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Budget 2027 et transition écologique en Martinique

Le Gouvernement annonce une hausse des crédits de l’Écologie en 2027, après l’annulation de 157,5 millions d’euros en 2026. Pour la Martinique, ces mouvements nationaux ne peuvent pas être lus mécaniquement. Le financement de l’électricité dans les zones non interconnectées obéit à un régime particulier. L’enjeu sera de savoir quels moyens soutiendront réellement l’énergie, l’adaptation climatique, les risques naturels et les mobilités sur le territoire.

Une hausse annoncée mais encore indéterminée

Sébastien Lecornu a annoncé que l’Écologie ferait partie des rares budgets appelés à progresser en 2027, avec la Défense, la Justice, l’Intérieur et la Recherche. Le montant doit être présenté le 1er octobre dans le projet de loi de finances pour 2027. À ce stade, cette orientation ne dit rien de la répartition entre les programmes ni de la part susceptible d’atteindre les Outre-mer.

Le projet de loi de finances ouvrira ensuite le débat parlementaire. Les crédits pourront évoluer pendant les soixante-dix jours d’examen prévus par la procédure budgétaire. Pour mesurer l’effet sur la Martinique, il faudra également distinguer le budget d’un ministère de celui d’une mission, les autorisations d’engagement des crédits de paiement, ainsi que les dépenses budgétaires des mécanismes de financement affectés.

Pour la Martinique, l’enjeu n’est pas seulement la hausse annoncée, mais la part des moyens réellement mobilisable sur le territoire.

Le décret de septembre en chiffres

Le décret du 10 septembre 2026, publié le lendemain au Journal officiel, annule 500 millions d’euros de crédits de paiement sur le budget de l’État. La mission « Écologie, développement et mobilité durables » en supporte 157 493 772 euros, soit 31,5 % du total et la plus forte annulation parmi les missions concernées. Le texte retire également 138 411 246 euros d’autorisations d’engagement à cette mission.

La loi de finances initiale pour 2026 avait ouvert 22,76 milliards d’euros de crédits de paiement pour cette mission. L’annulation représente donc environ 0,7 % de son montant initial. Les deux lectures doivent être conservées : l’Écologie est la première cible du décret, mais la réduction reste inférieure à 1 % du budget initial de la mission.

Le programme « Service public de l’énergie » concentre 142,49 millions d’euros de crédits de paiement annulés, soit 90,5 % de la coupe écologique. Les autres retraits concernent notamment la prévention des risques, pour 8,38 millions d’euros, et l’expertise géographique et météorologique, pour 2,07 millions. Le décret indique les montants par programme, mais ne détaille ni les opérations touchées ni leur répartition territoriale.

L’article 14 de la loi organique relative aux lois de finances autorise ces annulations pour prévenir une détérioration de l’équilibre budgétaire ou lorsque des crédits sont devenus sans objet. Le texte du 10 septembre ne précise pas le motif retenu pour chaque programme. Il ne permet donc pas de conclure à l’abandon d’un projet précis en Martinique.

Une lecture particulière pour l’énergie en Martinique

La concentration de la coupe sur le service public de l’énergie pourrait laisser penser que la Martinique est directement concernée. Ce rapprochement serait trop rapide. La Martinique fait partie des zones non interconnectées au réseau électrique de l’Hexagone. Or, la Commission de régulation de l’énergie précise que, depuis août 2025, les charges de service public de l’énergie dans ces zones, à l’exception de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, ne sont plus inscrites au budget de l’État. Elles sont compensées aux opérateurs par une part affectée de l’accise sur l’électricité et les combustibles fossiles.

Pour 2027, la Commission de régulation de l’énergie évalue le soutien aux zones non interconnectées à 3,51 milliards d’euros, hors dispositifs sociaux. Cette prévision augmente de 243,6 millions d’euros, soit 7 %, par rapport à la prévision actualisée pour 2026. Sur ce total, 2,22 milliards relèvent de la transition énergétique et 1,29 milliard des mécanismes de solidarité. Ces chiffres couvrent l’ensemble des zones non interconnectées et ne donnent pas le montant propre à la Martinique.

Les 142,49 millions d’euros annulés sur le programme énergétique national ne peuvent pas être présentés comme une perte équivalente pour la Martinique.

Des moyens à relier aux projets du territoire

Dans les zones non interconnectées, les charges de service public de l’énergie couvrent notamment les surcoûts de production et d’achat d’électricité, les actions de maîtrise de la demande, les unités de stockage et certaines études nécessaires aux projets énergétiques. Ces mécanismes sont essentiels pour un territoire encore dépendant des combustibles importés et dont le réseau doit absorber une part croissante de production renouvelable.

Le financement doit aussi être rapproché de la planification du réseau. Un décret du 22 mai 2026 a modifié les règles applicables aux schémas de raccordement des énergies renouvelables dans les zones non interconnectées, dont la Martinique. Il impose une meilleure articulation avec la programmation pluriannuelle de l’énergie et prévoit la révision des schémas existants dans un délai de dix-huit mois. La disponibilité des crédits ne suffira donc pas si les capacités de raccordement, le stockage et la maîtrise de la demande n’avancent pas au même rythme.

Les autres programmes concernés par les annulations méritent également une attention locale. La prévention des risques et l’observation météorologique participent directement à l’anticipation des cyclones, des inondations, des mouvements de terrain et des effets du changement climatique. Là encore, aucun document publié ne permet d’isoler une conséquence budgétaire pour la Martinique.

Les points à vérifier dans le budget 2027

  • le montant total de la hausse et son évolution à périmètre constant par rapport à 2026 ;
  • la répartition entre énergie, prévention des risques, adaptation climatique, mobilité et opérateurs ;
  • les crédits et dispositifs effectivement accessibles aux collectivités, entreprises et associations martiniquaises ;
  • l’évolution des mécanismes propres aux zones non interconnectées, notamment le stockage et la maîtrise de la demande ;
  • la programmation pluriannuelle et la territorialisation des financements dans les Outre-mer.

Du budget national à la capacité d’action

L’annonce d’une hausse en 2027 constitue un signal favorable, mais elle ne permet pas encore d’évaluer la trajectoire écologique du territoire. Pour la Martinique, la lecture devra partir de résultats concrets : projets financés, capacités renouvelables raccordées, stockage installé, consommations évitées, infrastructures protégées et solutions de mobilité mises en œuvre.

Les infrastructures énergétiques et les équipements de protection décidés en 2027 resteront en service bien au-delà de l’exercice budgétaire. Le projet de loi de finances devra donc être lu à l’échelle des besoins immédiats, mais aussi de la trajectoire de la Martinique vers 2050.

Sources officielles

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