Déchets / Tri

Déchets en Martinique : Élus, ADEME et acteurs du recyclage au plus près du terrain

Une demi-journée de travail a été organisée ce lundi 29 juin au centre de tri des emballages de Ducos, autour d’une question très concrète : que deviennent réellement nos déchets en Martinique ? L’initiative, portée par l’ADEME Martinique, Martinique Recyclage et Entreprises Environnement, s’inscrit dans la Quinzaine du Réseau des élus pour agir. Elle intervient dans un contexte où la gestion des déchets reste l’un des grands défis environnementaux, économiques et territoriaux de l’île.

La question est simple, mais elle engage toute l’organisation du territoire :

que deviennent nos déchets une fois déposés dans une poubelle, une borne, une déchèterie ou un point de collecte ?

C’est autour de cette interrogation que la Direction régionale de l’ADEME, Martinique Recyclage et Entreprises Environnement ont donné rendez-vous aux élus de Martinique, ce lundi 29 juin 2026, de 8h30 à 11h30, au centre de tri des emballages, situé en zone Canal Cocotte à Ducos.

Une rencontre réservée aux élus

Cet événement est dédié aux élus. Le nombre de places limité à 40, atraduit la volonté des organisateurs de privilégier un format de proximité, avec échanges directs, visites sur site et réponses concrètes aux questions des participants.

Comprendre le parcours réel des déchets

Au programme de cette demi-journée : information, échanges et visites. L’objectif est de mieux comprendre l’ensemble de la chaîne de gestion des déchets en Martinique, depuis le geste de tri jusqu’aux différents exutoires.

Les participants ont abordés plusieurs sujets essentiels : la gestion des déchets sur le territoire, les différents modes de traitement, les solutions de valorisation, le compostage domestique, les filières REP, c’est-à-dire les filières de Responsabilité élargie du producteur, ainsi que l’application OTRI, qui permet d’orienter les usagers vers les bons points de collecte.

La rencontre était composée aussi de deux visites importantes :

  • celle du centre de tri des emballages
  • celle de l’unité de recyclage du plâtre.

Le centre de tri, maillon central du geste quotidien

Le centre de tri des emballages de Ducos est un site stratégique. C’est là qu’arrivent les emballages issus du tri sélectif, avant d’être séparés, orientés et préparés pour les filières de recyclage ou de valorisation.

Cette visite a permit aux élus de visualiser concrètement ce qui se passe après le dépôt dans les bacs ou bornes de tri. Elle a été aussi l’occasion de mieux comprendre les erreurs fréquentes, les contraintes techniques, les limites du système et les efforts nécessaires pour améliorer la qualité du tri.

Pour les collectivités, cette étape est essentielle. Un tri mal réalisé peut entraîner des refus, des coûts supplémentaires et une moindre valorisation des matières. À l’inverse, un meilleur geste de tri permet de réduire les volumes destinés à l’enfouissement ou à l’incinération, tout en renforçant les filières locales.

Le recyclage du plâtre, un exemple de filière locale

La visite de l’unité de recyclage du plâtre a constitué un autre temps fort de cette demi-journée. Le plâtre est un déchet important, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux. Sa prise en charge pose des enjeux spécifiques, car il ne peut pas être traité comme un déchet ordinaire.

La mise en place d’une solution locale de recyclage permet de réduire les exportations de déchets, de limiter les coûts logistiques et d’inscrire davantage la Martinique dans une logique d’économie circulaire. Pour un territoire insulaire, cette question est déterminante : chaque filière locale évite, lorsque c’est possible, de dépendre uniquement d’exutoires extérieurs.

Les filières REP, un enjeu encore mal connu

La rencontre a également abordée les filières REP, Responsabilité élargie du producteur. Le principe est le suivant : les producteurs, importateurs ou distributeurs de certains produits doivent contribuer à la gestion de leur fin de vie.

Ces filières concernent de nombreux déchets du quotidien : emballages, piles, équipements électriques, mobilier, textiles, produits chimiques, pneumatiques, matériaux du bâtiment, entre autres. Elles sont essentielles pour organiser la collecte, le tri et le traitement de déchets qui ne doivent pas se retrouver dans les circuits classiques.

En Martinique, leur déploiement présente des particularités fortes : éloignement géographique, taille du marché, coûts de transport, besoin d’infrastructures adaptées, nécessité d’information du public. Pour les élus, mieux connaître ces dispositifs est indispensable afin d’accompagner les administrés, les entreprises et les associations locales.

OTRI, un outil pratique pour mieux orienter les usagers

L’application OTRI fait partie des outils présentés. Elle permet de géolocaliser les points de collecte en Martinique et d’identifier les solutions disponibles selon le type d’objet ou de déchet : donner, réparer, recycler ou déposer au bon endroit.

Son intérêt est très concret. Beaucoup d’habitants ne savent pas toujours où déposer un appareil électrique, un meuble, des piles, des vêtements, des matériaux ou des objets encore utilisables. OTRI vise à simplifier ce geste, en rapprochant l’information de l’usager.

Pour les collectivités, ce type d’outil peut aussi devenir un relais utile de sensibilisation. Il permet d’éviter les dépôts sauvages, d’orienter les flux vers les bons acteurs et de favoriser le réemploi lorsque l’objet peut encore servir.

Le compostage domestique au cœur de la réduction des déchets

Autre thème abordé : le compostage domestique. Il s’agit d’un levier important, car une partie significative des déchets produits par les ménages est composée de biodéchets : restes alimentaires, épluchures, déchets de jardin.

Lorsque ces déchets sont compostés, ils ne sont plus envoyés dans les circuits classiques de traitement. Ils peuvent au contraire redevenir une ressource pour les jardins, les sols et certaines pratiques agricoles ou domestiques.

En Martinique, où les enjeux de foncier, de transport, de stockage et de valorisation sont particulièrement sensibles, la réduction à la source reste une priorité. Le compostage ne règle pas tout, mais il permet d’agir très concrètement au niveau des foyers, des quartiers, des écoles, des jardins partagés et des collectivités.

Une question de territoire, pas seulement de technique

Cette demi-journée ne se limite pas à une visite d’équipement. Elle pose une question plus large :

comment organiser, sur une île, une gestion des déchets plus efficace, plus lisible et plus responsable ?

La Martinique doit composer avec des contraintes fortes : espace limité, coûts élevés, flux dispersés, nécessité de réduire les déchets ultimes, besoin de structurer des filières locales, sensibilisation permanente des habitants et des entreprises.

Dans ce contexte, les élus ont un rôle central. Ils sont en première ligne pour expliquer les consignes, soutenir les équipements, relayer les bonnes pratiques, intégrer la gestion des déchets dans les politiques publiques et accompagner les changements d’habitudes.

Une pédagogie indispensable

La rencontre organisée à Ducos rappelle aussi une évidence : pour bien trier, il faut comprendre. Comprendre où vont les déchets, ce qu’ils deviennent, pourquoi certains gestes sont utiles et pourquoi d’autres compliquent le travail des opérateurs.

Le tri n’est pas seulement une consigne administrative. C’est une chaîne collective. Elle commence dans les foyers, les entreprises, les administrations et les écoles. Elle se poursuit dans les camions, les centres de tri, les unités de valorisation, les filières spécialisées et les solutions de recyclage.

En réunissant élus, acteurs institutionnels et professionnels de terrain, l’ADEME, Martinique Recyclage et Entreprises Environnement veulent contribuer à rendre cette chaîne plus visible. C’est une condition nécessaire pour améliorer les pratiques et renforcer la confiance du public.

Un rendez-vous utile pour les décideurs locaux

À quelques mois de nouvelles échéances et dans un contexte où les questions de transition écologique occupent une place croissante dans les politiques publiques, cette demi-journée s’inscrit dans une démarche très opérationnelle.

Elle permet aux élus de repartir avec une vision plus précise des outils existants, des contraintes de terrain et des marges de progrès. Elle doit aussi favoriser un dialogue direct avec les acteurs qui traitent, valorisent, recyclent ou orientent les déchets au quotidien.

La gestion des déchets est souvent perçue à travers ses dysfonctionnements : dépôts sauvages, encombrants, saturation, incivilités, coûts. Cette rencontre permet de regarder aussi l’autre face du sujet : les filières qui se structurent, les équipements qui fonctionnent, les solutions locales qui progressent et la nécessité d’un engagement partagé.

Car derrière la question « que deviennent nos déchets ? », une autre question se pose :

quelle Martinique voulons-nous construire, dans notre manière de produire, consommer, jeter, réemployer et valoriser ?

Philippe PIED

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