
La Commission Territoriale des Risques Naturels Majeurs de la Martinique (CTRNM) a tenu sa 6e réunion le 23 avril 2026 à Fort-de-France. Deux sujets dominent les échanges : le déploiement des formations obligatoires en entreprise et la nouvelle stratégie de gestion du risque inondation.
La réunion rassemblait élus, représentants de collectivités, acteurs de protection civile et organisations professionnelles. Elle était présidée par David Ursulet, sous-préfet de Saint-Pierre, accompagné de Pierre-Emmanuel Vos, directeur adjoint de la DEAL.
Formations obligatoires : ce que la loi impose aux entreprises
Le déploiement des formations obligatoires sur les risques naturels figure en tête de l’ordre du jour. Ce sujet n’est pas nouveau : un décret de mai 2023 détaille les obligations issues de la loi de février 2022. Cependant, son application effective en Martinique reste entière deux ans après son entrée en vigueur.
Les obligations réglementaires
Les employeurs doivent désormais respecter une double obligation. D’abord, désigner un salarié compétent en protection et prévention des risques professionnels. Ensuite, cette formation doit intégrer un volet prévention des risques naturels.
En outre, les employeurs doivent informer les autres travailleurs. Cela comprend les risques majeurs auxquels ils sont exposés, les mesures de prévention et les comportements à adopter en cas de crise.
Les freins à la mise en conformité
Or, ce contenu doit s’appuyer sur des documents locaux précis. Il faut notamment le Dossier Départemental sur les Risques Majeurs (DDRM) et les Plans de Prévention des Risques Naturels (PPRN). Cependant, seulement 27 communes disposent d’un Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs (DICRIM).
C’est donc un déficit documentaire que certaines entreprises doivent surmonter. Par ailleurs, la sensibilisation doit être renouvelée au minimum une fois par an. Il ne s’agit pas d’une formalité unique, mais d’un processus continu à intégrer à la culture interne.
La stratégie de gestion du risque inondation en Martinique

Le second temps fort concerne la stratégie locale de gestion du risque inondation. La Martinique est régulièrement éprouvée par ce phénomène. L’île connaît des épisodes de pluies intenses, souvent en dehors des périodes cycloniques.
Ces précipitations soudaines entraînent des montées d’eaux brutales. Elles provoquent des inondations localisées avec des pertes humaines et des dégâts matériels considérables. Tragiquement, deux jeunes femmes ont récemment perdu la vie, emportées par les eaux en période de vigilance jaune.
Le TRI Fort-de-France/Lamentin au cœur de la stratégie
Un Territoire à Risque Important d’Inondation (TRI) a été arrêté par le Préfet le 4 janvier 2013 : le TRI Lamentin-Fort-de-France. Ce périmètre concentre les enjeux humains et économiques les plus exposés aux débordements.
Pour ce TRI, la Stratégie Locale de Gestion des Risques d’Inondation (SLGRI) s’étend au bassin versant de la Lézarde. En parallèle, la CTRNM examine l’avancement du 3e cycle de la directive européenne inondation.
Les étapes clés du processus européen
Une mise à disposition du public de documents s’est ouverte du 25 novembre 2024 au 25 mai 2025. Elle porte sur les enjeux de gestion des risques d’inondation pour les années 2028-2033.
Ce troisième cycle implique notamment la révision de l’Évaluation Préliminaire des Risques d’Inondation (EPRI). Il comprend aussi la nouvelle délimitation des TRI. Ces deux étapes orienteront les financements publics à venir.
Le fonds Barnier : financer la prévention locale
La réunion inclut un bilan budgétaire 2025 du Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs, appelé fonds Barnier. Face à des catastrophes naturelles plus fréquentes, les collectivités peuvent bénéficier de ce fonds. Il finance les mesures d’adaptation, de prévention ou de protection des personnes et des biens.
Créé en 1995, le fonds Barnier a vocation à préserver les vies humaines. Il subventionne les mesures de prévention ou de protection exposées aux risques naturels majeurs.
Les financements accessibles aux Martiniquais
Concrètement, le fonds Barnier finance les travaux réalisés par les particuliers et petites entreprises. Cela permet de réduire la vulnérabilité des habitations ou locaux. Il finance aussi le rachat de bâtiments très à risque par les collectivités.
En matière de prévention inondation, les opérations inscrites dans un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) sont éligibles. Elles bénéficient d’un financement entre 40 et 50 % selon l’opération. Cependant, aucun PAPI n’est contractualisé en Martinique à ce jour.
C’est donc un verrou à lever pour accéder pleinement à ces ressources financières essentielles.
Ce que ces décisions changent pour la Martinique
Pour les salariés, l’enjeu est immédiat et concret. L’objectif : développer la culture des risques naturels majeurs. Il s’agit de préparer les travailleurs à agir de façon adaptée en cas de crise. Ils doivent aussi connaître les modalités de gestion des conséquences du risque.
Pour les communes et particuliers exposés, la stratégie inondation ouvre une perspective de planification renforcée. L’horizon fixé est 2033. La CTRNM, instance unique de concertation sur les risques naturels majeurs, joue un rôle de charnière.
Elle lie les obligations réglementaires nationales aux réalités de terrain martiniquaises. Les référents risques majeurs locaux jouent un rôle crucial dans cette mise en œuvre. Reste désormais à transformer ces décisions institutionnelles en actions tangibles au niveau communal et territorial.
Concernant les enjeux hydriques liés, noter que 60 % des foyers martiniquais gèrent leurs eaux usées de façon autonome, ce qui croise directement les préoccupations de gestion des inondations. De plus, le Contrat de Baie de Fort-de-France complète cette stratégie en matière de gestion durable de l’eau et de prévention.



