Circular and Social Economy

BLICK : des jeunes testent l’entrepreneuriat coopératif face au défi de la mobilité

Pendant trois mois, une dizaine de jeunes accompagnés par la MILCEM et la Coopérative d’Initiatives Jeunes Entrepreneurs ont créé et fait vivre BLICK, un service de mise en relation avec des chauffeurs professionnels pour les déplacements nocturnes et événementiels. Présenté ce vendredi 11 septembre au Lamentin, le bilan de cette première coopérative éphémère de Martinique dépasse les 13 courses et les 1 300 euros de chiffre d’affaires réalisés. L’expérience pose une question plus large : comment permettre à des jeunes de transformer un besoin identifié sur leur territoire en activité économique et, demain peut-être, en entreprise pérenne ?

En Martinique, les difficultés de déplacement ne concernent pas uniquement les trajets domicile-travail. Elles deviennent particulièrement visibles le soir, lorsque l’offre de transport se réduit et que rentrer d’une manifestation, d’un restaurant ou d’une soirée peut devenir compliqué.

C’est à partir de ce constat qu’est né BLICK, pour « Bouge en 1 click ».

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De gauche à droite : Jeanne Mouketemanga animatrice jeunesse CIJE et Ketsia Lepingue, animatrice économique et chargée d’accompagnement à la création d’entreprise CIJE

Le principe est simple. Le client transmet sa demande, aujourd’hui principalement par WhatsApp, et l’équipe recherche parmi son réseau de professionnels du transport le chauffeur disponible correspondant au besoin. Taxis, vans ou motos peuvent être sollicités. Le réseau comprend également des chauffeurs parlant plusieurs langues et des professionnels disposant d’un agrément pour le transport de personnes à mobilité réduite.

Mais derrière ce service se trouve une autre expérimentation : celle de l’entrepreneuriat collectif.

Trois mois pour créer une véritable activité

La MILCEM et la Coopérative d’Initiatives Jeunes Entrepreneurs, CIJE, ont lancé au printemps 2026 la première coopérative éphémère organisée en Martinique.

Le principe consiste à placer les participants dans les conditions réelles de la création d’activité. Pendant quelques mois, ils doivent imaginer une offre, se répartir les responsabilités, prendre des décisions collectivement, trouver des clients, gérer leurs partenaires et réaliser du chiffre d’affaires.

Dans une coopérative, le fonctionnement repose également sur un principe particulier : une personne égale une voix.

La démarche ne vise donc pas seulement à apprendre comment remplir un business plan. Elle confronte directement les participants aux réalités du terrain.

Après plusieurs semaines consacrées à la définition du projet et à la formation, BLICK a officiellement lancé son activité le 16 juin.

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Viviane bleeding CRESS

13 courses et 1 300 euros de chiffre d’affaires

En trois mois d’expérimentation, l’équipe annonce avoir réalisé 13 courses, identifié 24 prospects, servi 14 clients et généré environ 1 300 euros de chiffre d’affaires.

Ces chiffres restent naturellement ceux d’une activité en phase de test. Mais l’enjeu de la coopérative était précisément de vérifier si l’idée pouvait fonctionner dans des conditions réelles.

Les jeunes considèrent avoir validé plusieurs éléments : l’existence d’une demande, la possibilité de travailler avec un réseau de chauffeurs professionnels et la capacité de l’équipe à organiser les demandes et les trajets.

Apprendre aussi quand les choses ne fonctionnent pas

L’intérêt de l’expérience apparaît peut-être encore davantage dans les difficultés rencontrées.

Le système de paiement, d’abord, s’est révélé peu adapté. En l’absence d’une solution intégrée, les clients réglaient directement les chauffeurs, qui reversaient ensuite les sommes à la CIJE. Une organisation difficilement compatible avec une activité appelée à prendre de l’ampleur.

Autre épreuve : l’apparition d’un concurrent sur le marché du transport nocturne et événementiel, disposant notamment de sa propre application et de moyens de communication plus importants.

Pour les jeunes, la confrontation a été brutale, mais elle les a obligés à analyser la concurrence et à revoir certains éléments de leur positionnement.

« On s’est dit : on n’a rien à perdre, autant continuer et se battre », explique l’un des coopérants.

Un autre en tire une conclusion très entrepreneuriale :

« Plus il y a de concurrents, plus il y a de clientèle. »

Une expérience qui change le rapport à l’entrepreneuriat

Communication avec les clients et les chauffeurs, gestion administrative, finances, réseaux sociaux, travail en équipe, recherche de partenaires, adaptation aux imprévus : les participants ont découvert en quelques semaines plusieurs dimensions de la vie d’une entreprise.

Certains ont même dû répondre à des demandes en pleine nuit.

« Des fois à 2h du matin on pouvait nous appeler, on devait répondre quand même. Ça a été une expérience forte, qui nous a montré la réalité de l’entrepreneuriat »,

raconte un coopérant.

Le résultat le plus intéressant se situe peut-être là. Selon l’accompagnement de la MILCEM, aucun des jeunes présents ne prévoyait initialement de s’orienter vers l’entrepreneuriat. Plusieurs disent désormais envisager de créer leur propre activité, que ce soit avec BLICK ou dans d’autres secteurs.

Pour Claudie Vétro, présidente de la MILCEM, la création d’activité constitue précisément l’un des outils possibles de l’insertion : « Nous croyons à l’insertion par la création d’activité, pas forcément d’entreprise, mais d’activité. »

Et maintenant, faire durer BLICK

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La coopérative éphémère s’achève, mais les jeunes ne souhaitent pas nécessairement mettre fin à BLICK.

Ils envisagent désormais quatre chantiers : donner une structure juridique au projet, trouver des financements, améliorer leurs outils et renforcer leurs relations avec les chauffeurs partenaires.

Une association devrait dans un premier temps permettre de poursuivre l’activité avec des moyens limités. Une transformation ultérieure en société pourrait être envisagée si le modèle économique se confirme. La CRESS Martinique accompagne déjà l’équipe dans cette réflexion.

Une application est également à l’étude. Un développeur a été retenu et une recherche de financement doit être engagée. L’objectif serait de disposer d’un outil permettant de simplifier les réservations, le paiement et le suivi des trajets d’ici la fin de l’année 2026.

BLICK souhaite également nouer davantage de relations avec les hôtels, restaurants, agences de voyage, offices de tourisme et organisateurs d’événements.

L’avenir dira si BLICK parvient à devenir une activité économique durable. Mais la première étape aura déjà permis de démontrer autre chose : placer de jeunes Martiniquais face à un problème concret du territoire, puis leur donner quelques mois pour tenter d’y apporter eux-mêmes une réponse, peut faire émerger bien davantage qu’un exercice de formation.

Cela peut faire naître l’envie d’entreprendre.

MV

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