
Discours NM – AN Proposition de résolution visant à garantir un accès continu à l’eau potable dans les territoires ultramarins Réduire les pertes, sécuriser les installations et mieux anticiper les sécheresses : l’accès durable à l’eau engage l’avenir de la Martinique. Le discours du 8 octobre de Naïma Moutchou éclaire plusieurs choix qui attendent les territoires ultramarins, entre renouvellement des réseaux, nouvelles technologies et organisation du service.
L’approvisionnement en eau se prépare sur des décennies. Les canalisations, les équipements de traitement et les capacités de stockage doivent répondre aux besoins quotidiens tout en résistant aux conditions climatiques futures. Pour la Martinique, les projections présentées par Météo-France en mars 2026 signalent des périodes sèches plus marquées à l’horizon 2100, selon la trajectoire de réchauffement retenue pour préparer l’adaptation. Elles font apparaître un risque accru de sécheresse, avec des conséquences possibles pour la ressource en eau, les écosystèmes et l’agriculture.
C’est dans cette perspective que peut se lire le discours de Naïma Moutchou sur l’accès continu à l’eau potable en Outre-mer. Le texte, daté du 8 octobre, reconnaît les insuffisances du service et insiste sur la nécessité de faire aboutir les projets engagés. Il accompagne l’examen d’une proposition de résolution finalement rejetée par l’Assemblée nationale.
Préserver l’eau commence par les réseaux
Dans son discours, la ministre des Outre-mer rappelle que sécheresses, cyclones et fortes pluies peuvent fragiliser les installations ou dégrader la qualité de l’eau. Ces aléas se conjuguent avec des difficultés accumulées depuis longtemps :
« Nous payons aussi des années, parfois des décennies, de sous-investissement et de défaut d’entretien. »
Lorsque les équipements sont trop dégradés, explique Naïma Moutchou, la réparation ponctuelle des fuites doit laisser place à des travaux plus importants.
Pour la Martinique, la réduction des pertes constitue ainsi un enjeu de préservation de la ressource autant que de qualité du service. Acheminer davantage de l’eau déjà prélevée et traitée jusqu’aux usagers permet de mieux utiliser les capacités existantes. L’entretien des réseaux, leur renouvellement et la détection des fuites prennent alors toute leur place dans l’adaptation du territoire.
Encore faut-il pouvoir réaliser ces travaux. Le discours souligne le besoin d’ingénieurs, de techniciens et d’entreprises capables de préparer les projets et de conduire les chantiers. La sécurisation de l’eau repose donc aussi sur les compétences disponibles et sur la capacité à entretenir les installations après leur mise en service.
Des solutions à évaluer sur toute leur durée de vie
Dessalement, récupération des eaux de pluie, réutilisation des eaux, détection des fuites : Naïma Moutchou évoque plusieurs pistes, avec des applications différentes selon les territoires. À Mayotte, elle cite le projet « Une cuve, une habitation », destiné à développer la récupération et le stockage des eaux de pluie. À La Réunion, elle mentionne le travail engagé vers la généralisation des compteurs intelligents pour améliorer la gestion des réseaux.
La ministre précise les critères qui doivent guider ces choix :
« Il faut vérifier leur maturité technologique, leur coût, leur consommation énergétique, leur impact environnemental et, bien évidemment, les garanties sanitaires. »
Cette grille d’analyse intéresse directement la Martinique. Elle invite à examiner les dépenses de fonctionnement et d’entretien aussi attentivement que le coût de construction. Une solution doit pouvoir être exploitée durablement, disposer des compétences nécessaires à sa maintenance et fournir une eau adaptée aux usages prévus. Les bénéfices attendus sur l’approvisionnement doivent également être appréciés au regard de l’énergie consommée et des effets sur l’environnement.
Une organisation au service des résultats
La gouvernance constitue l’autre volet du sujet. Dans son discours, Naïma Moutchou cite la loi du 30 juin 2026, qui habilite l’Assemblée de Martinique à créer et à mettre en œuvre une autorité unique de l’eau et de l’assainissement. Cette habilitation ouvre une possibilité d’organisation à l’échelle du territoire.
La ministre y voit un moyen de simplifier la gouvernance et d’améliorer l’efficacité du service. L’intérêt d’une telle organisation se mesurera dans sa capacité à programmer les investissements, coordonner les travaux et assurer l’entretien dans la durée. Pour les habitants, les résultats attendus restent concrets : une alimentation plus régulière, une qualité maîtrisée et un service capable de mieux traverser les périodes difficiles.
« Plus les difficultés sont anciennes, plus nous devons être exigeants sur l’exécution. »
Cette phrase du discours donne un critère de suivi aux engagements publics. Préparer l’eau de demain suppose de rendre visibles, dès aujourd’hui, les travaux réalisés, les pertes évitées et les améliorations obtenues au robinet.
Philippe Pied
Télécharger ICI le discours intégral de Naïma Moutchou en PDF :



