Santé Environnementale

RSE en santé : la Martinique accueille un séminaire sur la transition écologique du soin

Le 23 avril 2026, le CHU de Martinique et le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) co-organisent à La Trinité une journée consacrée à la transition écologique du système de santé. De 8h30 à 16h, dirigeants d’établissements, pharmaciens, experts et tutelles croiseront leurs retours d’expérience sur l’empreinte carbone, les achats responsables, la gestion de l’énergie en climat tropical et l’adaptation au changement climatique. Objectif affiché : faire émerger une culture commune de la RSE en santé sur le territoire.

À l’heure où les vagues de chaleur, les cyclones et la tension sur les ressources redessinent la carte des risques sanitaires, les établissements de santé ne peuvent plus se contenter de soigner : ils doivent aussi réduire leur propre empreinte et tenir dans la durée. Hôpitaux, EHPAD, cliniques et cabinets de ville consomment de l’énergie, achètent des produits, produisent des déchets, emploient des équipes exposées aux mêmes aléas que leurs patients. C’est à cette double équation, soigner mieux en polluant moins et rester debout quand le climat met tout sous pression, que le séminaire du 23 avril entend apporter des réponses concrètes, ancrées dans la réalité ultramarine.

Un secteur en première ligne du double enjeu climat-santé

Le postulat du séminaire est clair : les défis environnementaux et les enjeux de santé publique sont désormais indissociables. Les établissements sanitaires et médico-sociaux doivent tenir un double cap, garantir une offre de soins de qualité en toute sécurité et réduire leur propre empreinte écologique. Les chantiers ouverts sont multiples, du bilan carbone aux achats responsables, en passant par la performance énergétique des bâtiments, la mobilité des personnels et des patients, la santé au travail ou la santé environnementale. Loin d’être une contrainte administrative supplémentaire, la transition écologique est présentée comme une opportunité d’innovation et de performance pour des organisations qui, par leur poids économique et symbolique, jouent un rôle d’entraînement sur l’ensemble du territoire.

« La transition écologique ne peut être menée que collectivement : un établissement seul ne peut pas transformer toute une filière, mais un territoire qui s’organise peut basculer l’ensemble de ses pratiques. »

Les ultramarins en établissements sentinelles

La Martinique et, plus largement, les territoires ultramarins occupent dans ce dispositif une place singulière. Exposés aux cyclones, aux épisodes de chaleur prolongés, à la montée des eaux et aux tensions sur la ressource en eau, leurs établissements subissent déjà ce que l’Hexagone commence à peine à anticiper. Hôpitaux, EHPAD et cabinets de ville y fonctionnent comme des postes d’observation avancés, producteurs de connaissances, d’enseignements et de retours d’expérience. C’est cette expertise de terrain, forgée par la contrainte climatique, que le séminaire souhaite valoriser et partager avec le reste du territoire national, à l’heure où l’ANAP prépare une publication 2026 consacrée à la maîtrise des coûts énergétiques des établissements de santé en climat tropical.

Trois carnets d’initiatives pour passer du discours aux actes

La journée est structurée autour de trois « carnets d’initiatives » conçus pour donner à voir ce qui se fait déjà, ici et maintenant. Le premier aborde les achats durables avec la Clinique Saint-Paul et une action collective sur le gaspillage de médicaments à l’hôpital, menée avec des pharmacies à usage interne. Le deuxième mobilise l’ATIR Martinique, le Centre hospitalier Nord Caraïbe, l’association One Health et l’ANAP autour de la qualité, de l’hygiène et de la performance immobilière. Le troisième, en fin d’après-midi, se concentre sur l’adaptation au changement climatique avec le CHU Martinique et l’Office de l’eau. Entre les deux, une table ronde réunira ARS, DEAL, Fédération hospitalière de France, fédération du secteur privé et ANFH pour dresser l’inventaire des outils mobilisables dans l’île.

« Quand le climat met sous tension les équipes, les soins et les bâtiments, la question n’est plus de savoir s’il faut s’adapter, mais à quelle vitesse. »

Responsabiliser les achats et traquer le gaspillage

Les achats constituent l’un des leviers les plus massifs et les plus méconnus de la transition en santé. La CAHPP, centrale d’achats de référence, présentera son Indice vert, outil de notation environnementale destiné à orienter les commandes des établissements vers des fournisseurs plus vertueux. En miroir, l’action collective conduite par le C2DS avec plusieurs pharmacies à usage interne posera une question rarement traitée publiquement : combien de médicaments sont jetés chaque année dans les hôpitaux, et pour quelles raisons ? Périmés, surcommandés, non utilisés après le décès d’un patient, retirés du marché : les motifs sont nombreux, les volumes significatifs et les marges de progrès considérables, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Une boîte à outils institutionnelle à faire connaître

La table ronde de la mi-journée réunira les principaux acteurs publics et professionnels susceptibles d’accompagner les établissements martiniquais dans leurs transformations. L’Agence régionale de santé, la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement, la Fédération hospitalière de France, la Fédération de l’hospitalisation privée, représentée par Manuel Da Silva de la Clinique Saint-Paul, et l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier, avec la conseillère Odile Cholet, y confronteront leurs dispositifs. Enjeu : éviter que les équipes de terrain passent à côté de financements, de formations ou de diagnostics disponibles, faute d’une lisibilité suffisante de l’offre d’accompagnement.

« Un établissement de santé n’est pas qu’un lieu de soins : c’est un prescripteur de pratiques, un acheteur de masse, un employeur majeur. Ses choix pèsent sur tout un territoire. »

En réunissant dirigeants hospitaliers, tutelles, acheteurs, pharmaciens et experts autour d’une même table, le séminaire du 23 avril vise moins à produire des recommandations de plus qu’à activer un réseau local capable de mutualiser ses outils. Pour la Martinique, souvent décrite comme exposée, l’exercice est aussi un renversement de perspective : les territoires qui affrontent déjà les effets concrets du dérèglement climatique deviennent ceux qui documentent, pour les autres, la manière d’y répondre.

Philippe Pied

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