Waste / Recycling

Déchets en Martinique : le potentiel inexploité de la poubelle grise

Une fois déposés dans la poubelle grise, les déchets semblent avoir atteint la fin de leur parcours. Pourtant, une grande partie de son contenu pourrait encore être compostée, recyclée ou orientée vers une collecte spécialisée. La campagne MODECOM conduite en 2024 par l’ADEME révèle qu’environ deux tiers des ordures ménagères résiduelles de Martinique pourraient être détournés de ce flux. Un potentiel estimé à 83 700 tonnes par an.


Une poubelle encore loin d’être résiduelle

Pour établir cette photographie, 146 échantillons ont été caractérisés sur les territoires de CAP Nord, de la CACEM et de la CAESM. L’étude porte sur les ordures ménagères résiduelles, mais aussi sur les recyclables secs, les biodéchets, les encombrants, certains déchets d’activités économiques et les dépôts sauvages.

En moyenne, les ordures ménagères résiduelles représentent 347,1 kg par habitant et par an. Cette estimation repose sur la composition observée pendant la campagne de 2024, appliquée aux tonnages de collecte de 2022.

Le contenu de cette poubelle se répartit ainsi :

  • 32,6 % de biodéchets ;
  • 29 % de papiers, emballages et verre relevant des collectes sélectives ;
  • 8,5 % de déchets concernés par des collectes à développer ;
  • 5,2 % de textiles, déchets électriques ou déchets ménagers spéciaux relevant d’autres collectes existantes ;
  • 24,6 % de déchets résiduels.

Seuls 85,4 kg par habitant sont donc considérés comme véritablement résiduels. Le reste correspond à des matières qui pourraient théoriquement être évitées, compostées, recyclées ou confiées à des filières spécifiques.

Les biodéchets constituent le premier levier

With 113,3 kg par habitant et par an, les biodéchets forment la première composante de la poubelle grise. Ils comprennent les déchets alimentaires, les restes de préparation, les produits encore emballés et certains déchets de jardin.

L’ADEME estime que l’amélioration du tri à la source permettrait de détourner jusqu’à 33 000 tonnes de biodéchets par an.

La prévention du gaspillage alimentaire pourrait également réduire les ordures ménagères de près de 8 000 tonnes, tout en limitant les dépenses supportées par les ménages. Ce second potentiel est toutefois compris dans le gisement global des biodéchets et ne doit pas lui être automatiquement ajouté.

Une partie de ces matières est déjà prise en charge par le compostage de proximité ou par des collectes séparées. Mais la majorité rejoint encore les ordures résiduelles, puis l’incinération ou l’enfouissement.

La collecte des biodéchets étudiée par le MODECOM reste limitée à une partie de CAP Nord et de la CAESM. Elle ne capte qu’environ 17 kg par habitant et par an, principalement des déchets de jardin. Son contenu est néanmoins conforme à 92 %.

L’enjeu consiste donc à combiner plusieurs solutions selon les caractéristiques de l’habitat : compostage individuel, sites partagés, collecte en porte-à-porte ou points d’apport volontaire.

Le tri progresse, mais les recyclables échappent encore aux bonnes collectes

Les papiers, emballages et bouteilles en verre représentent 100,8 kg par habitant dans les ordures ménagères. L’amélioration du tri pourrait détourner environ 25 000 tonnes par an vers la poubelle jaune et 11 500 tonnes vers la collecte du verre.

Les taux de captage restent pourtant faibles. En 2024, seuls 19 % des recyclables secs and 25 % des emballages en verre sont orientés vers la bonne collecte. La progression est réelle : en 2012, seulement 8 % des recyclables étaient correctement triés.

La poubelle jaune contient cependant encore environ un quart de déchets indésirables, soit près de 1 600 tonnes par an. On y retrouve notamment du verre, des textiles, des déchets électriques et des matières qui relevaient, au moment de l’étude, de l’extension des consignes de tri.

Depuis 2012, les quantités de recyclables conformes ont augmenté de 2 628 tonnes par an. Dans le même temps, les erreurs de tri ont progressé de 863 tonnes. Ces résultats ne renvoient donc pas seulement aux gestes des habitants. Ils interrogent également la lisibilité des consignes, l’accessibilité des équipements et l’organisation des collectes.

Transformer un potentiel en capacités réelles

L’étude élargit enfin son analyse à l’ensemble des flux caractérisés, y compris les encombrants, les déchets verts et certains déchets d’activités économiques. Sur environ 200 800 tonnes prises en compte, elle évalue un potentiel théorique de 73 832 tonnes pour la valorisation matière and 65 953 tonnes pour la valorisation organique.

À cela s’ajoutent 51 631 tonnes susceptibles d’être orientées vers la valorisation énergétique et 4 975 tonnes relevant de traitements spécifiques dans le cadre des filières à responsabilité élargie du producteur. Seules 4 421 tonnes, soit environ 2 % de l’ensemble étudié, sont classées parmi les déchets sans solution de valorisation identifiée.

Ces estimations correspondent à un scénario maximal. Elles supposent que les matières soient intégralement captées et correctement triées, mais aussi que les installations, les filières et les débouchés nécessaires soient disponibles.

Les tonnages de référence datent par ailleurs de 2022 pour la plupart des flux et de 2023 pour les déchets d’activités économiques.

Le MODECOM ne dresse donc pas uniquement un constat sur le contenu des poubelles. Il fournit une base pour adapter les collectes, structurer les filières et dimensionner les équipements. En Martinique, une grande partie des déchets dits « résiduels » sont surtout des matières qui n’ont pas encore rejoint le bon circuit.


Source: ADEME – Caractérisation des déchets ménagers et assimilés (DMA) sur le territoire de la Martinique – Campagne MODECOM 2024

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