
Entre 2019 et 2025, le recouvrement corallien moyen a diminué de 61 % sur les cinq stations suivies en Martinique dans le cadre du réseau GCRMN. Cette tendance montre que la dégradation des récifs ne se limite pas aux deux épisodes de blanchissement survenus en 2023 et 2024. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus longue, marquée par l’accumulation de plusieurs pressions successives.
En 2025, les communautés benthiques observées sur ces stations sont dominées par les peuplements algaux. Trois sites présentent alors une couverture corallienne inférieure à 5,5 %, signe d’un recul particulièrement avancé des coraux sur une partie du réseau suivi.
Une fragilisation engagée avant les canicules marines
Les récifs martiniquais étaient déjà affaiblis avant les épisodes de blanchissement de 2023 et 2024. Le bilan publié par l’IFRECOR relie la tendance observée à plusieurs phénomènes, notamment à la maladie de perte de tissu des coraux durs, connue sous le nom de SCTLD, entre 2019 et 2023.
Cette maladie a précédé les deux canicules marines qui ont ensuite provoqué des blanchissements massifs aux Antilles françaises. Les coraux ont ainsi été soumis à une succession de perturbations, sans véritable période prolongée de répit.
Le blanchissement intervient lorsque des températures marines anormalement élevées placent les coraux en situation de stress. Mais dans le cas martiniquais, les épisodes récents ne se sont pas produits sur des récifs indemnes. Ils ont touché des communautés déjà confrontées à plusieurs années de dégradation.
Le rapport reste prudent sur les liens de causalité et indique que le recul mesuré peut être associé à l’effet cumulé des maladies coralliennes et des blanchissements successifs. Il met toutefois en évidence une continuité entre la fragilisation engagée à partir de 2019 et l’état observé en 2025.
En 2025, les algues gagnent du terrain
La baisse du recouvrement corallien ne se traduit pas seulement par la disparition de colonies. Elle modifie aussi la composition des fonds marins.
Sur les cinq stations martiniquaises suivies dans le cadre du réseau GCRMN, les peuplements algaux dominent désormais les communautés benthiques. Cette évolution révèle un changement d’équilibre : à mesure que la couverture corallienne diminue, les algues occupent une place plus importante sur les surfaces disponibles.
Trois stations présentent une couverture corallienne inférieure à 5,5 %. Ces niveaux ne décrivent pas l’ensemble des récifs de l’île, mais ils donnent une indication précise de l’état des sites concernés par les suivis.
À l’échelle des Antilles françaises, le rapport note également que certaines stations affichent en 2025 des recouvrements coralliens inférieurs à 5 %, les plus faibles enregistrés depuis le début des observations. La Martinique s’inscrit donc dans une dégradation plus large des communautés récifales de l’archipel.
Aucun retour aux niveaux antérieurs n’apparaît encore
Le rapport n’affirme pas que les récifs martiniquais sont définitivement incapables de se reconstituer. Les données disponibles montrent toutefois qu’en 2025, aucun retour vers les niveaux de recouvrement observés avant les crises récentes n’est encore visible sur les stations concernées.
La succession des pressions complique la récupération. Après plusieurs années marquées par les maladies coralliennes, le blanchissement de 2023 a été suivi dès l’année suivante par un nouvel épisode, plus intense à l’échelle antillaise et étendu sur près de quatre mois.
Cette répétition réduit le temps dont disposent les communautés pour se stabiliser entre deux perturbations. Elle intervient aussi dans un contexte où la couverture corallienne est déjà faible et où les peuplements algaux sont devenus dominants sur plusieurs sites.
Les résultats observés entre 2019 et 2025 ne décrivent donc plus uniquement les conséquences de deux événements exceptionnels. Ils témoignent d’une dégradation installée dans le temps, alimentée par des pressions successives et par l’absence, à ce stade, d’un rétablissement visible sur les stations suivies.
En 2025, la faiblesse du recouvrement corallien et la progression des algues montrent que l’équilibre des récifs a profondément changé. La question n’est désormais plus seulement de mesurer les pertes après chaque épisode, mais de suivre la capacité de ces écosystèmes à retrouver, ou non, une trajectoire de récupération.



