
La Martinique s’est engagée dans un virage énergétique ambitieux. Territoire insulaire non interconnecté au réseau hexagonal, l’île dépend historiquement des énergies fossiles pour sa production électrique. Mais les objectifs fixés par la loi de transition énergétique imposent une accélération. Le SMEM affiche désormais l’objectif d’atteindre 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2035.
Un contrat de concession renégocié pour 30 ans
Étape décisive, le 27 juin 2024, le Syndicat Mixte d’Énergie de la Martinique (SMEM) et EDF Martinique ont renouvelé le contrat de concession du territoire pour les 30 ans à venir, couvrant le service public de distribution d’électricité et la fourniture aux tarifs réglementés de vente. Ce nouveau cadre contractuel intègre la montée en puissance des ENR, le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques et la résilience du réseau face aux aléas climatiques.
Le SMEM, qui regroupe en son sein les 34 communes de Martinique et la CTM, dispose de quatre compétences complémentaires : les énergies renouvelables (21 centrales photovoltaïques installées sur des bâtiments publics), l’éclairage public, le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE), et la maîtrise de la demande en énergie. Un premier programme de 41 bornes de recharge est en cours de déploiement.
Les bâtiments publics, levier de la sobriété
Pour accélérer la transition, le SMEM s’est associé au programme ACTEE dans le cadre d’un partenariat de 700 000 euros visant à accompagner les communes martiniquaises dans la rénovation énergétique de leurs bâtiments publics. Entre 2025 et 2028, ce dispositif devrait générer 96 GWh d’économies d’énergie par an, soit près de 7 % de la consommation électrique enregistrée en 2023.
L’État et la CTM se sont par ailleurs fixé l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030, s’appuyant sur les associations locales via un appel à projets lancé par la DEAL Martinique autour de trois axes : sobriété, transition énergétique et préservation des ressources naturelles. De nombreux financements sont mobilisables : cadre territorial de compensation de la CRE, fonds vert, DSIL, DETR, AFD et Banque des Territoires.
Un potentiel ENR largement sous-exploité
Les études de l’ADEME sont formelles : les potentiels d’énergies renouvelables facilement mobilisables en Martinique suffisent à atteindre un mix 100 % ENR électriques locales en 2050, avec un scénario technico-économique tablant sur 200 MW de photovoltaïque et 100 MW d’éolien en mer — deux fois moins coûteux que le système actuel. Le défi reste donc moins technique que financier et réglementaire.
Depuis le lancement du parc éolien de Grand Rivière fin 2018, la part des ENR dans le mix électrique martiniquais est passée de 7 % en 2017 à environ 26 % en 2020. L’objectif de 50 % en 2023 n’a pas été atteint, mais la dynamique s’accélère. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a publié en mai 2025 un état des lieux sur la transition énergétique dans les zones non interconnectées, confirmant le retard des territoires ultramarins et la nécessité d’investissements massifs pour rattraper les objectifs légaux.
En bref :
La Martinique dispose de tous les atouts pour réussir sa transition énergétique — soleil, vent, volonté institutionnelle, nouveaux financements. Le contrat de concession SMEM-EDF et le partenariat ACTEE marquent une étape concrète. Reste à tenir le cap des 100 % ENR d’ici 2035, un objectif qui engage aussi bien les communes que les citoyens martiniquais.



