
Dimanche 10 mai 2026, deux dauphins tachetés pantropicaux ont été retrouvés échoués vivants à l’Anse Caritan. Une intervention coordonnée entre les services de l’État, la gendarmerie, le Parc naturel marin de la Martinique, le Sanctuaire Agoa et le réseau ROCEM a permis de remettre l’un des deux animaux au large. L’autre n’a malheureusement pas survécu.
« Face à un mammifère marin échoué, le bon réflexe n’est pas d’agir seul, mais d’alerter immédiatement les équipes compétentes. »
Dimanche 10 mai, l’alerte est donnée par un marcheur à l’Anse Caritan, sur la commune de Sainte-Anne. Un dauphin vient d’être découvert échoué vivant sur la plage. À proximité, un second animal est observé en train de nager. Quelques instants plus tard, il s’échoue à son tour à côté de son congénère. Il s’agit de deux dauphins tachetés pantropicaux, une espèce de cétacé régulièrement observée dans les eaux martiniquaises.
Très vite, la gendarmerie se rend sur place afin de sécuriser le périmètre. Cette étape est indispensable, car un échouage de mammifère marin reste une situation sensible, à la fois pour les animaux et pour les personnes présentes. Les équipes du Réseau d’Observation des Cétacés Échoués de Martinique, le ROCEM, du Parc naturel marin de la Martinique et du Sanctuaire Agoa, tous membres du Réseau National Échouage, sont alors mobilisées pour préparer l’intervention.

Une première remise à l’eau insuffisante
Dans un premier temps, les deux dauphins sont remis à l’eau à proximité immédiate de la plage. L’objectif est d’éviter qu’ils ne se blessent davantage sur les rochers ou les racines. Mais la configuration du site complique l’opération. Le banc de sable ne présente qu’environ 30 centimètres de profondeur, trop peu pour permettre aux animaux de regagner seuls le large.
Une opération de renflouage est alors décidée, conformément aux protocoles en vigueur et avec l’appui de l’Observatoire Pelagis, coordinateur national du Réseau National Échouage. Les deux dauphins sont placés avec précaution dans des bâches humides, puis hissés à bord du semi-rigide du Parc naturel marin. Le transport s’effectue à faible allure, afin de limiter le stress et les risques de blessures.
Les animaux sont ensuite conduits au large de la Pointe Dunkerque, dans une zone plus profonde, environ 200 mètres, pour réduire le risque d’un retour vers la côte.
Un dauphin sauvé, un autre perdu
Malgré les précautions prises, le premier dauphin échoué n’a pas survécu au transport. Sa carcasse a été conservée afin qu’une nécropsie puisse être réalisée. Cette analyse permettra de prélever des échantillons et de mieux comprendre l’état de santé de ces populations. L’examen extérieur a révélé une légère maigreur, mais aucune blessure significative n’a été observée.
Le second dauphin, lui, a pu être remis à l’eau. Selon les éléments communiqués, il est reparti avec une nage dynamique, sans gêne apparente.
« Le sauvetage d’un dauphin échoué ne s’improvise pas : chaque geste compte, chaque décision peut peser sur la survie de l’animal. »
Le Parc naturel marin de la Martinique et le Sanctuaire Agoa ont salué le rôle des personnes ayant signalé l’échouage et étant restées sur place pour transmettre leurs observations aux autorités compétentes. Ces informations sont précieuses pour choisir la meilleure stratégie d’intervention.
Que faire en cas d’échouage ?
Les échouages de mammifères marins restent peu nombreux en Martinique, avec une moyenne d’un à deux cas par an. Mais lorsqu’ils surviennent, ils nécessitent une intervention encadrée. Les mammifères marins peuvent être porteurs de virus ou de bactéries transmissibles à l’être humain. Un animal vivant, stressé ou blessé peut également provoquer des blessures par coup de queue ou morsure.
En cas de découverte d’un mammifère marin échoué, vivant ou mort, les autorités recommandent de contacter immédiatement le ROCEM au 06 96 03 02 04 ou le Parc naturel marin de la Martinique au 06 96 33 17 12. Il est fortement déconseillé d’intervenir sans la présence des membres du Réseau National Échouage, même lorsque l’intention est de porter secours à l’animal.
Une intervention improvisée peut aggraver la situation, augmenter le stress du dauphin, provoquer des blessures internes ou externes supplémentaires et mettre les personnes en danger.
Une espèce protégée, fréquente en Martinique
Le dauphin tacheté pantropical, Stenella attenuata, est l’espèce de cétacé la plus fréquemment observée en Martinique parmi les 21 espèces de mammifères marins recensées. Il vit en groupe, parfois composé de plusieurs centaines d’individus, et peut être observé toute l’année, notamment le long de la côte Caraïbe.
L’espèce se nourrit principalement de poissons nageant près de la surface, comme les maquereaux ou les poissons volants, mais aussi de crustacés et de céphalopodes dans les zones côtières. Un adulte mesure généralement entre 2,20 et 2,40 mètres, peut peser jusqu’à 120 kilos et atteindre une longévité de 40 ans.
Comme tous les mammifères marins, le dauphin tacheté pantropical est intégralement protégé en France. Dans le Sanctuaire Agoa, aire marine protégée couvrant les eaux de la Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, il est interdit de s’approcher en mer à moins de 300 mètres des mammifères marins.
« La présence des dauphins dans nos eaux rappelle aussi la responsabilité collective qui nous lie au milieu marin. »
Les principales menaces pesant sur cette espèce sont connues : dérangement par les bateaux, pollution sonore sous-marine, pollutions chimiques et plastiques venues de la terre. L’épisode de Sainte-Anne rappelle donc l’importance de la vigilance, de la connaissance des bons gestes et de la protection des espaces marins martiniquais.



