
Pour la première fois, la France rassemble dans un même rapport les principales conséquences observées du changement climatique sur la santé, les écosystèmes, l’eau, l’agriculture, les infrastructures et l’économie. Températures en hausse, sécheresse persistante, agriculture fragilisée et récifs coralliens sous pression : le premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France contient plusieurs données directement liées à la Martinique.
Les observations de 2025 confirment que ces effets sont déjà mesurables sur le territoire. Publié en juillet 2026 par le ministère de la Transition écologique et réalisé par la Direction générale de l’énergie et du climat, ce rapport rassemble les conséquences observées sur la santé, l’eau, les écosystèmes, l’agriculture et l’économie. Appelé à être actualisé chaque année, il permet notamment de mieux suivre la situation martiniquaise, marquée par la chaleur, le déficit hydrique et la dégradation des milieux marins.
En 2025, une Martinique plus chaude
La Martinique a connu une année plus chaude que la normale. Sa température moyenne en 2025 s’est établie 0,8 °C au-dessus de la moyenne calculée sur la période 1991-2020.
Cet écart annuel s’est accompagné d’épisodes plus marqués. En août, deux vagues de chaleur successives ont touché l’île.
Les températures ont culminé à 37 °C, soit 4,2 °C de plus que la normale mensuelle. Selon les données reprises dans le rapport, un tel niveau n’avait encore jamais été atteint en Martinique durant un mois d’août.
Ces valeurs donnent un aperçu des conditions appelées à devenir plus fréquentes. La trajectoire climatique retenue pour l’adaptation prévoit, à l’échelle des Antilles françaises, un réchauffement d’environ 1,9 °C en 2050 et de 2,7 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.
Même si les Outre-mer se réchauffent moins rapidement que la France hexagonale, le rapport précise que les températures moyennes observées en 2025 devraient être régulièrement dépassées à partir du milieu du siècle.
Une sécheresse persistante malgré la levée des restrictions
La chaleur n’a pas été le seul signal relevé au cours de l’année. La Martinique a également connu une sécheresse suffisamment importante pour conduire à des restrictions d’usage de l’eau placées au niveau « alerte » entre le 23 avril et le 3 juin 2025.
La levée de ces mesures n’a pas signifié la fin de l’épisode. D’après le bilan, les conditions de sécheresse ont persisté de juin à septembre. La tension sur la ressource en eau a ainsi traversé plusieurs mois, avec des conséquences sur les milieux naturels comme sur les activités humaines.
Le rapport mentionne notamment des pertes agricoles importantes dans plusieurs filières : l’arboriculture, la banane destinée à l’exportation, la canne à sucre, l’apiculture et les prairies utilisées pour l’élevage. Aucun montant global n’est toutefois avancé pour évaluer ces dommages.
Les projections renforcent cette préoccupation. À l’horizon 2100, les périodes sans pluie pourraient atteindre en moyenne 21 à 22 jours consécutifs en Martinique, contre 14 à 15 jours sur la période 1991-2020. Dans certaines zones littorales et dans le sud de l’île, elles pourraient localement dépasser 30 jours.
Au-delà des difficultés ponctuelles d’approvisionnement, cette évolution pose la question du partage de l’eau entre les besoins domestiques, l’agriculture, les activités économiques et les écosystèmes.
Les récifs coralliens fortement fragilisés
Les changements observés ne s’arrêtent pas au milieu terrestre. La hausse de la température de l’océan et les vagues de chaleur marines ont également affecté les récifs coralliens des Antilles.
Le rapport fait état d’une diminution de 61 % entre 2022 et 2025 en Martinique, contre 55 % en Guadeloupe et 40 % à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Cette donnée doit néanmoins être interprétée selon le périmètre des récifs et des stations suivis par l’indicateur : elle ne signifie pas que 61 % de l’ensemble des récifs martiniquais ont définitivement disparu.
Les épisodes de chaleur marine de 2023 et 2024 ont favorisé le blanchissement et la mortalité des coraux.
Soumis trop longtemps à des températures élevées, ceux-ci expulsent les microalgues avec lesquelles ils vivent en symbiose. Ils perdent alors leur couleur et deviennent plus vulnérables, même si une récupération reste parfois possible lorsque les conditions s’améliorent.
La dégradation des récifs dépasse la seule question de la biodiversité. Ces écosystèmes servent d’habitats et de zones de reproduction à de nombreuses espèces. Ils contribuent aussi à protéger le littoral contre la houle et soutiennent plusieurs activités, dont la pêche, l’aquaculture, la plongée et le tourisme.
L’adaptation devient un enjeu immédiat
Le rapport ne constitue pas une évaluation détaillée des politiques déjà conduites sur l’île. Il fournit cependant une base nationale destinée à mesurer les changements d’une année à l’autre et à orienter les actions publiques. Ce suivi doit accompagner la mise en œuvre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique.
Pour la Martinique, les indicateurs de 2025 confirment que les effets du dérèglement climatique ne relèvent plus seulement de projections à long terme. Ils touchent déjà les températures, l’eau, l’agriculture et les récifs coralliens.
Leur actualisation annuelle permettra de suivre l’évolution de ces pressions et de préciser les besoins d’adaptation du territoire.

Vous pouvez consulter ici le premier bilan annuel des impacts du changement climatique publiée par le ministère de la Transition écologique



