Déchets / TriEconomie Circulaire et Sociale

La CACEM veut faire reculer les déchets

La CACEM prépare son prochain programme de prévention des déchets pour 2027 à 2032, tandis que son contrat d’économie circulaire avec l’ADEME court jusqu’en 2027. Réemploi, biodéchets et coopération entre entreprises figurent parmi les chantiers. Deux délibérations publiées le 23 octobre font le point sur les actions engagées et les étapes à venir.

Un meuble encore utilisable peut finir dans une benne faute de solution de reprise. Le récupérer sans l’abîmer lui laisse une chance de servir à nouveau. C’est ce type de changement pratique que cherche à organiser la Communauté d’agglomération du Centre de la Martinique à travers ses programmes de prévention des déchets et d’économie circulaire.

Le 1er octobre 2026, le conseil communautaire, présidé par Didier Laguerre, a examiné l’avancement de ces deux démarches et désigné les élus chargés de leur suivi. Les deux délibérations ont recueilli chacune 37 voix pour, sans opposition ni abstention. Elles concernent Fort-de-France, Le Lamentin, Schœlcher et Saint-Joseph, les quatre communes de la CACEM.

Des actions engagées depuis 2020

Adopté en février 2020 pour six ans, le Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés, le PLPDMA, repose sur une idée simple : agir avant que les produits deviennent des déchets. Il rassemble douze actions, réparties en huit axes, de la lutte contre le gaspillage alimentaire à la réduction des déchets marins, en passant par le compostage et la réparation.

La CACEM rappelle avoir mené des actions de sensibilisation auprès des habitants, des scolaires, des entreprises et des institutions. Elle a également proposé des aides à l’acquisition de composteurs et de couches lavables, et soutenu des projets associatifs de réduction des déchets.

Le bilan présenté aux élus classe l’avancement global du programme comme conforme au prévisionnel. Dans le détail, sept actions sont dans les temps et cinq enregistrent des retards, malgré certaines avancées. Ceux-ci concernent la lutte contre le gaspillage alimentaire, le compostage collectif et scolaire, la sensibilisation aux couches lavables, l’exemplarité des collectivités et l’accompagnement des entreprises. Ce tableau décrit la progression des actions, sans mesurer les quantités de déchets évitées.

Prévenir les déchets commence avant leur arrivée dans la poubelle.

Un nouveau programme pour 2027 à 2032

Le premier cycle étant arrivé à son terme au début de 2026, la CACEM en prépare la révision. Le calendrier prévisionnel situe l’actualisation du diagnostic territorial, les ateliers de concertation et la révision des objectifs entre octobre et décembre 2026. La rédaction du projet, la consultation publique et son adoption sont envisagées au premier trimestre 2027, pour une mise en œuvre sur la période 2027-2032.

Cette prochaine étape doit permettre de revoir les priorités à partir du bilan. Pour les habitants, son intérêt se mesurera notamment à la facilité d’accès aux solutions proposées : où déposer un objet réutilisable, comment composter sans jardin, à qui s’adresser pour faire réparer un équipement. Le programme révisé reste à élaborer et à soumettre à la concertation prévue.

Quatorze actions pour une économie circulaire

En parallèle, la CACEM conduit un Contrat d’objectifs déchets Outre-mer, le CODOM, signé avec l’ADEME pour 2025-2027. Ses quatorze actions s’inscrivent dans la stratégie territoriale d’économie circulaire de la Collectivité territoriale de Martinique à l’horizon 2030. Elles visent les habitants comme les entreprises, les services communautaires et les communes.

Le contrat affiche deux objectifs annuels : réduire de 1 % la production de déchets du territoire, notamment celle des entreprises, et diminuer de 1 % les tonnages enfouis. Le rapport indique que 2025 a permis de finaliser les fiches d’actions, d’organiser des événements de promotion et de participer à des groupes de projet. Pour 2026, il fixe l’ambition de démarrer toutes les actions et d’atteindre 50 % d’avancement pour chacune. La délibération ne précise pas le niveau d’avancement effectivement atteint.

Les entreprises et le BTP concernés

Le programme prévoit de cibler une zone d’activités économiques pour étudier les déchets qu’elle génère, puis accompagner ses entreprises vers une meilleure gestion. La zone retenue n’est pas précisée dans la délibération. Une étude complémentaire doit également évaluer les conditions et les effets d’une extension de la redevance spéciale à l’ensemble des entreprises du territoire.

La coopération entre entreprises constitue un autre volet. Avec l’association Entreprises & Environnement, la CACEM entend renforcer l’écologie industrielle et territoriale. Derrière cette expression, il s’agit d’organiser des échanges de ressources ou des moyens partagés : une matière inutilisée dans une activité peut, par exemple, trouver un débouché dans une autre. Cette démarche suppose de connaître les besoins des entreprises et ce qu’elles peuvent mettre à disposition.

Dans le bâtiment et les travaux publics, le contrat prévoit de renforcer la gestion des déchets et le réemploi en s’appuyant sur les marchés publics de travaux de la CACEM. La commande publique est ainsi envisagée comme un moyen d’encourager ces pratiques, en associant les professionnels aux projets de la collectivité.

Organiser la seconde vie des objets

Le CODOM prévoit aussi de faire avancer un projet de site consacré à la transition écologique, associant une ressourcerie et une zone de valorisation des déchets organiques. Le dossier rappelle une étude de faisabilité menée en 2021 sur le site de l’ancienne fourrière de Mangot Vulcin, au Lamentin. Le programme prévoit un accompagnement complémentaire et l’appui des éco-organismes concernés. Aucune date d’ouverture n’est annoncée dans la délibération.

D’autres lieux de réemploi doivent être développés. Le contrat prévoit également d’étudier une collecte des encombrants qui préserve les objets. Cette précaution compte : récupérer un meuble en bon état facilite sa réutilisation. Pour les habitants, l’utilité de ces dispositifs dépendra de lieux de dépôt accessibles et de conditions de reprise clairement expliquées.

Le réemploi suppose des lieux de dépôt et une collecte qui préserve les objets.

Une collecte à tester en habitat collectif

Les déchets alimentaires et les déchets de jardin occupent une place dans les deux programmes. Le CODOM prévoit de rechercher de nouveaux partenariats pour valoriser les déchets verts, ainsi que de lancer et de suivre une expérimentation de collecte des biodéchets en habitat collectif, en lien avec le programme de prévention.

L’enjeu est concret pour les ménages qui ne disposent pas d’un jardin. Une solution collective doit être assez proche et simple à utiliser pour entrer dans les habitudes. L’expérimentation annoncée devra permettre d’éprouver cette organisation. Le bilan du PLPDMA rappelle d’ailleurs que le compostage collectif, partagé et scolaire fait partie des actions en retard.

Le tri hors du domicile figure également au programme. La CACEM prévoit d’accompagner les lieux accueillant du public et les organisateurs d’événements, avec des dispositifs de tri et des actions de sensibilisation à la réduction des déchets.

Mesurer les effets dans la durée

Ces orientations dessinent des services utiles au quotidien. Leur évaluation devra permettre de connaître les volumes réellement évités, les objets remis en circulation et les résultats de l’accompagnement des entreprises. Les deux délibérations décrivent surtout un programme de travail et son avancement. À elles seules, elles ne permettent pas de chiffrer la baisse des déchets obtenue.

Le CODOM prévoit un suivi des flux et des coûts, avec une matrice des coûts établie chaque année. Ces données seront nécessaires pour apprécier les effets des actions et ajuster les moyens engagés. Le prochain programme de prévention doit, lui aussi, s’appuyer sur l’évaluation du cycle précédent.

La réussite se mesurera aux déchets évités et aux objets remis en circulation.

Pour un habitant, cette réussite sera tangible lorsqu’un meuble trouvera un repreneur ou qu’une solution de tri des restes alimentaires sera accessible près de chez lui. Pour une entreprise, elle pourra prendre la forme d’une matière mieux utilisée ou d’une collecte mutualisée. Les échéances de 2027 et de 2032 donnent à la CACEM l’occasion de préciser où, quand et dans quelles conditions ces solutions pourront devenir des services durables.

Financement et pilotage

Le rapport sur le CODOM fait état d’une aide de l’ADEME de 310 500 euros, susceptible d’atteindre un total de 490 000 euros à la fin du contrat. Il lie cette possibilité à l’atteinte de 60 % de l’objectif fixé, sans détailler le calcul de ce seuil. Le budget prévisionnel de mise en œuvre est estimé à 347 000 euros sur trois ans, hors salaires.

Le suivi politique du programme de prévention est confié à Odile Saint-Louis-Augustin, avec José Crampel comme suppléant. Pour le contrat d’économie circulaire, José Crampel devient référent et Odile Saint-Louis-Augustin suppléante.

Les deux délibérations prennent acte de l’avancement des programmes et organisent leur suivi. Le nouveau programme de prévention pour 2027-2032 doit encore suivre les étapes de concertation et d’adoption prévues.

Sources : CACEM, délibérations n° 09.00186/2026 et n° 09.00189/2026 du 1er octobre 2026, publiées le 23 octobre 2026. Présentation de l’économie circulaire par la CACEM.

Photo d’illustration : « compost », Philip Cohen, via Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Philippe Pied

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