
Obligatoire depuis 2024, le tri des biodéchets reste un défi pour les collectivités. En Martinique, sa généralisation dépend autant de l’accès aux équipements que de leur utilisation et de leur efficacité.
Depuis le 1er janvier 2024, tous les producteurs, particuliers comme professionnels, doivent trier leurs biodéchets à la source, conformément à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC). Dans une infographie, l’Agence de la transition écologique (ADEME) présente les solutions disponibles et les conditions de leur efficacité, des enseignements utiles pour accompagner leur déploiement en Martinique.
Une obligation nationale, des solutions à déployer localement
La généralisation du tri reste incomplète à l’échelle nationale. Selon les données de l’ADEME, environ 50 % de la population avait accès, en 2024, à une solution de tri proposée par sa collectivité. La même année, 56 % des Français déclaraient trier leurs déchets alimentaires et 36 % pratiquaient le compostage.
Ces chiffres soulignent une distinction importante : disposer d’un équipement ne signifie pas nécessairement l’utiliser. L’ADEME estime d’ailleurs que les biodéchets représentent encore un tiers des déchets non triés des Français.
Un constat qui fait écho au potentiel de valorisation des déchets encore présents dans les poubelles grises en Martinique.
En Martinique, plusieurs dispositifs existent déjà. CAP Nord organise notamment une collecte dans les bacs marron au Gros-Morne, à La Trinité, à Sainte-Marie et au Robert. D’autres solutions reposent sur le compostage individuel ou partagé.
Le déploiement de ces dispositifs suppose toutefois d’adapter les moyens disponibles aux caractéristiques des territoires et aux habitudes des usagers.
Collecte séparée et compostage : des réponses complémentaires
L’ADEME distingue deux grandes approches pour gérer les biodéchets. La première repose sur une collecte séparée, organisée en porte-à-porte ou dans des points d’apport volontaire. La seconde privilégie le traitement sur place, notamment à travers des composteurs individuels ou collectifs.
Ces solutions répondent à des contraintes différentes. Le compostage de proximité permet de traiter une partie des matières organiques directement sur leur lieu de production, mais nécessite un entretien régulier.
La collecte séparée demande, de son côté, une organisation logistique et des installations capables de recevoir les déchets récupérés.
Pour la Martinique, leur complémentarité peut notamment dépendre des formes d’habitat, de l’accessibilité des équipements et des capacités locales de traitement.
L’ADEME recommande également de tenir compte des caractéristiques des déchets produits. Les biodéchets comprennent les restes alimentaires, mais aussi les déchets verts issus de l’entretien des espaces végétalisés.
Leur valorisation peut fournir des fertilisants organiques aux agriculteurs et, dans des installations adaptées, permettre la production de biogaz.
Au-delà des équipements, mesurer les résultats du tri
Pour évaluer les dispositifs, l’ADEME retient trois critères :
- l’accès au service
- la pratique
- la performance
Le suivi ne doit donc pas se limiter au nombre de composteurs distribués ou de bacs installés.
Les résultats de CAP Nord illustrent l’intérêt de cette approche. Selon son rapport de développement durable 2025, la collectivité a recueilli 495,37 tonnes de biodéchets, soit une progression de 29,37 % par rapport à 2024.
Cette augmentation doit néanmoins être interprétée avec prudence. CAP Nord évoque une meilleure acceptation des déchets au Centre de valorisation organique (CVO) parmi les explications possibles. Elle ne traduit donc pas nécessairement une hausse équivalente de la participation des habitants.
L’ADEME recommande ainsi de fixer des objectifs quantitatifs et qualitatifs, accompagnés d’indicateurs de suivi. Elle insiste également sur la mobilisation des élus et des usagers, ainsi que sur la présence d’intervenants de terrain pour accompagner les dispositifs collectifs.
Pour le compostage de proximité, le document préconise notamment des partenariats avec les services des espaces verts ou les paysagistes, un brassage régulier des matières et un suivi des installations.
En Martinique, ces recommandations rappellent que la généralisation du tri ne dépend pas uniquement des équipements disponibles. La qualité du service, l’accompagnement des habitants et le suivi des quantités effectivement valorisées restent essentiels pour en mesurer les résultats.
Vous pouvez consulter ici l’infographie de l’ADEME – Biodéchets : comprendre et agir



