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Biodiversité : les Outre-mer en première ligne face au recul des espèces

L’état de conservation des espèces continue de se dégrader en France. Le nouvel Indice Liste rouge publié en 2026 par PatriNat et l’Office français de la biodiversité montre une baisse de 2,55 % entre 2008 et 2023. Les territoires d’Outre-mer figurent parmi les plus exposés. En Martinique, où une partie de la biodiversité n’existe nulle part ailleurs, ce constat pose directement la question du patrimoine naturel que nous voulons préserver à l’horizon 2050.

La baisse de 2,55 % peut sembler limitée. Elle ne l’est pas. L’Indice Liste rouge, ou RLI, ne compte pas simplement les animaux et les plantes présents sur un territoire. Il mesure l’évolution de leur niveau de menace. Lorsqu’il diminue, cela signifie que, globalement, les espèces évaluées se rapprochent davantage du risque d’extinction.

Le rapport publié en avril 2026 agrège les groupes d’espèces ayant bénéficié d’au moins deux évaluations dans le cadre de la Liste rouge nationale. Son constat est clair : l’état de conservation recule dans l’ensemble de la biodiversité française, avec des signaux particulièrement préoccupants pour la flore et les territoires ultramarins. À La Réunion, par exemple, l’indice de la flore vasculaire a diminué de 4,31 % entre 2010 et 2023.

Des territoires riches, mais plus vulnérables

Les îles abritent souvent des espèces qui ne vivent nulle part ailleurs. Cette singularité constitue une richesse exceptionnelle, mais aussi une fragilité. Une espèce présente sur quelques kilomètres carrés peut être fortement affectée par la disparition de son habitat, le changement climatique ou l’arrivée d’une espèce exotique envahissante.

La Martinique illustre parfaitement cette situation. En 2020, la Liste rouge de la faune martiniquaise avait évalué 427 espèces indigènes. Près de 15 % étaient considérées comme menacées, 15 espèces avaient déjà disparu, 62 étaient classées menacées et 56 quasi menacées. Ces chiffres montrent que la dégradation de la biodiversité n’est pas une menace abstraite ou lointaine.

La Martinique possède un patrimoine naturel unique

Orchidée sauvage en milieu forestier, flore menacée

Les volcans et forêts de la Montagne Pelée et des Pitons du nord, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2023, donnent la mesure de cette richesse. Le site abrite notamment l’Allobate de la Martinique et l’Oriole de Martinique, deux espèces endémiques strictes. Sa flore compte également un nombre remarquable d’espèces propres aux Petites Antilles, dont certaines ne sont présentes qu’en Martinique.

Cette biodiversité est pourtant soumise à plusieurs pressions. Le projet REFEM, conduit par l’OFB et l’ONF dans le nord de l’île, a notamment confirmé la présence très large de mammifères exotiques. Sur plus de 230 000 photographies analysées, dix espèces de mammifères exotiques ont été identifiées. Le rat noir, la mangouste, le raton laveur et l’opossum commun sont présents dans une grande partie de la zone étudiée, y compris dans des secteurs naturels reculés.

Quel patrimoine naturel en 2050 ?

Pour la Martinique, le nouvel indicateur national constitue donc moins un classement qu’un avertissement. Préserver la biodiversité suppose de protéger les espèces, mais aussi les milieux dont elles dépendent : forêts, mangroves, rivières, zones humides, herbiers et récifs coralliens. Cela implique également de mieux contrôler les espèces invasives, de limiter la fragmentation des habitats et de renforcer le suivi scientifique.

À l’horizon 2050, l’enjeu est simple à formuler : éviter qu’une richesse naturelle reconnue aujourd’hui comme exceptionnelle ne devienne demain un patrimoine décrit seulement dans les inventaires. Sur une île, la disparition d’une espèce endémique peut être définitive à l’échelle de la planète.

Philippe Pied

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