurées à l’échelle mondiale, ces évolutions concernent directement les territoires insulaires, particulièrement dépendants de la santé des milieux marins. Publié le 8 juin 2026, le Baromètre Starfish rassemble les dernières connaissances scientifiques sur l’état de l’océan et ses relations avec les sociétés humaines. Son constat est clair : les efforts de protection progressent, mais restent en retrait face à l’accélération du réchauffement, de la pollution et de l’érosion de la biodiversité. Pour la Martinique, ces alertes interrogent l’avenir du littoral, des écosystèmes et des activités liées à la mer.
Le niveau de la mer monte désormais plus rapidement
L’un des principaux signaux de l’édition 2026 concerne l’accélération de l’élévation moyenne du niveau marin.
Entre 1993 et 2011, la hausse mondiale était estimée à environ 2,6 millimètres par an. Elle a atteint 4,2 millimètres par an entre 2012 et 2025. Cette évolution est principalement liée au réchauffement de l’eau, qui augmente son volume, ainsi qu’à la fonte des glaces continentales.
L’enjeu ne tient donc plus seulement à une hausse progressive du niveau de la mer, mais à l’accélération du phénomène. Pour les territoires côtiers, cette évolution réduit le temps disponible pour adapter les infrastructures et les politiques d’aménagement.
En Martinique, elle renvoie à des questions très concrètes : recul du trait de côte, fragilisation des plages, exposition des zones basses ou vulnérabilité des équipements construits près du rivage. Les routes, les réseaux d’eau et d’assainissement, les installations portuaires, les logements et les établissements touristiques peuvent également être concernés.
La montée des eaux accentue par ailleurs les risques lors des épisodes de forte houle ou de submersion. L’adaptation du littoral doit donc être pensée sur plusieurs décennies, au-delà des seuls projets d’aménagement immédiats.
Un océan plus chaud et soumis à plusieurs pressions
En 2025, la température moyenne à la surface de l’océan mondial a atteint son troisième niveau le plus élevé jamais enregistré. Elle se situait 0,49 °C au-dessus de la moyenne de la période 1981-2010, après les records de 2023 et 2024.
En juin 2025, environ 20 % de l’océan mondial connaissait de fortes conditions de vague de chaleur marine.
Ces épisodes correspondent à des périodes durant lesquelles la température de la mer reste anormalement élevée. Ils peuvent perturber la reproduction des espèces, déplacer certaines populations de poissons, dégrader les habitats et fragiliser les ressources utilisées par la pêche.
Le réchauffement ne se produit pas de manière isolée. Environ un quart des 1 000 premiers mètres de l’océan est désormais exposé simultanément à plusieurs facteurs de stress climatique, parmi lesquels l’acidification, la désoxygénation et les variations de salinité.
Pour la Martinique, cette accumulation de pressions est particulièrement importante. La pêche, les activités nautiques, l’attractivité touristique et la protection naturelle du littoral reposent sur des milieux capables de résister aux changements.
Or, des écosystèmes fragilisés par la chaleur deviennent également plus sensibles aux pressions locales : pollution des eaux, rejets terrestres, déchets, artificialisation du littoral ou surexploitation de certaines ressources.
Les récifs coralliens en première ligne
La situation des récifs constitue l’une des alertes les plus marquantes du Baromètre.
Entre janvier 2023 et septembre 2025, 84,4 % des récifs coralliens mondiaux ont subi un stress thermique suffisamment intense pour provoquer leur blanchissement. Le précédent record, observé entre 2014 et 2017, était de 68,2 %.
Le blanchissement ne signifie pas nécessairement que le corail est immédiatement mort. Sous l’effet d’une chaleur prolongée, il expulse toutefois les micro-organismes avec lesquels il vit en symbiose. Il perd alors sa couleur et devient beaucoup plus vulnérable.
Lorsque les températures diminuent rapidement, certains coraux peuvent récupérer. Des épisodes trop longs ou trop fréquents peuvent en revanche provoquer leur mortalité et une dégradation durable des récifs.
L’enjeu dépasse la seule conservation de la biodiversité. Les récifs occupent moins de 0,2 % des fonds marins, mais soutiennent au moins 25 % des espèces marines. Ils contribuent à la pêche, à l’attractivité touristique et à l’atténuation de l’énergie des vagues.
Le Baromètre souligne également le recul de plusieurs écosystèmes côtiers depuis 1970. À l’échelle mondiale, la surface des récifs coralliens aurait diminué de 26,4 %, celle des mangroves de 11,8 % et celle des herbiers marins de 16,3 %.
Ces milieux fonctionnent de manière complémentaire. Ils abritent des espèces, soutiennent certaines ressources halieutiques, stockent du carbone et réduisent l’exposition des côtes à l’érosion et aux vagues.
Une transformation qui a aussi un coût économique
Le changement de l’océan ne produit pas uniquement des conséquences écologiques.
En 2024, les tempêtes tropicales et les inondations ont entraîné environ 212 milliards de dollars de pertes économiques dans le monde, soit presque deux fois le montant enregistré en 2023. Seulement 34 % de ces dommages étaient assurés.
Ces chiffres ne peuvent pas être transposés directement à la Martinique. Ils montrent néanmoins que les événements extrêmes mobilisent des dépenses croissantes pour réparer les bâtiments, rétablir les réseaux et permettre la reprise des activités.
Dans les territoires insulaires, les conséquences peuvent durer bien au-delà de l’événement lui-même. La dégradation d’une route, d’un réseau d’eau, d’une installation portuaire ou d’un équipement touristique peut affecter toute une partie de l’économie locale.
Le rapport estime également que les dommages climatiques subis par les pêcheries, les récifs, les mangroves et les ports représentent une part importante du coût social du carbone.
Préserver les écosystèmes marins ne relève donc pas seulement d’une politique de protection de la nature. Il s’agit aussi de réduire l’exposition du territoire et de limiter le coût futur de l’inaction.
Des aires protégées encore insuffisamment efficaces
Les efforts de protection progressent, mais restent incomplets.
À la mi-2026, les aires marines protégées couvraient 10,01 % de l’océan mondial, contre 8,34 % en 2024. Seules 3,2 % des surfaces bénéficiaient toutefois d’une protection intégrale ou élevée.
Classer une zone ne suffit pas à garantir la restauration des écosystèmes. Une protection efficace suppose des moyens humains, une surveillance, un suivi scientifique et une réelle application des règles.
Entre 2022 et 2024, environ 67 % des navires de pêche industrielle opérant dans de grandes aires marines protégées côtières n’étaient pas suivis publiquement.
La question centrale n’est donc pas seulement celle de la surface classée, mais celle du niveau réel de protection assuré sur le terrain.
Observer pour mieux anticiper
Le Baromètre alerte enfin sur la fragilisation de certains dispositifs d’observation de l’océan.
En 2025, environ 120 000 mesures in situ étaient réalisées chaque jour et 4 166 flotteurs Argo étaient en activité à la fin de l’année. Certains réseaux de bouées et d’observation depuis les navires diminuent toutefois en raison des contraintes budgétaires et du manque de personnel.
Cette évolution pose un paradoxe : plus l’océan change rapidement, plus les territoires ont besoin de données précises pour adapter leurs décisions.
Le Baromètre Starfish ne décrit pas spécifiquement la situation martiniquaise. Il met cependant en évidence une trajectoire mondiale qu’une île ne peut ignorer.
Pour la Martinique, l’enjeu ne consiste plus seulement à préserver un patrimoine naturel. Il s’agit désormais de préparer le littoral, les infrastructures et les activités économiques à un océan dont les équilibres continueront de se transformer d’ici 2050.
Vous pouvez consulter ici le Baromètre Starfish 2026




