Risques Naturels

Sargasses en Martinique : pourquoi les échouements pourraient bientôt se produire toute l’année

Les sargasses font désormais partie du paysage de nombreuses communes du littoral martiniquais. Mais selon une note publiée en janvier 2026 par le partenariat CEROM, réunissant l’IEDOM, l’Insee et l’Agence française de développement (AFD), le phénomène pourrait entrer dans une nouvelle phase. Alors que les échouements étaient historiquement concentrés sur quelques mois de l’année, les observations récentes laissent craindre une présence de plus en plus fréquente des algues brunes tout au long de l’année.

Des algues qui ont changé d’échelle dans l’Atlantique

Les sargasses sont des macro-algues brunes flottantes qui circulent naturellement dans l’océan Atlantique. Longtemps concentrées dans la mer des Sargasses, située au large de la Floride, elles forment aujourd’hui une immense ceinture d’algues s’étendant entre l’Afrique, l’Amérique du Sud et la Caraïbe.

Les scientifiques cherchent encore à comprendre précisément les causes de cette prolifération observée depuis le début des années 2010. Plusieurs facteurs semblent toutefois jouer un rôle : l’augmentation des apports en nutriments provenant notamment de l’Amazone et du golfe de Guinée, les modifications des courants océaniques, mais aussi le réchauffement des eaux. Les sargasses se développent particulièrement dans des températures comprises entre 28 et 31 °C.

Depuis 2011, les échouements sont devenus récurrents dans toute la Caraïbe, transformant un phénomène autrefois ponctuel en une problématique durable pour les territoires côtiers.

Une année 2025 marquée par des arrivages exceptionnels

Selon Météo-France, l’année 2025 se classe au troisième rang des années les plus importantes depuis le début du suivi satellitaire des sargasses en 2011.

Le mois de mai 2025 a même marqué un record dans l’Atlantique avec une biomasse estimée à 37,5 millions de tonnes.

Au-delà de ces volumes impressionnants, les observateurs ont constaté des échouements importants à des périodes inhabituelles de l’année. Plusieurs épisodes se sont produits alors que les dispositifs de protection étaient en maintenance, une situation qui illustre l’évolution du phénomène.

Quand les sargasses ne respectent plus les saisons

C’est sans doute l’un des principaux enseignements de la note CEROM.

Pendant plusieurs années, les échouements se concentraient essentiellement entre mars et septembre. Cette saisonnalité permettait aux collectivités, aux habitants et aux professionnels du littoral d’anticiper les périodes les plus critiques.

Aujourd’hui, cette logique semble progressivement s’effacer. Les épisodes observés en dehors de la période habituelle deviennent plus fréquents et plus importants. Les auteurs de la note évoquent une possible « désaisonnalisation » du phénomène. Concrètement, cela signifie que les arrivages pourraient survenir à n’importe quel moment de l’année.

Cette évolution complique fortement l’organisation de la lutte contre les sargasses. Les équipements, les dispositifs de surveillance et les opérations de collecte doivent rester mobilisables sur des périodes beaucoup plus longues qu’auparavant.

La Martinique figure parmi les territoires les plus touchés des Antilles françaises.

Selon les données présentées dans la note, environ 70 kilomètres de littoral, soit 16 % des côtes martiniquaises, sont régulièrement concernés par les échouements. Neuf communes sont exposées de manière récurrente et dix autres connaissent des épisodes plus occasionnels.

Les secteurs les plus vulnérables se situent principalement sur la façade atlantique ainsi que sur certaines portions du littoral sud. Au total, 78 sites ont été identifiés comme présentant un enjeu sanitaire, dont plus de la moitié sont classés en risque sanitaire fort à majeur.

Cette exposition particulière explique pourquoi la Martinique se trouve souvent en première ligne lorsqu’il s’agit de tester de nouveaux dispositifs de collecte ou d’adapter les stratégies de gestion du phénomène.

Des conséquences qui dépassent la simple nuisance visuelle

Lorsque les sargasses s’accumulent sur les plages et dans les anses, elles commencent rapidement à se décomposer. Cette dégradation produit notamment de l’hydrogène sulfuré (H₂S) et de l’ammoniac (NH₃), deux gaz susceptibles d’affecter la qualité de vie des populations exposées.

Une étude menée en Martinique a recensé environ 700 patients ayant présenté des effets liés à l’exposition aux émanations de sargasses entre 2018 et 2025. Les chercheurs recommandent notamment de poursuivre les études concernant les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les populations les plus vulnérables.

Les conséquences se font également sentir dans le fonctionnement des établissements scolaires. Ces dernières années, plusieurs écoles et collèges ont dû adapter leur organisation ou déplacer temporairement des élèves en raison des échouements et des odeurs associées.

Un défi qui pourrait s’installer durablement

La note CEROM montre que les sargasses ne constituent plus seulement un phénomène saisonnier ou exceptionnel. Leur présence plus fréquente, leur extension dans le temps et les incertitudes qui entourent leur évolution interrogent désormais la capacité des territoires à s’adapter sur le long terme.

Pour la Martinique, l’enjeu ne consiste plus uniquement à gérer les échouements lorsqu’ils surviennent. Il s’agit aussi de se préparer à vivre avec un phénomène qui pourrait devenir permanent, ou du moins beaucoup moins prévisible qu’auparavant.


ICI pour consulter la note

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