
En Martinique, 22 % des adultes âgés de 18 à 64 ans, soit environ 44 000 personnes, rencontrent de fortes difficultés avec les compétences de base. Ce constat, mis en lumière par le troisième numéro des Chiffres Clés de l’Observatoire national de l’illettrisme et de l’illectronisme (ANLCI), dépasse largement la seule question de l’illettrisme.
Il met en évidence un enjeu de développement humain qui touche directement l’emploi, l’inclusion numérique, la formation et, plus largement, la capacité du territoire à relever les défis des prochaines décennies.
Les compétences de base regroupent la capacité à lire, écrire, comprendre un texte, compter et utiliser les outils numériques. Elles constituent aujourd’hui un socle indispensable pour accéder à l’emploi, suivre une formation, effectuer des démarches administratives en ligne ou encore s’adapter aux évolutions du monde du travail. Selon l’ANLCI, près d’un adulte martiniquais sur cinq présente des difficultés importantes dans au moins l’un de ces domaines.
Des difficultés qui vont bien au-delà de l’illettrisme
L’étude montre que les situations rencontrées sont diverses. Si 13 % des adultes éprouvent des difficultés à l’écrit, plus d’un sur deux relève effectivement de l’illettrisme, tandis que d’autres situations concernent la fragilité face à l’écrit, l’allophonie ou encore l’analphabétisme. Fait souvent méconnu, 83 % des personnes en situation d’illettrisme ont pourtant été scolarisées en France, rappelant que ces difficultés peuvent apparaître malgré un parcours scolaire classique.
L’enquête met également en évidence des difficultés importantes en calcul. Environ 20 % des adultes, soit près de 38 500 personnes, rencontrent des difficultés en numératie, tandis que 8 % présentent des difficultés marquées en littératie. Ces données montrent que la maîtrise des compétences fondamentales ne se limite pas à la lecture et à l’écriture, mais concerne l’ensemble des savoirs nécessaires à l’autonomie dans la vie quotidienne.
Un impact visible sur l’emploi, les revenus et le numérique
Les résultats soulignent un lien étroit entre les compétences de base et les conditions de vie.
Les personnes sans emploi sont davantage concernées : 28 % d’entre elles rencontrent de fortes difficultés avec les compétences de base, contre 19 % des personnes en emploi. Pour autant, ces difficultés ne touchent pas uniquement les personnes éloignées du marché du travail. Plus de la moitié des adultes concernés occupent déjà un emploi, ce qui rappelle que la montée en compétences constitue également un enjeu pour les salariés.
Les écarts apparaissent tout aussi marqués selon le niveau de diplôme et les revenus. Près d’une personne sur deux sans diplôme est en forte difficulté, contre seulement 10 % des titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme supérieur. De même, parmi les 40 % de la population disposant des revenus les plus faibles, 34 % rencontrent des difficultés importantes avec les compétences de base. Les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville sont également davantage concernés, avec un taux de 30 %, contre 22 % hors de ces quartiers.
Le numérique constitue un autre indicateur révélateur. Parmi les adultes en forte difficulté, 54 % utilisent Internet tous les jours, contre 85 % des personnes ne rencontrant pas ces difficultés. À l’heure où de nombreux services publics, démarches administratives et dispositifs de formation se développent en ligne, cette différence illustre l’importance des compétences fondamentales dans l’accès aux usages numériques.
Un enjeu pour accompagner les transitions de la Martinique
Au-delà du constat statistique, cette publication rappelle que les compétences de base sont devenues un facteur déterminant pour accompagner les grandes transformations du territoire. Transition numérique, évolution des métiers, développement des compétences, accès aux services dématérialisés ou encore adaptation des entreprises : toutes ces évolutions reposent sur la capacité des habitants à maîtriser les savoirs fondamentaux.
L’ANLCI souligne par ailleurs que la Martinique compte 2,2 fois plus de personnes en forte difficulté avec les compétences de base que la France hexagonale, un écart qui met en évidence l’importance des actions de prévention, de formation et d’accompagnement déjà engagées sur le territoire.
À travers cette publication, l’Observatoire de l’illettrisme et de l’illectronisme propose ainsi un état des lieux précieux pour les collectivités, les entreprises, les organismes de formation et l’ensemble des acteurs mobilisés autour du développement humain. Car si les transitions de demain nécessitent des investissements, elles reposent tout autant sur les compétences de celles et ceux qui feront vivre la Martinique de 2050.

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