
Sécheresse, coût des équipements, vieillissement des chefs d’exploitation : la production alimentaire martiniquaise fait face à plusieurs défis à la fois. Lors des deuxièmes Rencontres de la production locale, le 24 septembre à la Fondation Clément, Carrefour Martinique a fixé un objectif de 100 millions d’euros d’achats locaux en 2030 et GBH a lancé « Producteurs d’avenir », un programme d’aide à l’investissement agricole de 1,2 million d’euros sur trois ans. Débouchés, financement, relève : trois leviers pour rapprocher l’assiette des Martiniquais de ce que produit leur territoire.

Produire davantage sur place, c’est dépendre un peu moins des importations, raccourcir le chemin entre le champ et le consommateur et consolider l’économie du territoire. C’est tout l’enjeu de la souveraineté alimentaire, fil rouge de ces rencontres qui ont réuni producteurs, transformateurs, distributeurs et institutions.
Un débouché qui grandit
En mars 2023, Carrefour Martinique s’était engagé à augmenter de 30 % ses achats de produits locaux d’ici 2028. Le bilan présenté à la Fondation Clément montre une progression de 62 millions d’euros fin 2022 à 79 millions fin 2025 : l’objectif est presque atteint, trois ans avant l’échéance. Christophe Bermont, responsable des enseignes Carrefour en Martinique, fixe désormais un nouveau cap, 100 millions d’euros d’achats annuels en 2030.

Pour les producteurs, ce débouché n’a de sens que s’il est prévisible. Il leur faut pouvoir anticiper leurs volumes, investir et compter sur des débouchés stables. D’où la volonté de développer les contrats avec les fournisseurs locaux et de construire, selon Christophe Bermont, « un prix juste, un prix qui permette à l’agriculteur, notamment, de vivre de sa production ».
Rapprocher l’assiette du champ, c’est aussi rendre l’île moins vulnérable.
Circuits courts et petits producteurs
Deux autres engagements de 2023 ont été passés en revue. Des espaces ont été aménagés en magasin pour aider de petits producteurs à se faire connaître et à accéder aux rayons. Un fonds de soutien à la production locale, créé avec la Chambre d’agriculture et d’autres partenaires, a mobilisé 300 000 euros depuis sa création et bénéficié à plus de treize producteurs ou agriculteurs, selon le bilan présenté par Stéphane Hayot. Au Vauclin, l’ouverture du supermarché en 2025 a permis d’expérimenter des livraisons directes depuis des exploitations de la commune, un circuit court du champ au rayon.

Sécheresse et coûts, les fragilités du modèle
La première table ronde a rappelé les limites de l’exercice. Les producteurs ont évoqué la sécheresse, le coût des investissements et les délais qui freinent certains projets. Autant de contraintes qui montrent que produire local suppose aussi de s’adapter au climat et d’en avoir les moyens.
La discussion a porté sur l’organisation des filières et sur le partage de la valeur entre ceux qui produisent, transforment et vendent. Un débouché supplémentaire ne suffit pas si l’exploitation ne peut financer son équipement ou si le prix obtenu ne couvre pas durablement son activité. « La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se travaille ensemble », a résumé Christophe Bermont.
Une agriculture capable de traverser la sécheresse est d’abord une agriculture capable d’investir.
1,2 million d’euros pour investir dans quatre territoires

C’est à cette question du financement que répond « Producteurs d’avenir », présenté par Stéphane Hayot, directeur général de GBH, en clôture des échanges. Le groupe y consacrera 1,2 million d’euros sur trois ans, à raison de 100 000 euros par an dans chacun des quatre territoires concernés, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion. Les projets agricoles et d’élevage soutenus pourront porter sur une installation, l’achat d’outils de travail ou la modernisation d’une activité, des dépenses souvent difficiles à financer par les voies bancaires habituelles, en particulier pour les petites structures.
Distinct du fonds de Carrefour Martinique, le programme est porté à l’échelle de GBH et dispose de son propre budget. La sélection se fera sur chaque territoire avec des acteurs du monde agricole et des institutions, afin de tenir compte des besoins locaux. Le montant attribué à chaque projet n’a pas été précisé. « Nous restons un client engagé de la production locale. Nous devenons aussi directement un partenaire de son développement en soutenant l’investissement », a déclaré Stéphane Hayot.

- Porteur : GBH
- Budget : 1,2 million d’euros sur trois ans, soit 100 000 euros par an et par territoire
- Territoires : Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion
- Projets éligibles : installation, équipement ou modernisation d’activités agricoles et d’élevage
- Ouverture des candidatures : 30 septembre
- Premiers lauréats : d’ici la fin de l’année
Préparer la relève, un enjeu pour 2050

Produire local dans la durée suppose aussi des femmes et des hommes pour le faire. L’âge moyen des chefs d’exploitation agricole atteignait 56 ans en 2020, contre 52 ans dix ans plus tôt, a-t-il été rappelé en ouverture de la deuxième table ronde. La transmission des exploitations devient une question immédiate, tout comme l’attractivité des métiers.
Charles Larcher a élargi le propos à l’industrie martiniquaise, notamment agroalimentaire : maintenance, qualité, gestion, commerce, logistique, les compétences recherchées dépassent largement la production. Le parcours de Lisa Romani a donné un visage à la transformation locale. Avec sa sœur Fiona, elle a développé une activité de produits capillaires née d’une idée familiale, jusqu’à l’accès aux rayons de Carrefour après un prix obtenu dans un concours d’innovation.
Les agriculteurs de 2050 sont aujourd’hui sur les bancs de l’école.
Christophe Bermont souhaite bâtir avec le rectorat un dispositif de découverte des métiers, de la maternelle au lycée, avec des rencontres entre élèves et professionnels et des visites d’exploitations et d’entreprises. Un représentant de l’académie a rappelé que des projets scolaires, dont des mini-entreprises créées autour de produits du territoire, offrent déjà une première expérience aux élèves. Les modalités du partenariat restent à définir avec les établissements et les professionnels volontaires.
Débouchés, financement, relève : les annonces de la Fondation Clément dessinent une feuille de route avec deux échéances, le 30 septembre pour les candidatures à « Producteurs d’avenir », puis 2030 pour l’objectif d’achats de Carrefour Martinique. Pour une Martinique plus autonome sur le plan alimentaire, la suite dépendra du travail engagé sur les prix, les contrats, la formation et l’organisation des filières.
Source : 2es Rencontres de la production locale, Carrefour Martinique et GBH, Fondation Clément, 24 septembre 2026.



