Economie Circulaire et Sociale

Gaspillage alimentaire : le Réveil Agricole mise sur les circuits solidaires en Martinique

Chaque année en Martinique, une partie des fruits et légumes produits localement ne finit jamais dans les assiettes. Trop mûrs, mal calibrés, difficiles à écouler ou produits en trop grande quantité, certains aliments restent dans les champs malgré les besoins alimentaires d’une partie de la population.

Selon le magazine Outre-mer 2026 de l’ADEME, plus de 80 % des exploitations agricoles martiniquaises enregistrent des pertes ou des invendus compris entre 5 % et 30 %.

Face à ce constat, l’association Le Réveil Agricole tente de construire une autre logique : récupérer ces produits encore consommables pour les redistribuer aux bénéficiaires de l’aide alimentaire.

Un paradoxe alimentaire bien réel

Le sujet met en lumière une réalité souvent peu visible : alors que la Martinique reste fortement dépendante des importations alimentaires, une partie de la production locale continue d’être perdue directement au champ.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • des produits jugés non conformes pour la vente,
  • des surplus de récolte,
  • un manque de débouchés,
  • des difficultés de distribution,
  • ou encore le manque de main-d’œuvre agricole.

En parallèle, certaines familles peinent encore à accéder régulièrement à des produits frais et locaux.

C’est précisément ce décalage que le Réveil Agricole cherche à réduire.

Des invendus redistribués via les circuits solidaires

L’association s’appuie sur un partenariat avec la Banque Alimentaire de Martinique. Concrètement, les invendus sont collectés directement auprès des exploitants agricoles avant d’être redistribués via des structures solidaires.

Les produits récupérés sont déposés sur l’application Proxidon, développée par la Banque Alimentaire. Les épiceries sociales et solidaires peuvent ensuite réserver les denrées avant leur distribution aux bénéficiaires.

L’objectif est de limiter le gaspillage alimentaire, tout en améliorant l’accès à une alimentation plus équilibrée.

Depuis novembre 2023, près de 110 tonnes de gaspillage agricole auraient ainsi été évitées en Martinique.

Une initiative qui dépasse la seule question alimentaire

Au-delà de la redistribution alimentaire, le projet porte également une dimension sociale et territoriale.

Le Réveil Agricole intègre notamment la formation de six jeunes via des chantiers d’insertion organisés directement chez les exploitants agricoles.

Dans un contexte où le secteur agricole fait face à un manque de main-d’œuvre, cette approche permet à la fois :

  • de transmettre des savoir-faire,
  • de favoriser l’insertion professionnelle,
  • et de reconnecter une partie de la jeunesse aux métiers agricoles.

Vers une meilleure valorisation des productions locales ?

Cette initiative illustre aussi une réflexion plus large autour de la résilience alimentaire du territoire.

En valorisant des produits qui auraient autrement été perdus, l’association remet en circulation une partie de la production agricole locale tout en limitant les déchets.

Le projet montre également que les enjeux agricoles, sociaux et environnementaux sont souvent étroitement liés en Martinique. Derrière la lutte contre le gaspillage se dessinent aussi des questions plus larges : autonomie alimentaire, accès à une alimentation de qualité, soutien aux producteurs locaux, et valorisation des circuits courts. Autant de sujets qui devraient continuer à prendre de l’importance dans les années à venir.

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