
Souvent discrètes et parfois laissées à l’abandon, les mares jouent pourtant un rôle important dans l’équilibre écologique de la Martinique. Le projet REMA II prévoit d’en restaurer au moins 80 en Martinique et en Guadeloupe entre 2024 et 2026, avec le soutien de plusieurs partenaires, dont la Fondation Albioma.
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Des petites zones humides aux fonctions essentielles
Une mare n’est pas seulement un point d’eau. Ces petites zones humides peuvent retenir temporairement les eaux de pluie, ralentir les ruissellements, contribuer à la régulation des crues et limiter l’érosion. Elles participent également à la filtration de certains polluants présents dans les eaux de surface.
Elles constituent aussi des refuges pour de nombreuses espèces. Amphibiens, insectes aquatiques, oiseaux, mollusques et autres animaux y trouvent des espaces pour s’alimenter, se reproduire ou s’abreuver. Lorsqu’elles sont suffisamment proches, les mares forment un réseau écologique facilitant les déplacements de la faune.
Dans un contexte marqué par des sécheresses plus fréquentes et une perturbation du cycle de l’eau, leur préservation peut donc renforcer, à l’échelle locale, la résilience du territoire.
La Martinique dispose d’un patrimoine important dans ce domaine. En 2015, 1 178 mares et étangs avaient été recensés sur l’île, principalement dans le sud, où les conditions climatiques sont généralement plus sèches.
À l’échelle de la Martinique et de la Guadeloupe réunies, la Fondation Albioma fait état de 4 600 mares répertoriées, formant un vaste réseau de petites zones humides favorables à la biodiversité.
Un patrimoine naturel fragilisé
Malgré leur utilité, les mares restent vulnérables. Certaines disparaissent progressivement sous l’effet du comblement, de l’urbanisation, du manque d’entretien ou de la modification des écoulements d’eau.
Les pollutions, la dégradation des berges et l’abandon de certains usages agricoles peuvent également accélérer leur détérioration. Les périodes de sécheresse prolongées peuvent, quant à elles, entraîner leur assèchement et fragiliser les espèces qui dépendent de ces milieux.
Les espèces exotiques envahissantes constituent une autre menace. Des végétaux comme la jacinthe ou la laitue d’eau peuvent recouvrir rapidement la surface, modifier la qualité du milieu et réduire l’espace disponible pour les espèces locales.
La disparition des mares reste souvent moins visible que celle des mangroves ou des grandes zones humides. Elle peut pourtant entraîner une réduction progressive des habitats naturels et des services écologiques qu’elles rendent au territoire.
REMA II, de l’expérimentation au déploiement
REMA II s’inscrit dans la continuité d’une première phase lancée en 2021 par le Pôle-relais zones humides tropicales, animé par le Comité français de l’UICN.
Cette première étape avait permis d’expérimenter différentes méthodes de restauration sur 12 mares situées en Martinique, en Guadeloupe et à Saint-Martin.
Les interventions menées entre 2022 et 2023 avaient notamment porté sur la gestion des espèces envahissantes, la remise en eau de certains sites, la restauration des berges et l’entretien de la végétation.
Ces expérimentations ont conduit à la publication, en 2023, d’un guide technique consacré à la restauration et à l’entretien des mares des Antilles. Celui-ci doit servir de référence aux propriétaires, collectivités, associations et gestionnaires souhaitant intervenir sur ces milieux.
Avec REMA II, le programme passe désormais à une phase de déploiement plus large.
Au moins 80 mares à restaurer aux Antilles
Le projet vise la restauration et l’entretien d’au moins 80 mares publiques ou privées en Martinique et en Guadeloupe.
Les sites doivent d’abord être identifiés et diagnostiqués afin de déterminer les interventions les plus adaptées. Selon leur état, les travaux pourront concerner la réhabilitation des berges, la gestion de la végétation, la lutte contre les espèces envahissantes ou l’amélioration de leur fonctionnement hydrologique.
Des inventaires de biodiversité et des analyses de l’eau pourront également être réalisés afin d’évaluer l’état des mares et les effets des opérations engagées.
La répartition exacte des 80 sites entre la Martinique et la Guadeloupe n’est toutefois pas précisée dans les informations disponibles. Les communes martiniquaises concernées et le nombre de mares déjà restaurées ne sont pas non plus détaillés.
L’objectif doit donc être présenté comme une cible commune aux deux territoires et non comme un bilan déjà atteint.
Former les acteurs pour assurer l’entretien
La restauration ne constitue qu’une première étape. Sans entretien régulier, une mare peut rapidement se dégrader de nouveau.
REMA II prévoit donc la formation de bénévoles, de gestionnaires, d’amateurs et de professionnels aux méthodes de restauration écologique.
Des actions de sensibilisation doivent également être menées auprès des élus afin que les mares soient davantage prises en compte dans les politiques locales de biodiversité, de gestion de l’eau et d’aménagement.
Les propriétaires, collectivités, associations et riverains sont appelés à participer à la préservation des sites. Des conventions pourront notamment encadrer leur entretien après les travaux.
Cette mobilisation locale sera déterminante pour assurer la continuité des actions engagées et éviter que les restaurations restent ponctuelles.
Un soutien de 74 160 euros de la Fondation Albioma
La Fondation Albioma apporte 74 160 euros au projet. Selon le financeur, cette contribution doit notamment permettre l’achat de matériel et le déploiement des opérations de restauration en lien avec les gestionnaires, les associations et les riverains.
REMA II bénéficie également d’autres soutiens publics et institutionnels, notamment de l’Office français de la biodiversité. L’aide d’Albioma représente ainsi l’une des composantes d’un programme plus large porté par le Pôle-relais zones humides tropicales.
Par leur superficie, les mares peuvent paraître modestes. Leur restauration répond pourtant à plusieurs enjeux importants pour la Martinique : préserver la biodiversité, améliorer localement la gestion de l’eau et renforcer la capacité du territoire à faire face aux effets du changement climatique.
La réussite du programme dépendra désormais du nombre de sites effectivement restaurés et de leur entretien dans la durée.
Source : Fondation ALBIOMA



