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Vieux tuyaux en PVC : le CVM reste sous la norme en Martinique

Douze échantillons d’eau sur 627 ont contenu du CVM entre 2020 et 2025. Tous restaient sous la limite de 0,50 microgramme par litre.

Sous les routes de Martinique courent encore des canalisations en PVC, dont certaines peuvent relâcher dans l’eau un gaz cancérogène, le chlorure de vinyle monomère (CVM). L’Agence régionale de santé (ARS) le surveille depuis des années et n’a relevé aucun dépassement. Elle l’attribue au faible temps que l’eau passe dans les tuyaux. Le renouvellement des réseaux doit faire le reste.

Tuyaux en PVC pour réseaux d’eau sous pression
Photo : Igor Strelets (Стрелец Игорь), Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0.

Ce que libèrent les vieux tuyaux

Le CVM sert à fabriquer le PVC. Le Centre international de recherche sur le cancer le classe parmi les agents cancérogènes certains pour l’homme, un classement fondé sur des expositions professionnelles, par inhalation et à fortes doses.

Les canalisations en PVC posées avant 1980 peuvent en contenir beaucoup plus que les récentes. Le CVM passe dans l’eau surtout quand elle stagne longtemps dans le tuyau, quand elle dépasse 15 °C, et en bout de réseau, là où l’on consomme peu. C’est ce qu’explique l’ARS de Nouvelle-Aquitaine, où le problème touche les campagnes.

Pour l’eau du robinet, le risque reste théorique, et aucun lien n’est établi à ce jour, précise cette même agence. Les remèdes vont des purges, qui renouvellent l’eau, au remplacement des canalisations.

Le sujet est remonté jusqu’à l’Assemblée nationale : le 6 octobre 2026, la députée du Lot-et-Garonne Emeline Rey-Rinchet a interrogé le ministère de la Santé, par la question écrite n° 18699, sur la présence de CVM dans les réseaux, le renouvellement de ces canalisations et l’aide aux collectivités qui en ont la charge. Elle n’a pas encore reçu de réponse.

En Martinique, l’eau ne s’attarde pas

Interrogée par Antilla, l’ARS de Martinique a répondu par un courrier de son directeur général, Yves Servant, le 29 octobre 2026. Sur les 627 analyses de l’eau traitée ou distribuée réalisées de 2020 à 2025, 615 n’ont trouvé aucune trace de CVM. Les douze autres en contenaient 0,15 microgramme par litre en moyenne, et 0,36 au plus.

Pour l’agence, cette situation est « probablement liée aux temps de séjour globalement faibles observés dans les réseaux de distribution » de l’île. L’eau circule assez vite pour ne pas se charger.

Les petits réseaux du Nord sous surveillance

Huit sur dix de ces échantillons venaient de réseaux de taille modérée du territoire de CAP Nord. C’est là que le phénomène, sans franchir la limite, se manifeste le plus.

Le contrôle sanitaire de l’eau relève de l’ARS, en application du Code de la santé publique. Le CVM y est recherché « de manière régulière sur l’ensemble des réseaux de distribution alimentant la population de Martinique » : 1 110 analyses de 2020 à 2025, soit environ 200 par an, sur 185 points de surveillance, dont 116 au robinet des habitants. Le laboratoire TERANA Drôme, qui les réalise, mesure le CVM à partir de 0,05 microgramme par litre depuis 2022 ; dans l’ensemble, les concentrations restent sous ce seuil.

Aucun dépassement de la limite de 0,50 microgramme par litre n’a été observé sur la période. L’ARS en conclut que « la présence de CVM dans l’eau distribuée en Martinique ne revêt pas un enjeu de santé publique au regard des connaissances actuelles ».

Le renouvellement des réseaux en ligne de mire

La solution la plus durable reste le remplacement des tuyaux. L’ARS de Martinique indique que « de nombreux travaux de renouvellement de réseaux sont projetés dans le cadre des contrats de progrès des EPCI ». Ces chantiers, portés par les intercommunalités, devraient selon elle réduire encore les concentrations de CVM qui pourraient subsister.

Philippe PIED

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