Déchets / Tri

Déchets : pourquoi une borne bien pensée sur le papier peut mal fonctionner sur le terrain

Installer des bornes d’apport volontaire ne suffit pas à garantir une collecte efficace. Dans une réflexion publiée et illustrée par une situation observée sur le territoire de la CACEM, Jean-Yves Bonnaire souligne la difficulté de prévoir les usages réels de ces équipements. Fréquentation, dépôts parasites, coûts de collecte et comportements des usagers peuvent conduire à des résultats très différents de ceux anticipés lors de leur installation.

Une borne destinée à collecter les déchets peut sembler constituer un équipement relativement simple. On détermine un emplacement, on estime le nombre d’utilisateurs potentiels, on dimensionne le dispositif et on organise les tournées nécessaires pour le vider.

Mais entre le fonctionnement prévu et la réalité du terrain, les écarts peuvent être importants.

C’est précisément le constat développé par Jean-Yves Bonnaire dans une publication récente consacrée aux équipements de pré-collecte des déchets ménagers, notamment les bornes d’apport volontaire.

Pour lui, leur installation comporte nécessairement une part d’incertitude. Même lorsque la décision repose sur des études préalables, plusieurs paramètres interviennent simultanément : contraintes techniques, coûts, organisation logistique, caractéristiques du territoire et, surtout, comportements humains.

Des bornes parfois trop peu utilisées

Le premier risque est celui d’une mauvaise estimation de la fréquentation.

Une collectivité peut installer un équipement en anticipant un certain nombre d’utilisateurs, puis constater que les habitants ne l’utilisent pas autant que prévu. L’investissement réalisé se trouve alors questionné au regard de son utilisation réelle.

Mais le phénomène inverse peut également se produire.

Certaines bornes deviennent des points d’attraction pour des déchets qui n’étaient pas censés y être déposés.

Jean-Yves Bonnaire évoque ainsi de véritables « aimants à déchets », en s’appuyant sur une photographie prise sur le territoire de la CACEM. Autour d’un équipement initialement destiné à organiser la collecte peuvent alors apparaître des dépôts supplémentaires, parfois sans rapport avec la fonction première de la borne.

Le dispositif conçu pour améliorer la collecte peut ainsi, dans certaines circonstances, contribuer involontairement à concentrer des dépôts au même endroit.

Deux bornes identiques, deux réalités différentes

Autre difficulté soulevée, la fréquence avec laquelle les équipements doivent être vidés.

Deux bornes apparemment comparables peuvent connaître des niveaux d’utilisation très différents. Cela entraîne des conséquences directes sur l’organisation des tournées, les moyens humains et matériels nécessaires et, finalement, le coût du service.

La question ne consiste donc pas uniquement à savoir combien de bornes installer.

Il faut également comprendre comment elles seront réellement utilisées et être capable d’adapter ensuite l’organisation de la collecte aux comportements observés.

À cela s’ajoute le respect des consignes de tri. Lorsque certains usagers déposent des déchets inadaptés dans un équipement, la qualité du flux collecté peut se dégrader et rendre sa valorisation plus difficile.

La collecte n’est pas seulement une question de logistique

Cette réflexion conduit Jean-Yves Bonnaire à dépasser la seule question des équipements.

La performance de la collecte dépend évidemment des moyens disponibles, du nombre et du type de véhicules, des fréquences de passage ou encore de l’organisation des différents flux.

Mais elle dépend aussi de facteurs beaucoup plus difficiles à modéliser : les habitudes des habitants, les déplacements, les usages d’un quartier, les comportements individuels ou encore les dynamiques sociales propres à chaque territoire.

Une installation techniquement bien dimensionnée peut donc produire des résultats décevants. À l’inverse, un équipement peut connaître une fréquentation bien supérieure à celle qui avait été anticipée.

C’est toute la difficulté d’une politique publique confrontée à des comportements humains qui ne peuvent être totalement prévus.

Observer, expérimenter et corriger

Jean-Yves Bonnaire n’en conclut pas qu’il faudrait renoncer à planifier.

Il défend plutôt une méthode dans laquelle la mise en place d’un équipement constitue le début d’un processus et non son aboutissement.

Il s’agit d’observer ce qui se passe réellement après son installation, d’évaluer les résultats obtenus et, lorsque cela est nécessaire, d’adapter le dispositif.

Emplacement des bornes, capacité, fréquence des collectes, information des habitants ou organisation des tournées peuvent ainsi devoir évoluer en fonction des usages constatés.

Cette approche revient à considérer la gestion des déchets comme un système qui doit être continuellement ajusté plutôt que comme une organisation pouvant être entièrement déterminée à l’avance.

La complexité du terrain peut même, selon lui, devenir un moteur d’innovation, en obligeant les collectivités à apprendre des usages plutôt qu’à chercher à tout prévoir.

Dans un territoire comme la Martinique, où la gestion des déchets constitue un enjeu environnemental mais également financier et organisationnel important, cette réflexion pose finalement une question simple : comment concevoir des équipements publics suffisamment souples pour pouvoir être adaptés aux comportements réels des usagers ?

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