
Personnes seules, familles monoparentales, revenus modestes : le profil des demandeurs interroge l’adaptation du parc social. L’étude de l’Union sociale pour l’habitat sur les demandes enregistrées fin 2023 met notamment en évidence un décalage entre les petits logements recherchés et leur place dans l’offre existante.
La demande de logement social continue de progresser. Le rapport parlementaire sur la politique du logement social dans les Outre-mer, publié en juin 2026, recense 15 748 demandes en attente fin 2025, contre 14 964 un an auparavant.
Pour comprendre les besoins derrière ces volumes, le fascicule de l’Union sociale pour l’habitat apporte un éclairage sur les ménages qui sollicitaient un logement fin 2023. Leur composition, leurs ressources et leurs conditions d’hébergement dessinent plusieurs enjeux pour l’adaptation du parc.
Des besoins différents selon les ménages
Fin 2023, 14 082 ménages attendaient un logement social, représentant 27 383 personnes. Parmi eux, 46 % étaient des personnes seules et 43 % des familles monoparentales. « À eux deux, les familles monoparentales et les personnes seules rassemblent 89 % de la demande en Martinique », relève l’USH.
La place des personnes seules dépasse le seul champ du logement social : selon l’Insee, elles représentaient 41 % de l’ensemble des ménages martiniquais en 2023.
Ces profils appellent des réponses diverses. Une personne seule et un parent vivant avec plusieurs enfants ne recherchent pas nécessairement la même surface ni le même nombre de pièces. Leur forte représentation invite donc à considérer précisément la composition des ménages dans l’offre proposée.
L’accès à un logement autonome constitue un autre enjeu majeur. La moitié des demandeurs ne disposaient pas de leur propre logement et 45 % étaient hébergés chez un tiers, notamment un proche. À l’inverse, environ un cinquième occupait déjà un logement social et souhaitait en changer.
La demande recouvre ainsi des situations différentes, de l’entrée dans le parc à la recherche d’un logement mieux adapté.
Les petits logements au cœur du décalage
Les appartements de deux pièces concentrent l’écart le plus marqué : les T2 représentaient 37 % des demandes, mais seulement 13 % du parc social en 2023. Les T3 occupaient une place importante dans les deux ensembles, avec 35 % des demandes et 44 % du parc. Les T4 représentaient, eux, 15 % des demandes pour 34 % des logements.
Pour l’USH, « ces écarts soulignent le besoin d’augmenter la production de logements T2 pour mieux répondre à la demande en Martinique et dans les DROM ».
La comparaison porte toutefois sur l’ensemble des logements sociaux, y compris ceux déjà occupés. Elle révèle un décalage de structure, sans mesurer directement le nombre de logements disponibles à l’attribution.
Les données de la DEAL apportent une nuance : au 1er janvier 2025, les logements d’une ou deux pièces représentaient 33 % du parc mis en service depuis 2020, contre 16,5 % de l’ensemble du parc. Les petites typologies sont donc davantage présentes dans l’offre récente, sans que cela permette de conclure que les besoins sont couverts.
Des loyers à la portée des demandeurs
La taille du logement doit aussi être rapprochée des ressources disponibles. Selon l’étude, 81 % des ménages demandeurs se situaient sous les plafonds de ressources du logement locatif très social, ou LLTS.
L’USH souligne ainsi le besoin de développer une offre accessible aux ménages modestes. La catégorie de financement ne suffit cependant pas à apprécier le coût réel du logement : dans le parc étudié, les anciens logements locatifs sociaux affichaient un loyer moyen inférieur à celui des LLTS.
Adapter le parc suppose donc de considérer ensemble le nombre de pièces, le niveau des loyers et la diversité des situations familiales. Le diagnostic de 2023 fournit des repères précis ; leur actualisation doit permettre de suivre l’évolution des besoins et d’orienter les réponses apportées aux ménages.



