Eau & assainissement

Assainissement non collectif : 60 % des foyers martiniquais concernés

Fosses vétustes, rejets directs dans les rivières, risques sanitaires ignorés : en Martinique, la majorité des habitations gèrent leurs eaux usées de façon autonome. Les conditions sont souvent très éloignées des normes. Institutions et collectivités tentent de relever ce défi colossal avec un dispositif d’aides à l’appui.

L’assainissement non collectif : une réalité méconnue et préoccupante

Près de six foyers sur dix ne sont pas raccordés au réseau public en Martinique. Cela représente 58 % des habitations. Ce chiffre ne tient pas compte de ceux qui devraient être raccordés mais qui conservent un dispositif individuel.

À titre de comparaison, la Martinique affiche un taux bien plus élevé que la France métropolitaine. Seulement 21 % des habitants sont concernés au niveau national.

Derrière ce chiffre se cache une réalité plus alarmante encore. Les 80 000 dispositifs d’assainissement non collectif du territoire sont à plus de 90 % non conformes. Dans la zone gérée par la CAESM (Espace Sud), le diagnostic est encore plus sombre : environ 99 % de non-conformité.

Des installations bloquées dans le passé

La fosse septique : un prétraitement insuffisant

Les contrôles réalisés par les Services Publics d’Assainissement Non Collectif (SPANC) révèlent une lacune majeure. L’évolution des dispositifs semble s’être arrêtée avant 1982. C’est l’année où l’arrêté a rendu obligatoire la fosse toutes eaux.

Sur le terrain, le constat est désarmant. Les dispositifs les plus répandus sont constitués d’une simple fosse septique compartimentée. Il n’y a ni traitement, ni aération. Les eaux ménagères sont rejetées directement dans le milieu naturel.

Un point technique que beaucoup ignorent : la fosse toutes eaux n’est pas un dispositif de traitement complet. Il ne s’agit que d’un prétraitement. Un système de traitement complémentaire doit impérativement lui être associé pour constituer une filière d’assainissement complète.

Or dans les mornes et les zones rurales, rares sont les installations qui satisfont à cette exigence.

Des conséquences directes sur les rivières et la mer

Les eaux rejetées ne sont que faiblement traitées. Elles impactent négativement la qualité des eaux de rivière et de mer. La vie aquatique en souffre directement.

Le constat est documenté au niveau du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). Le SDAGE 2016-2021 attribue aux deux tiers l’émission de nutriments. C’est l’une des principales sources de détérioration des milieux aquatiques. Cette émission provient de l’assainissement non collectif.

Coraux, herbiers, poissons et crustacés en paient directement le prix.

Cependant, les dispositifs obsolètes représentent aussi un risque pour la santé humaine. L’impact environnemental est non négligeable. Il est regrettable que l’assainissement soit sorti des préoccupations de certains foyers. Par méconnaissance du sujet, beaucoup ne mesurent pas l’impact désastreux que la non-conformité engendre.

Le DFAP : un filet de sécurité financier pour les particuliers

Jusqu’à 95 % des travaux couverts

Face au poids financier de la mise aux normes, la majorité des particuliers n’ont pas les moyens nécessaires. La réhabilitation d’un dispositif défectueux coûte en moyenne 12 000 euros.

Le Dispositif de Financement de l’Assainissement pour les Particuliers (DFAP) répond précisément à ce blocage. L’aide, plafonnée à 9 500 euros, permet de financer jusqu’à 95 % des travaux de réhabilitation.

De plus, le DFAP est un dispositif multi-partenarial. Il accompagne les propriétaires pour la réhabilitation ou le raccordement au réseau. Il intervient en complémentarité avec les autres aides existantes.

Plusieurs acteurs prennent en charge une partie des dépenses. On retrouve l’Office de l’Eau Martinique (ODE), les établissements publics de coopération intercommunale (CAP Nord Martinique, la CACEM, l’Espace Sud), la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) et la CAF Martinique.

Des zones prioritaires définies, une demande avant travaux

Les aides DFAP s’adressent aux particuliers propriétaires. Vos systèmes de traitement doivent être âgés de plus de 10 ans. Ils doivent aussi être situés sur une zone prioritaire.

Qu’est-ce qu’une zone prioritaire ? C’est une zone identifiée comme ayant un impact important sur la dégradation de la qualité des eaux et de la vie aquatique. Les poissons, crustacés, coraux et herbiers sont concernés.

Attention : la demande doit être adressée au SPANC avant tout démarrage des travaux. C’est une étape obligatoire.

Les SPANC : un maillage complet mais des délais stricts

Bonne nouvelle : les 34 communes de la Martinique sont couvertes par un service public d’assainissement non collectif. Chaque zone a son SPANC référent.

Pour les communes du centre (Fort-de-France, Schoelcher, Le Lamentin et Saint-Joseph), c’est la CACEM, via ODYSSI, qui assure ce service.

En cas de diagnostic défavorable, la loi impose un délai de quatre ans. Les propriétaires doivent procéder aux travaux prescrits. Cela s’applique lorsque la non-conformité représente un danger pour la santé ou un risque environnemental avéré.

Par ailleurs, découvrez comment préserver la qualité de l’eau à la Martinique. Cet enjeu est étroitement lié à l’adoption des bons gestes au quotidien.

Enfin, l’Office de l’Eau Martinique joue un rôle central dans ces démarches. Consultez les initiatives lancées pour mobiliser les acteurs autour de l’eau.

Vers une Martinique mieux assainie

Le chemin vers la mise en conformité reste encore long. Cependant, les outils existent. Les acteurs sont identifiés et mobilisés.

Il appartient désormais aux propriétaires de s’approprier ces dispositifs. C’est une question d’urgence environnementale et sanitaire. Rivières et côtes martiniquaises attendent cette mobilisation.

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