
« La couverture ROR atteint 82 % en Martinique, contre 95,2 % en France : un écart suffisant pour fragiliser l’immunité collective. »
À l’occasion de la Semaine européenne de la vaccination, du 27 avril au 3 mai 2026, l’ARS Martinique fait des adolescents et des jeunes adultes la cible prioritaire de sa campagne. Papillomavirus humains (HPV), méningocoques ACWY, rappels diphtérie-tétanos-poliomyélite, rougeole-oreillons-rubéole : sur l’île, les couvertures vaccinales progressent mais restent en deçà des seuils nécessaires à une immunité collective efficace. Tour d’horizon des chiffres et des actions de proximité déployées toute la semaine.

L’adolescence et le début de l’âge adulte concentrent une part déterminante du calendrier vaccinal. Rappels, rattrapages et vaccins majeurs se cumulent sur cette tranche d’âge pour assurer une protection durable. Le calendrier des 11-26 ans s’est sensiblement renforcé ces dernières années, avec l’élargissement de la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) à tous jusqu’à 26 ans, la protection contre les méningocoques ACWY jusqu’à 25 ans, et les rattrapages contre l’hépatite B et la rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Pourtant, en Martinique comme ailleurs, une part importante des jeunes reste insuffisamment vaccinée, ce qui les expose à des maladies graves et évitables, voire à certains cancers.
Une fenêtre de protection à ne pas manquer
L’édition 2026 de la Semaine européenne de la vaccination structure ses actions autour des adolescents et des jeunes adultes. Elle s’appuie sur deux leviers complémentaires : les campagnes vaccinales en milieu scolaire, déployées depuis la rentrée 2025-2026, et la mobilisation renforcée des professionnels de santé de proximité. L’enjeu est double : verrouiller la protection individuelle de chaque jeune et freiner la circulation de pathogènes encore actifs sur le territoire.
Le contexte martiniquais offre un point d’appui notable : près de 75 % des 18-25 ans se déclarent favorables à la vaccination. La vérification systématique du statut vaccinal et l’amélioration de l’accès aux vaccins constituent dès lors les leviers identifiés par l’ARS pour réduire les inégalités de santé et limiter la propagation de maladies potentiellement graves.
« Près de 75 % des 18-25 ans se déclarent favorables à la vaccination en Martinique. »
HPV : des progrès réels, mais loin de l’objectif national
Les dernières données publiées par Santé publique France-Antilles font apparaître une dynamique positive sur la vaccination contre les papillomavirus humains, sans pour autant rapprocher la Martinique des seuils visés. En 2025, près d’une jeune fille sur cinq (19,5 %) et près d’un jeune garçon sur dix (8,8 %) disposaient d’un schéma vaccinal complet contre les HPV, contre environ 17 % chez les filles et 5 % chez les garçons en 2024. La progression est nette, particulièrement chez les garçons, dont la couverture a quasiment doublé en un an.
L’écart reste néanmoins considérable avec la cible fixée par la stratégie décennale de lutte contre les cancers : 80 % de couverture vaccinale, pour les filles comme pour les garçons, à l’horizon 2030. Le rappel est de taille pour un vaccin reconnu comme un outil majeur de prévention de plusieurs cancers (col de l’utérus, ORL, anus). Les campagnes vaccinales en collège et le rattrapage désormais ouvert jusqu’à 26 ans constituent les principaux relais pour combler ce déficit.

Méningocoques : un signal d’alerte chez les adolescents
Si la vaccination contre les méningocoques ACWY et B est obligatoire chez tous les nourrissons depuis le 1er janvier 2025, avec une couverture qui dépasse 76 % en Martinique, la situation se dégrade brutalement chez les adolescents et les jeunes adultes. Malgré la gravité des infections invasives à méningocoques et la possibilité d’un rattrapage vaccinal jusqu’à 24 ans, les couvertures restent très basses sur l’île. En 2025, 4,2 % seulement des jeunes âgés de 11 à 14 ans avaient reçu une dose de vaccin, un taux qui chute à 1,9 % chez les 15-24 ans.
Ces niveaux, parmi les plus faibles du calendrier vaccinal, contrastent avec la sévérité potentielle des infections concernées et constituent l’un des principaux signaux d’alerte de la campagne 2026.
« Seuls 4,2 % des 11-14 ans et 1,9 % des 15-24 ans ont reçu une dose de vaccin contre les méningocoques en Martinique. »
DTP et ROR : la vigilance reste de mise
Sur le rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite (DTP), la couverture vaccinale martiniquaise progresse fortement. Elle atteint 59,7 % en 2025, contre 34 % en 2023 et 35 % en 2024. La progression sur deux ans est nette, mais le niveau reste éloigné des standards de protection collective.
La vigilance s’impose également sur la rougeole-oreillons-rubéole. Depuis la reprise de la circulation de la rougeole en France en 2024, le maintien d’une couverture élevée à deux doses du vaccin ROR demeure une priorité. En Martinique, la couverture ROR reste élevée (82 %), mais demeure inférieure au seuil national requis (95,2 % en France) pour garantir une immunité collective optimale. Le renforcement de la vérification et de la mise à jour du statut vaccinal, notamment chez les enfants et les jeunes adultes, conditionne la capacité à éviter une nouvelle circulation virale.
Une mobilisation collective de proximité
Garantir un accès effectif à la vaccination repose, selon l’ARS, sur une mobilisation collective. Trois leviers sont identifiés pour lever les freins : la prise en charge financière des vaccins, la vaccination gratuite dans les centres dédiés et l’élargissement des professionnels habilités à vacciner (médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmiers).
En Martinique, cette dynamique se traduit pendant la SEV par des actions concrètes. La Ligue contre le cancer met à disposition un escape-game virtuel destiné à sensibiliser de manière ludique enfants et parents à la vaccination contre les HPV, et organise une conférence grand public consacrée au papillomavirus humain et à la vaccination, animée par des professionnels de santé, le mercredi 29 avril à partir de 18 heures, à la médiathèque du Saint-Esprit. De son côté, le centre de vaccination de Fort-de-France propose toute la semaine des sessions de sensibilisation et de vaccination, y compris en milieu scolaire, et accueille en partenariat avec la Ligue contre le cancer une exposition itinérante consacrée à la vaccination HPV.

Philippe Pied



