
Alors que l’économie sociale et solidaire (ESS) traverse une période de ralentissement en France, la Martinique fait figure d’exception. Selon la dernière note de conjoncture publiée par ESS France, l’île enregistre une progression de l’emploi salarié dans l’ESS de +0,8 % entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025. Une performance rare dans un contexte national marqué par des destructions de postes et une fragilisation de nombreux secteurs associatifs et sociaux.
À l’échelle nationale, le constat est beaucoup plus sombre. L’ESS a perdu 10 447 emplois sur un an à fin 2025, une situation inédite depuis la période de la pandémie. Le recul touche particulièrement les associations, qui concentrent à elles seules plus de 12 300 suppressions de postes.
Pourtant, derrière cette tendance générale, certains territoires ultramarins résistent mieux. La Guyane affiche même la plus forte progression du pays avec +3 % d’emplois dans l’ESS. À l’inverse, la Guadeloupe (-1,3 %) et La Réunion (-1,1 %) enregistrent des baisses marquées.
Une économie souvent invisible, mais essentielle au quotidien
L’ESS reste encore mal connue du grand public, alors qu’elle occupe une place majeure dans la vie quotidienne. En France, elle représente 2,7 millions de salariés, soit 13,4 % des emplois privés.
Derrière cet acronyme se trouvent des associations, des mutuelles, des coopératives ou encore des fondations. Ces structures interviennent dans des domaines très concrets : aide à domicile, action sociale, insertion, sport, culture, santé, alimentation, formation ou encore services de proximité.
En Martinique, ce tissu joue un rôle particulièrement important. Dans un territoire confronté aux enjeux de vieillissement, de précarité sociale, d’accès à l’emploi ou encore d’accompagnement des publics fragiles, l’ESS agit souvent comme un relais de proximité.
Des secteurs entiers sous pression
La note d’ESS France montre cependant que plusieurs activités essentielles traversent une période difficile. Le secteur de l’enseignement perd ainsi 3 678 emplois sur un an (-1,6 %), notamment dans la formation continue et l’enseignement culturel.
L’aide à domicile continue également de reculer avec 1 723 postes supprimés. Un signal préoccupant dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation des besoins d’accompagnement.
Même constat pour les arts, spectacles, sports et loisirs, qui enregistrent eux aussi des pertes d’effectifs importantes.
À l’inverse, certains domaines continuent de créer des emplois, notamment la santé (+2 766 emplois) et l’hébergement social et médico-social (+2 427 emplois). Ces dynamiques traduisent des besoins sociaux toujours plus forts dans les territoires.
Au-delà des chiffres, une question de cohésion sociale
Dans son éditorial, le président d’ESS France, Benoît Hamon, alerte sur les conséquences concrètes de cette fragilisation du secteur : « Au-delà des statistiques, c’est la cohésion sociale qui est fragilisée. »
Cette phrase résonne particulièrement dans les territoires ultramarins, où les structures de l’ESS assurent souvent des missions que ni le marché classique ni les services publics ne couvrent entièrement.
La progression observée en Martinique apparaît donc comme un signal encourageant, mais aussi fragile. Derrière les chiffres positifs, les tensions sur les financements, les difficultés de recrutement ou encore la pression économique restent bien présentes.
Dans les prochaines années, la capacité du territoire à soutenir son tissu associatif, coopératif et solidaire pourrait devenir un enjeu majeur de résilience sociale et territoriale.



